M. Hatem Ben Salem : L’arroseur arrosé ?

Ministre à l'époque de Ben Ali, mais également après la révolution, M. Hatem Ben Salem fait parler de lui en ce moment. Ses amis dénoncent une cabale dont il ferait l'objet où il est question de privilèges octroyés, de compensations généreuses dont il aurait bénéficié suite à la cession d'un bien à l'État... Je ne connais pas le bonhomme d'assez près pour me faire de lui une opinion sérieuse. Et, l'eussé-je connu que cela n'aurait guère d'importance. Il y a, me semble-t-il, une part de naïve présomption à croire qu'on est habilité à distribuer des certificats d'honorabilité à tel ou tel.

Maintenant, c'est vrai, on peut déplorer que l'affaire prenne une tournure de lynchage. Malheureusement, le phénomène n'est pas si nouveau. Il y a bien longtemps que la justice a cessé de faire son travail dans la discrétion et à l'abri d'un certain vacarme plus ou moins organisé. Plus encore : il y a bien longtemps que la justice a cessé de faire son travail dans un climat d'indépendance et de stricte allégeance à l'esprit de nos lois. Or c'est cela, en définitive, qu'il faudrait surtout déplorer, par-delà le cas de l'ancien ministre en question.

Protégeons le pays en tant qu'il demeure le lieu où la loi s'impose à tous et consacre le respect de tous. Protégeons-le contre les dérives outrancières dont nous sommes les témoins. Faisons cela et, seulement ensuite, nous pourrons courir au secours de celui qui fut un ami ou un collaborateur envers qui on nourrit une dette morale. À défaut, nous risquons toujours de faire passer un message douteux : nos amis d'abord, la justice après.

Dans le cas de ce ministre en particulier, le risque est d'autant plus réel que lui-même n'a pas hésité, il n'y a guère longtemps, à agiter des accusations et à jouer de la caisse de résonance des médias contre certaines parties qui n'étaient manifestement pas de ses amis. Des déclarations sonnent encore à nos oreilles qui ne visaient pas tant à saisir la justice et à l'inciter à se saisir sereinement d'un cas que de la forcer à prendre un certain chemin, à consacrer certaines conclusions qui étaient les siennes mais dont seule la justice était en mesure d'établir le bien-fondé.

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