Iran, Occident et monde arabe : Le piège des faux dilemmes

Il fut un temps où, pour l'Amérique et l'Occident en général, le danger potentiel après la chute du mur de Berlin venait de l'islam sunnite. Que les événements du 11 septembre 2001 aient été provoqués ou qu'ils aient été entièrement subis, ils ont marqué le début d'une guerre d'affaiblissement qui a visé l'Irak en premier lieu, mais aussi les autres pays de la région.

À vrai dire, cette guerre d'affaiblissement du camp sunnite avait commencé quelques années auparavant lorsque la dynastie des Pahlavi en Iran a été lâchée et que l'Ayatollah Khomeini a été gentiment libéré de son lieu de résidence en France pour aller mener à bonne fin la révolution islamique qui se dessinait en Iran. Car laisser émerger en Iran une révolution islamique aux portes de l'Irak et des autres pays du Golfe, c'était créer un rival des pays arabes capables de parler au nom de l'islam et portés à leur contester même leur légitimité à se revendiquer de l'islam dans leur manière de conduire la modernisation de leurs pays respectifs.

La montée en puissance de l'Iran, surtout après l'effondrement de son ancien ennemi, à savoir l'Irak de Saddam, a permis à plusieurs puissances occidentales d'asseoir dans la région du Golfe une sorte de tutelle militaire. Il s'agissait bien sûr d'assurer une protection contre les ambitions, plus ou moins affichées, de l'Iran, mais cela revenait quand même à imposer aux pays du Golfe une forme d'alliance qui rime avec dépendance.

Les années passant, cet Iran dont la puissance avait servi auparavant de moyen d'affaiblissement des pays arabes, est devenu la nouvelle source du danger : un pays qui s'est doté d'une stratégie d'expansion à travers ses affinités confessionnelles avec les autres chiites dans des pays de la région, mais aussi en se présentant comme le rempart le plus sérieux contre l'hégémonie israélo-américaine et ses menées funestes contre le peuple palestinien. Ce qui représente un élargissement considérable du spectre de ses sympathisants dans le monde arabe, par-delà la barrière des anciennes querelles théologiques entre sunnites et chiites. Et puis, il y avait une politique qui, au nom du principe de préservation de sa souveraineté, consistait à développer ses capacités militaires et à les moderniser. Personne ne croit vraiment, à ce propos, que l'Iran réservait ses recherches sur le nucléaire à des activités purement civiles…

Aujourd'hui, la guerre engagée par le duo américano-israélien, avec la bénédiction plus ou moins déclarée de plusieurs pays occidentaux, suscite de notre part des réactions de solidarité avec l'Iran. Ce qui n'a rien que de très compréhensible. L'Iran, défenseur de la cause palestinienne face à l'arrogance du gouvernement israélien, endosse le rôle de l'agressé dans cette guerre qui s'est imposée à elle.

Ce parti-pris est sain. Ce qui l'est moins, c'est le manque de recul historique dans l'analyse des événements. C'est la tentation de se rendre aveugle aux véritables ambitions de l'Iran, qui sont de porter un nouveau projet de civilisation dans le Moyen-Orient et, au-delà, dans tout le monde islamique.

Nous sommes en présence de deux projets, l'un que le président américain a baptisé du nom d'accords d'Abraham, et l'autre que le régime iranien essaie d'implanter sur le sol des souffrances et des déceptions des peuples arabes et islamiques. Il n'est pas obligatoire pour nous de prendre parti pour l'un ou l'autre de ces deux projets concurrents.

Ce qui est bien plus obligatoire pour nous, et à quoi nous ne faisons peut-être pas suffisamment attention, c'est le besoin d'une réflexion assidue et persévérante sur la place que nous, peuples arabes, avons à occuper dans ce monde du 21e siècle, en dehors de cette alternative stérile qui consiste ou à suivre docilement l'Occident dans ses modes de penser ou à chercher à opposer à l'Occident un contre-projet, qu'il soit de type religieux ou de type militaire... ou les deux.

A vrai dire, c'est du vide de cette réflexion, de la démission intellectuelle autour de cette question, que naissent aussi bien toutes les actions qui visent chez nos adversaires à jouer une puissance contre l'autre parmi nous, que cette tendance qui nous pousse à nous jeter corps et âme dans des conflits dont nous ne sommes pas les acteurs et pour lesquels nous nous passionnons, au détriment de ce qu'exige la bonne tenue présente et future de notre maison.

Poster commentaire - أضف تعليقا

أي تعليق مسيء خارجا عن حدود الأخلاق ولا علاقة له بالمقال سيتم حذفه
Tout commentaire injurieux et sans rapport avec l'article sera supprimé.

Commentaires - تعليقات
Pas de commentaires - لا توجد تعليقات