Le courant ne passe pas, pourtant l'ambiance est électrique

Juste pour comprendre de quoi il s’agirait, en effectuant une petite recherche sur le net, il apparaît que le marché tunisien des batteries résidentielles post-délestage est caractérisé par une structure hybride qui s'apparente à un monopsone technique (en amont) exerçant un rationnement par les prix sur une concurrence atomistique (en aval). Les collègues spécialistes de la microéconomie, s’y trouveraient familiarisés.

Alors que la décision de la STEG, fournisseur historique en situation de monopole absolu gérant ~4,5 millions d'abonnés, autorise désormais le stockage d'énergie, l'accès effectif au marché reste doublement verrouillé :

(1) L’offre technologique est strictement subordonnée aux critères d'homologation de la STEG, limitant l'éligibilité technique à seulement ~1,7 % de la population connectée, soit les quelque 80 000 ménages disposant déjà d'une infrastructure photovoltaïque basse tension.

(2) L’absence de mécanismes de financement dédiés et une fiscalité douanière lourde compriment la demande solvable à une frange marginale (environ 0,12 % du total des ménages disposés à payer entre 6000 et 12000 dinars pour une batterie, coût d'installation compris). Le puzzle central réside dans ce paradoxe de marché : comment concevoir un modèle d'équilibre viable et démocratisé alors que le cadre réglementaire actuel crée une asymétrie profonde, transformant un besoin d'urgence publique en un bien de luxe inaccessible pour la classe moyenne tunisienne ?

Sous l'optique de la théorie des choix publics (Public Choice), cette anomalie de marché met en lumière les conséquences critiques d'une capture réglementaire où l'action publique tend à surprotéger les intérêts de l'opérateur historique et d'un oligopole d'importateurs agréés au détriment du bien-être collectif.

En interdisant le stockage autonome déconnecté du photovoltaïque pour préserver l'équilibre centralisé de son réseau, la bureaucratie monopolistique de la STEG externalise le coût de la pénurie électrique sur les ménages les plus vulnérables.

Il en résulte une redistribution profondément régressive des gains et des pertes : d'un côté, une minorité aisée parvient à s'acheter une résilience énergétique exclusive; de l'autre, la classe moyenne et le tissu atomistique des 500 petits installateurs locaux agréés par l'ANME se trouvent exclus du marché, subissant de plein fouet une dépréciation de leur bien-être et de leurs opportunités économiques.

À terme, cette configuration risque d'engendrer un phénomène de ‘’recherche de rente’’ (rent-seeking) et de stimuler un marché noir de batteries non homologuées, aggravant les difficultés que rencontre la politique de transition énergétique nationale.

Nb: Ces notes pourraient faire l'objet d'une recherche approfondie, intégrant Politique industrielle/Choix public.

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