Analyse comparative du prix du mouton : Tunisie/Maroc

L’analyse comparative en dollars (PPA) du prix du mouton vs. SMIG, durant la décennie 2016-2026, met en lumière deux trajectoires économiques divergentes au Maghreb, expliquées au moins (je crois) par trois leviers majeurs.

D’abord la politique agricole. Le prix réel du mouton est devenu quasi identique dans les deux pays (environ 900 à 960 $ PPA), reflétant au moins l'alignement du coût des intrants (fourrages, céréales) sur les marchés mondiaux. Néanmoins, la réponse sectorielle diffère selon les pays. En fait, au Maroc, les stratégies successives (Plan Maroc Vert puis Génération Green) ont subventionné l'alimentation animale et exonéré de taxes les importations de bétail lors des sécheresses.


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Cela a permis de stabiliser le cheptel national et de contenir la hausse de la valeur PPA du mouton à +58 %. En revanche, la désorganisation de la filière élevage en Tunisie, couplée aux difficultés de financement des importations par l'Office des Céréales, a poussé les petits éleveurs à liquider leurs bêtes. Cette contraction de l'offre locale a provoqué un doublement (+101 %) de la valeur PPA du bétail.

Ensuite, la politique des prix. De ce point de vue, la gestion macroéconomique n’ets pas sans influence sur les chocs de marché. Au Maroc, la politique monétaire de Bank Al-Maghrib a maintenu l'inflation à des niveaux maîtrisables, préservant la valeur réelle de la monnaie et la régulation des circuits de distribution, alors qu’en Tunisie, l'inflation structurelle élevée a nourri une hausse continue des coûts de production. Les tentatives étatiques de plafonnement des prix au kilo vif ont échoué face à la réalité des souks (marché libre), transformant la viande ovine en un produit spéculatif de luxe.

Enfin, la politique salariale. Là, le décrochage du pouvoir d'achat tunisien s'explique principalement par la gestion des bas salaires. Au Maroc, le gouvernement a utilisé le dialogue social tripartite comme un outil de redistribution offensive.

Le SMIG en PPA a progressé de +32 % (passant de 667 (à 882) PPA), maintenant une corrélation stricte avec le coût de la vie, i.e., un mouton équivaut toujours à environ un mois de salaire minimum.

En revanche, les revalorisations successives du SMIG en Tunisie, ont été défensives, se limitant à un rattrapage partiel et tardif de l'inflation. Bloqué à 370 $ PPA en 2026, le salaire minimum tunisien ne permet plus de couvrir le coût réel du bétail, qui exige désormais 2,5 mois de salaire.

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