“L’intelligence empruntée, ou l’angoisse de liker”

Il est de plus en plus fréquent de tomber sur des publications dont le contenu suscite de notre part une certaine admiration en raison de la qualité de l'écriture ainsi que de la pertinence du propos, mais qu'on hésite au dernier moment de liker parce que surgit l'idée que l'auteur pourrait bien ne pas être vraiment l'auteur, et qu'on répugne à lui laisser croire qu'on a été grugé par son opération de promotion artificielle de son intelligence, et à le conforter en même temps dans la haute estime qu'il est tenté de s'accorder à lui-même, alors que son seul effort ou son seul mérite est de s'être tourné vers une IA et de lui avoir présenté son projet.

Mais que faire demain si la pratique en question se généralise ? Pourra-t-on rester indéfiniment dans cette position de retrait ?

Ma réponse est que ce ne sera peut-être pas nécessaire. Ce qui deviendra déterminant, c'est l'habileté avec laquelle on saura mettre l'IA au service de ses idées, de leur singularité ou de leur originalité, mais aussi au service de l'échange avec autrui.

Il est clair que les monologues censés nous arracher des mines béates d'épatement devront continuer de nourrir notre sèche méfiance. Mais, dès lors que les ressources de l'intelligence artificielle sont utilisées pour aider à situer des désaccords avec précision, et davantage encore pour construire solidement des compromis loin des malentendus sur telle ou telle question, l'attitude suspicieuse cesse de s'imposer. Elle risque même de passer pour... artificielle.

Cela dit, il faut craindre qu'on n'en soit pas encore là. Que la phase "cosmétique" ait encore de beaux jours devant elle. Et par conséquent l'attitude de retrait critique aussi.

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