Nous vivons depuis un bon moment le quart d’heure de l'embarras. Le pays est comme livré à une morsure politique venimeuse et nous demeurons impuissants à lui venir en aide. D'où certaines conduites que d'aucuns pourrait juger désespérées, mais qui ne le sont pas tant que ça.
Comme prier pour que la même malchance qui a frappé la transition démocratique se tourne désormais contre ce qui l'a mise à mal. Comme apporter dans les échanges avec nos concitoyens cette part de souffle dans la voix qui formera un jour, on l'espère, un vent qui se lève et qui devient tempête. Comme attiser de toute la force de ses vœux l'étincelle qui confèrera enfin au mécontentement les attributs de l'orage et de sa foudre.
Certains, depuis l'étranger, profitent de l'avantage de la distance pour donner à leurs contributions le caractère d'une critique violente qui leur vaudrait ici de probables réponses judiciaires. Leur participation est importante, car c’est de la conjonction des puissances de l’intérieur et des puissances de l’extérieur que se forme cette alchimie électrique susceptible de bouleverser la situation.
Mais il arrive aussi que l’embarras donne lieu à des conduites qu’on peut appeler stériles. Toutes les voix de protestation ne sont pas de celles qui appellent un changement. Par leur façon de choisir les cibles de leurs attaques, de remuer la vase de procès intempestifs, il en est qui s’accommodent du statu quo et de sa misère. Il en est qui y trouvent même leur confort. La protestation qu’elles élèvent n’est rien de plus qu’un exercice de style destiné à attirer sur soi l’attention, et l’approbation de quelques esprits faibles.
Il est utile de les reconnaître. L’odeur légèrement fétide de leur discours suffit pour comprendre que ce n’est pas de leur souffle que naîtra un quelconque vent salutaire.
Mieux vaut, en présence de ces voix, passer son chemin en se pinçant le nez.