Les Norvégiens célèbrent une idée de puissance…

Une foule norvégienne porte un drakkar factice dans les rues de New York, après une victoire contre le Brésil. Des casques à cornes surmontent des maillots de sport modernes. Le tambour clame "Vikings". La scène est festive.

Mais que célèbrent-ils vraiment ?

Une victoire sportive, sans doute. Mais cette célébration mobilise un symbole historique dont la signification est complexe. Les Vikings furent, historiquement, des guerriers de grande taille, redoutables, qui naviguaient sur leurs drakkars pour investir les territoires d'autrui, piller leurs biens, réduire des populations en esclavage et les vendre sur les marchés de Byzance ou de Bagdad. Le raid et le commerce allaient de pair; la violence était un moteur économique.

Pourtant, dans l'espace festif du stade, cette violence réelle est absente. Le drakkar est factice, les armes sont inexistantes, et l'ambiance est pacifique. Les Norvégiens célèbrent une idée de puissance, de fierté nationale, de victoire.

Le choix du Brésil comme adversaire ajoute une couche symbolique. Ce pays évoque les civilisations maya et aztèque, que les Vikings n'ont jamais atteintes, mais que les conquistadors espagnols ont dévastées. La rencontre sportive active inconsciemment un duel Nord/Sud, sans qu'il y ait pour autant de lien historique direct.

Ce décalage entre la réalité historique et sa représentation festive soulève des questions telles que,

Dans quelle mesure un symbole historique peut-il être détaché de son contexte d'origine sans perdre son sens ?

Ce détachement est-il un oubli, une transformation volontaire, ou simplement un usage pragmatique d'une image qui "fonctionne" pour fédérer une foule ?

Les supporters norvégiens célèbrent-ils leurs ancêtres tels qu'ils furent, ou une image d'eux-mêmes qu'ils projettent dans le passé ?

L'historien ne peut trancher ces questions sans enquête sur les représentations collectives. Mais il peut les poser. Cette photo ne raconte pas nécessairement les crimes des Vikings. Elle raconte ce que nous faisons de l'histoire. Nous la découpons, nous la réarrangeons, nous la simplifions pour qu'elle serve nos émotions du moment.

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