L’effondrement institutionnel de Lawrence Summers suite aux révélations sur ses liens persistants avec J. Epstein, marqué par son bannissement à vie, tenez-vous bien, de l'American Economic Association et sa démission forcée de Harvard University, en plus de son exclusion du prestigieux NBER, agit comme une véritable déflagration éthique.
Pour le comité Nobel, cette disqualification définitive de Summers pourrait bouleverser totalement le ‘’préordre’’ probabiliste, que j’ai conçu comme une moyenne des citations, de contribution substantielle et d’actualité. Elle rétablirait profondément les configurations de partage et le poids relatif des autres prétendants.
Je les présenterais par domaine de contribution.
(1) La consécration en solo d’Olivier Blanchard, grand favori de la macroéconomie moderne.
Auparavant, le scénario le plus solide pour récompenser la macroéconomie néo-keynésienne et la gestion des crises du 21è siècle reposait sur un partage inévitable entre Blanchard et Summers. Leurs travaux conjoints sur l'hystérèse du chômage et la stabilisation monétaire en faisaient un duo fusionnel. L'effet de filtre, avec Summers hors-jeu, Blanchard n'a plus à partager l'affiche. Sa légitimité théorique (ses modèles structurels de rigidité des marchés), son volume colossal de citations et sa neutralité politique en font désormais le candidat unique et incontournable pour incarner la macroéconomie moderne au Nobel.
(2) La réévaluation des outsiders macroéconomiques.
Là, je crois que le vide laissé par Summers dans la catégorie "Haute Macroéconomie classique et politique" ouvre la voie à d'autres figures historiques qui étaient jusqu'alors restées dans son ombre médiatique. Robert Barro de Harvard, avec le profil d'économiste classique rigoureux, bien que radicalement opposé aux théories interventionnistes de Blanchard, redevient une option très forte. Si le comité souhaite maintenir sa tradition d'équilibre idéologique sans Summers, le duo Blanchard-Barro devient la nouvelle synthèse ultime de la macroéconomie. Mais aussi,
Maurice Obstfeld de Berkeley ou Kenneth Rogoff de Harvard, spécialistes de la macroéconomie internationale et des crises de la dette souveraine, verraient leur probabilité grimper. Ils pourraient être associés à Blanchard pour couronner la modélisation des chocs financiers globaux.
(3) Pour le basculement vers l'économie du travail et la tech, David Autor se trouverait en pole position.
Le Nobel cherchant à éviter les polémiques, le scandale Summers crée un appel d'air pour des disciplines jugées plus "saines", axées sur la modernité technologique et l'économie empirique du travail. Là, le duo David Autor (impact de l'IA et de la mondialisation sur l'emploi) et Susan Athey (Machine Learning appliqué aux données publiques) s'imposerait comme l'alternative la plus propre, dynamique et en phase avec les urgences du siècle. La probabilité de voir un prix technique axé sur le futur du travail dépasse désormais celle d'un prix de macroéconomie politique traditionnelle.
Ci-dessous, un modeste essai de synthèse sur les principales contributions des candidats potentiels au prix Nobel d'économie, cette année.
À la lumière de ce paysage, pensez-vous que le comité Nobel choisira la sécurité en récompensant la ''sagesse'' macroéconomique d'un Blanchard, ou ''l'audace'' d'un prix sur l'Intelligence artificielle avec Autor?