Le Prisme et l’Horizon/ Les inconnues du plan de paix syrien

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A quelque chose malheur est bon... Pendant que la guerre des communiqués et des déclarations de presse continue de faire rage entre la Russie et la Turquie en raison de l’avion abattu il y a un mois jour pour jour, sur l’essentiel, sur la question de la résolution de la crise syrienne, on avance... Vendredi dernier, 18 décembre, la diplomatie russe a réservé toute l’énergie négative de son agressivité médiatique à la Turquie et a acquiescé dans le même mouvement au plan de paix américain. Et c’est ainsi une décision qui a été prise à l’unanimité dans l’enceinte du Conseil de sécurité de l’ONU autour d’un document qui devrait permettre à la Syrie de se doter, à terme, d’un gouvernement d’union nationale et de transition.

Bien sûr, un tel accord n’a pas été atteint sans négociations préalables. A vrai dire, les pourparlers n’ont pas cessé depuis des années, mais elles ont pris une tournure nouvelle à la fin du mois d’octobre dernier, date du lancement des négociations qui ont rassemblé à Vienne, autour d’une même table, non seulement les Etats-Unis et la Russie, mais aussi d’autres pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite... La question de l’avenir de Bachar Al-Assad a été le principal point d’achoppement : il semble donc qu’un compromis ait été atteint à ce sujet.

Toutefois, des questions demeurent aujourd’hui encore. L’accord entériné prévoit en effet qu’un cessez-le-feu entre en vigueur dès le mois prochain, janvier 2016. En gros, les belligérants en question sont, d’un côté, l’armée gouvernementale ainsi que les groupes paramilitaires qui gravitent autour d’elle et, de l’autre, les rebelles… Ne sont toutefois pas concernés par cet accord les rebelles qui tombent sous la qualification de terroristes. Or c’est ici que des désaccords subsistent. Car si personne ne conteste au groupe Etat Islamique le statut de groupe terroriste, d’autant qu’il représente un ennemi commun des forces gouvernementales et des autres rebelles, et si par ailleurs le groupe Jabhat en-Nosra, émanation d’Al Qaïda, n’échappe non plus au qualificatif de terroriste, il y a dans la nébuleuse du «Front islamique» des groupes dont le profil prête à discussion.

Bien sûr, le régime syrien, par commodité, par esprit de propagande guerrière et sans doute aussi pour légitimer certaines atrocités dont il s’est rendu coupable, met tout ce monde dans le même sac, y compris un groupe comme l’Armée syrienne libre, qui n’affiche pourtant pas d’allégeance à l’islam. On ne le suivra pas dans sa rhétorique. Mais il s’agit de savoir si les sept composantes du Front islamique — Ahrar Al-Sham, Liwa Al-Tawhid, Jaish Al-Islam, Suqour Al-Sham, Liwa Al-Haq, Ansar Al-Sham et le Front islamique kurde — sont disposées à accepter un projet politique qui ferait une place à chacun dans une Syrie démocratique et pluraliste ou si leur unique plan est d’imposer un ordre religieux selon les termes de la charia.

Il faut savoir que les belligérants concernés par la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas seulement invités à déposer les armes dans leurs relations les uns avec les autres, ils sont également invités à devenir des partenaires dans la construction d’un Etat nouveau, d’un jeu politique nouveau et, last but not least, il leur est également demandé de se tourner contre tous ceux qui seraient hostiles à leur projet d’avenir et de les combattre… Si, par conséquent, ces groupes relevant du Front islamique ne sont pas prêts à choisir clairement leur camp et à mener le combat, sans hésitation ni faiblesse, contre des groupes qui tiennent un langage proche du leur mais qui sont pourtant dans le camp d’une conception violente et terroriste de l’islam, cette indécision de leur part ne saurait être admise.

Il y a trois options qui se dessinent pour ces gens-là : soit ils s’engagent, avec leur «islamisme», dans un projet de société ouverte et inclusive qu’ils défendront avec la hargne nécessaire, soit ils se retirent de l’action armée en considérant que cette forme d’action n’a plus de raison d’être contre un régime qui est désormais un interlocuteur politique soit, enfin, ils tiennent à un islamisme dur et ils assument leur profil terroriste en se vouant à ce qu’ils considèrent être le jihad.

Il n’est pas dit que ces différents groupes puissent révéler leur vrai visage d’emblée. Il y a une nouvelle donne et il est très probable que des choix divers vont être faits dans leurs rangs et parmi leurs instances dirigeantes, selon les trois options énumérées. Nous allons assister, dans les semaines qui viennent, à une sorte de cristallisation de l’opposition syrienne, qui devra tout à la fois surmonter son aversion à l’idée d’entrer dans un dialogue avec le régime en vue de l’application concrète de l’accord récent et redéfinir la relation entre son allégeance aux préceptes de l’islam et le respect à accorder aux fondements d’une société moderne, donc gouvernée par des lois civiles.

C’est un processus intéressant, dont les protagonistes pourront toujours s’inspirer du modèle tunisien, mais qui est beaucoup plus difficile à conduire chez eux que chez nous. D’abord parce que la masse des violences échangées est sans commune mesure avec ce que nous avons connu et, ensuite, parce que la société syrienne comporte des différences ethniques et confessionnelles tellement grandes que cela rend le principe d’un gouvernement d’union extrêmement délicat à mettre en œuvre.

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