L'intervention de Dalila Ben Mbarek Msaddek devant la commission des droits de l'homme du Parlement européen, qui est une interpellation forte au sujet de la situation calamiteuse de la justice en Tunisie, ne pouvait pas ne pas susciter de réactions chez les tenants de l'ordre établi. Selon la même rhétorique usée de l'atteinte à la souveraineté. Selon la même incohérence qui ferme les yeux sur les atteintes à l'indépendance de la justice quand elles viennent de l'intérieur, mais qui crient au scandale quand elles viennent de l'étranger.
Mais y a-t-il vraiment atteinte à la souveraineté du pays et de sa justice quand on porte à la connaissance du monde une certaine réalité qu'il ignore ou qu'il s'est laissé ignorer ? La loi des hommes dans leurs relations entre eux serait-elle celle de l'indifférence, de l'enfermement généralisé et égoïste dans le quant-à-soi ? Cette conception ne porte-t-elle pas elle-même la marque de la perversité d'une certaine politique qui, pour être relativement coutumière sous nos cieux, n'en est pas pour autant moins néfaste et moins toxique ?
Que craint-on dans le regard de l'autre ? Si l'état de la justice dans notre pays est honorable, nous récolterons de la considération. Si certaines affaires méritent éclaircissements, nous pouvons les apporter, dans cet effort commun qui consiste pour les citoyens du monde à faire acte de vigilance et d'émulation au service du triomphe de la justice. En clarifiant, nous nous donnons les moyens d'exiger à notre tour que clarté soit faite sur d'autres questions qui ne relèvent pas de notre souveraineté mais qui nous importent malgré tout.
Que cache cette frigidité, cette peur d'être dénudé à propos de ce qui devrait être un sujet de fierté ? Que cache-t-il sinon la honte d'être indigne ?
Mais le mal n'est pas dans la honte. Il est dans la violence en laquelle elle se mue pour rejeter ce qui la suscite. Car cette violence, en se réclamant de la justice, ne peut que produire de la fausseté et de la laideur en creusant toujours plus le fossé du repli sur soi identitaire.