Le système international traverse une phase de surchauffe systémique. Aux affrontements en Europe de l’Est — exacerbés par l'ambivalence de l'administration Trump et le soutien fébrile de membres européens de l'OTAN — et à l’extension de la guerre des détroits (Ormuz et Bab el-Mandeb) sous l'impulsion d'une coalition saoudienne élargie, répond une onde de choc directe en Afrique du Nord. L’Algérie se retrouve aujourd’hui au centre d’une dynamique d’encerclement géostratégique sans précédent, plaçant la Tunisie dans une posture de vulnérabilité critique.
1. L’Algérie face au piège de l’encerclement multi-fronts :
L’architecture de sécurité maghrébine et sahélienne subit une reconfiguration tectonique. L'approbation unanime par le Parlement algérien, le dimanche 25 octobre 2026, de l'envoi de militaires au Niger — en vertu de l'article 91 de sa Constitution révisée — marque un virage historique.
Cet engagement de l'armée algérienne dans le « bourbier sahélien » intervient alors que le pays fait déjà face à des menaces existentielles sur l’ensemble de ses flancs :
- L’isolement du front occidental et l'impact de la résolution 2797 :
La mise en œuvre de la Résolution 2797 du Conseil de sécurité de l'ONU (31 octobre 2025) consacre le plan d'autonomie sous souveraineté marocaine comme unique cadre politique. Elle constitue un indice grave d’isolement international pour l’Algérie, contrainte par la diplomatie américaine de participer aux pourparlers. Cette résolution engage de fait la responsabilité d'Alger dans le désarmement à terme du Front Polisario. La perte de cet alibi historique suscite de profonds remous internes au sein de l’état-major de l'ANP, une partie des cercles militaires voyant s'effriter le narratif de la menace extérieure qui légitimait historiquement sa mainmise sur les droits et les richesses du pays.
- Le front oriental et le dossier libyen :
Les soupçons d’un rapprochement entre les autorités de l'Est libyen et Tel-Aviv, alimentés par les révélations sur une rencontre secrète à Abou Dabi entre Saddam Haftar et Benyamin Netanyahou, ouvrent la perspective d'un nouveau front. Cette dynamique interfère avec la mise en œuvre de la résolution onusienne encadrant la MANUL, alors que les divisions au Conseil de sécurité figent la fragmentation de l'État libyen.
- La portée du contentieux territorial algéro-libyen :
Cette fragilité orientale est accentuée par un différend frontalier historique latent concernant le tracé hérité des accords coloniaux de 1956 (décrets d'In Amguel). Ce litige territorial possède une portée géo-économique critique : il menace directement le complexe gazier d'In Amenas (plus de 15 % des exportations de gaz algérien), situé à seulement 30 kilomètres de cette ligne de démarcation contestée, offrant un prétexte idéal pour des provocations hybrides ou des incursions paramilitaires.
- Guerre hybride interne :
Les manœuvres émiraties visant à structurer une force paramilitaire à l'image des FSR (Forces de Soutien Rapide) soudanaises, via des officiers algériens en exil, ciblent directement l'ANP pour provoquer une rupture systémique.
2. La Tunisie dans l'œil du cyclone : Menaces directes :
Prise en étau entre une Libye fragmentée et une Algérie sous tension maximale, la Tunisie fait face à trois risques majeurs :
- Asymétrie sécuritaire :
La vulnérabilité d’In Amenas réveille le spectre de l'attaque d'un commando transfrontalier, rappelant la tragédie de janvier 2013 qui impliquait déjà 32 terroristes, dont 11 Tunisiens.
- Choc migratoire et humanitaire :
Une conflagration au Sahel doublée d’une instabilité interne en Algérie provoquerait des flux de réfugiés massifs.
- Crise multidimensionnelle :
Ce tumulte géopolitique coïncide avec les effets du « Super El Niño », menaçant la sécurité hydrique et alimentaire du pays durant l'hiver 2027.
3. La marge de manœuvre tunisienne : Souveraineté et technicité frontalière :
Pour préserver ses intérêts, la Tunisie a tout intérêt à déployer une posture pragmatique, strictement articulée autour de sa neutralité :
- Sanctuarisation autonome :
Rehausser la vigilance opérationnelle aux frontières ouest et sud pour interdire toute infiltration asymétrique ou criminelle.
- Technicité exclusive de la coopération :
Maintenir les canaux de liaison sécuritaires avec Alger dans leur dimension exclusivement technique et procédurale (patrouilles de routine, partage de renseignements tactiques antiterroristes). Tunis doit refuser toute surinterprétation géopolitique et exclure toute forme d'alliance militaire régionale.
- Préservation des canaux diplomatiques :
Refuser l'insertion dans les polarisations. La Tunisie doit s'en tenir au strict respect de la légalité internationale et des transitions encadrées par l'ONU en Libye, tout en anticipant d'éventuelles perturbations énergétiques par une diversification prudente de ses partenaires.
La Tunisie réaffirme ainsi sa doctrine constante de non-ingérence et de non-alignement, se positionnant comme un espace de stabilité strictement neutre et imperméable aux turbulences de son environnement.
Ce n’est plus un choix, car il y va de la survie de la Tunisie.