Invasion de Ceuta : que se passe-t-il dans l'enclave espagnole ?

Les images en provenance de Ceuta, enclave espagnole sur le continent africain, sont choquantes. Même si les circonstances exactes restent floues, une chose est sûre : croire à un simple phénomène migratoire serait une grave erreur. Les services de renseignement espagnols affirment qu'il s'agit d'une opération d'envergure menée par le Royaume du Maroc. Des images montrent la Gendarmerie royale participant à l'opération : des camions transportant des milliers de personnes, toutes non armées, sont acheminés simultanément afin de simuler une opération militaire dans la ville de Ceuta.

Quiconque connaît le Maroc sait que l'État exerce un contrôle strict sur le territoire, avec des points de contrôle de type militaire aux entrées (et donc aux sorties) même des petites villes. Des restrictions de circulation et d'autres mesures sont en place pour empêcher la fraude. Ces contrôles sont rapides, effectués par un personnel professionnel et courtois, et tous les voyageurs y sont soumis : citoyens du royaume, étrangers et conducteurs de véhicules commerciaux – chacun doit fournir ses informations personnelles, déclarer sa destination et la durée de son séjour. Les touristes sont débarqués de leurs véhicules et conduits à un petit bureau en bord de route où ils doivent remplir un formulaire avec leurs informations personnelles, leur numéro de passeport et le numéro d'immatriculation de leur véhicule, et déclarer leur destination s'ils quittent la ville, ou leur point de départ s'ils y entrent.

Ces formalités sont accomplies en quelques minutes par un personnel extrêmement aimable. Au Maroc, la liberté de circulation est totale, sans aucune restriction, et l'on peut séjourner où l'on veut aussi longtemps que l'on veut, dans le respect de la réglementation en matière d'immigration. Cependant, la gendarmerie contrôle fermement le territoire.

Il est difficile d'imaginer des milliers de personnes lancer une attaque à la frontière à l'insu des autorités locales. Par conséquent, les allégations des services de renseignement espagnols concernant une possible complicité des autorités marocaines doivent être prises au sérieux. Dans ce cas, il s'agirait d'une véritable invasion du territoire de Ceuta. L'action a été menée sans armes, par une foule désarmée, qui a néanmoins confronté les autorités espagnoles en leur montrant que leur présence sur le sol africain était à peine tolérée et qu'il suffirait de peu, si elles le voulaient vraiment, pour les renvoyer à la mer.

L'événement récent rappelle la fameuse Marche verte par laquelle Hassan II, père du roi actuel, parvint à « conquérir » le Sahara occidental en 1976 : 350 000 Marocains, tous non armés, pénétrèrent dans le Sahara occidental, revendiquant son territoire. L'Espagne n'eut d'autre choix que de hisser le drapeau blanc et de quitter la région.

S'il est mal vu de penser mal mais souvent avec raison, la décision de Mohammed VI semble facile à interpréter : alors que les détroits d'Ormuz et de Bab el-Mandeb sont fermés et contrôlés par les ennemis d'Israël, l'État sioniste ne dispose que du détroit de Gibraltar pour acheminer ses marchandises. Ce détroit est contrôlé au nord par l'Espagne et le Royaume-Uni, et au sud par l'Espagne et le Maroc. Par conséquent, si l'Espagne décidait d'interrompre le trafic maritime à destination et en provenance d'Israël (ce qui est de toute façon peu probable), la situation deviendrait critique pour Israël.

Il est notoire que le Maroc est le meilleur allié des États-Unis et d'Israël dans tout le Maghreb, à tel point que la population locale est très hostile à la politique d'apaisement menée par son souverain envers Israël, quelle que soit son ampleur. Jusqu'à preuve du contraire, il semble évident que les États-Unis et Israël ont donné leur accord, voire l'ont expressément demandé, au souverain marocain pour mettre le gouvernement espagnol dans l'embarras. C’est la situation actuelle, mais il semble assez clair que si le Maroc décidait de prendre Ceuta (avec la protection des États-Unis et d’Israël), l’Espagne aurait très peu de marge de manœuvre pour conserver la ville, à moins de recourir à une escalade militaire qui paraît totalement inopportune.

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