Tarik Ramadan : L’arroseur arrosé!

Le sens de la nuance passe souvent pour une manière de finasser, d'éviter d'assumer des positions franches. C'est vrai que, à notre époque bénie, le but de toute opinion exprimée consiste à aller renforcer de son propre poids telle tendance existante, tel bloc auquel on veut se rallier et en lequel on va se fondre. Ça n'est pas très différent, en définitive, de ce que font les fans de football quand ils immolent la singularité de leur moi sur l'autel de la masse des sympathisants de leur club favori. On croise le fer avec les arguments comme d'autres le font en hurlant des slogans et des insultes à l'adresse des supporters du club adverse.

Mais justement, le sens de la nuance est ce grâce à quoi on échappe à la loi de la foule et de ses mouvements. On est certes privé du confort douteux que procure le sentiment d'être porté par une force supérieure, de la chaleur aussi que produit le frottement de toute proximité, de toute promiscuité, mais on jouit en même temps du plaisir de ne pas être écrasé et, surtout, de celui de pouvoir cultiver ses propres pensées en toute liberté.

De telle sorte, par exemple, que sur un sujet assez brûlant comme l'est celui de la condamnation de Tarik Ramadan à 18 ans de prison par la justice française, au lieu de se ranger dans un des camps qui se canardent allègrement de part et d'autre d'une tranchée, on peut prendre le parti, somme toute naturel, qui consiste à dire ceci : oui, Tarik Ramadan a été victime d'un piège diabolique qui lui a été tendu par tout un réseau de personnalités que ressemblait une volonté de contrecarrer la formation naissante d'un islam politique en France - avec tout ce que ça pouvait avoir comme prolongements en dehors de la France - et, de ce point de vue, les femmes qui ont porté plainte contre lui ont accepté de servir d'appâts ou, en tout cas, de simples moyens afin que le piège se referme sur lui et, oui encore, Tarik Ramadan a lui-même joué de son influence pour réduire ces femmes à des proies sexuelles. Et cela indépendamment même de la question de savoir s'il a "consommé".

Le fait qu'on se soit joué de lui n'empêche pas le fait que lui-même ait trompé : non seulement ces femmes qu'il a attirées vers lui, mais tout ce beau monde qui lui vouait de l'admiration parce qu'il voyait en lui la promesse d'un islam réconcilié avec la modernité sous la bannière de... l'éthique ! Ce n'est pas si anodin, quand on y pense, cette manière de mener pour le compte d'une multitude le combat d'une réhabilitation morale dans le respect de l'autre, tout en se permettant à soi de se livrer à des actions qui ont pour but de fragiliser l'autre par la séduction.

Bref, il y a dans cette histoire quelque chose de l'arroseur arrosé. Et le même sens de la nuance qui permet de ne pas se laisser enrégimenter dans un camp ou dans un autre, permet aussi de rester attentif à ceux qui tireraient les ficelles d'en haut selon un timing choisi.

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