La récente série d'événements entourant Taboubi correspond parfaitement à l'archétype de la démission politique orchestrée.
Il y a trois semaines, dans un contexte de fortes tensions internes au sein du syndicat et d'un climat socio-politique difficile, Taboubi annonçait sa démission. Loin d'être un départ discret, il s'agissait d'un acte public, signal fort de la gravité de la crise, test de loyauté interne et potentielle tactique de pression sur les deux factions syndicales et l'État.
L'annulation de cette décision, annoncée aujourd'hui, complète ce scénario classique. En retirant sa démission, Taboubi a probablement voulu atteindre plusieurs objectifs stratégiques :
(1) Consolidation de l'autorité. Cet épisode sert de test de loyauté, éliminant l'opposition et lui permettant de revenir avec un mandat clair de la part des partisans qui avaient ''refusé'' son départ.
(2) Renforcement de sa position de négociation. Là, il démontre sa volonté de se retirer, renforçant ainsi sa position dans de futures négociations avec le gouvernement ou au sein du syndicat, en présentant son maintien à la tête du parti comme essentiel à la stabilité.
(3) Stratégie de gestion de crise. Taboubi présente publiquement les luttes internes du syndicat comme si graves qu'elles ont failli lui coûter son dirigeant, ralliant ainsi ses membres autour d'un discours d'unité pour éviter l'effondrement.
Par ailleurs, cette stratégie fait écho à l'usage historique de telles tactiques dans la région. A l'instar de Abdennasser, fin des annees 60's, la démarche de Taboubi peut être perçue comme un appel à un nouveau mandat, transformant un moment de vulnérabilité interne en une réaffirmation de son rôle central. Contrairement à la mobilisation de masse de Nasser, le ''public'' visé ici est constitué de nombreux membres du syndicat et de la sphère politique tunisienne.
De plus, cette stratégie rappelle la logique observée dans des cas comme celui de Saad Hariri en 2017, ou d'Abdullah Ensour en Jordanie en 2016, où la démission proposée devient un outil pour sortir d'une impasse, obtenir des concessions ou réorienter la dynamique politique, le retrait de cette proposition servant de conclusion stabilisatrice.
Cependant, dans la fragilité institutionnelle tunisienne post-2011, où l'UGTT fait office d'institution quasi étatique et constitue le principal acteur de la société civile, la manœuvre de Taboubi ne relève pas d'une simple politique syndicale interne. Il s'agit d'un événement politique d'envergure plus générale. En effectuant puis en renonçant à son retrait politique, il a ciblé la réaffirmation du rôle indispensable de l'UGTT, et le sien, comme pilier de la stabilité, négociant avec une détermination manifeste plutôt que par une présence passive. Cette ''non-démission'' se révèle ainsi une tactique éprouvée pour consolider son pouvoir en période de crise.
Mais, était-ce vraiment un non-lieu ? Wait and see.
Enfin, au-delà du théâtre politique se cache une économie politique plus profonde. Cette dynamique peut être perçue comme une forme sophistiquée de recherche de rente; c'est que le dirigeant crée artificiellement une pénurie de son pouvoir afin de contraindre ses électeurs/supporters/alliés à payer une "rente" ; manifestations, loyauté ou concessions, pour son rétablissement.
Le refus de démissionner n’est donc pas un simple test de popularité, mais une transaction où la monnaie d’échange est le mandat populaire et le profit, la consolidation du pouvoir.