À la demande pressante d’amis chers et de confrères dont le patriotisme commande le respect, il convient aujourd’hui — à contre-cœur et en me pinçant très fort le nez — de descendre dans l’arène.
L'objectif est de dissiper le tissu de contes de fées et de contre-vérités crasses que le soi-disant Dr Chelfouh a commis dans les colonnes de Kapitalis pour tenter de faire taire la critique et de délégitimer mes analyses sur les relations tuniso-algériennes.
Ce texte de la plume indigeste du soi-disant Dr Chelfouh ne relève ni de la réflexion ni du débat d'idées, mais d'une tentative de voltige informationnelle assez pathétique.
Accuser un diplomate tunisien de « diaboliser » l’Algérie parce qu’il dissèque les leviers d’influence d’un pays voisin est un procédé d'intimidation intellectuelle usé jusqu'à la corde.
Passer au scalpel les impostures de ce censeur d’opérette permet de trancher dans le vif d'une relation bilatérale que certains tentent de faire avaler sous perfusion sentimentale.
1- L’imposture morale du mercenaire de la plume:
Avant d’ausculter la souveraineté tunisienne, le soi-disant Dr Chelfouh, en mal de reconnaissance, devrait interroger son effroyable désertion morale.
Voilà un clinicien qui a choisi de s'installer confortablement au Canada, fuyant la misère politique et économique de son propre pays pour aller soigner les rhumes à Montréal.
En s’exilant pour son confort personnel, il a délibérément choisi de priver ses concitoyens de ses prétendus talents, foulant aux pieds le serment d'Hippocrate avec un cynisme consommé.
C'est depuis son exil doré, bien au chaud à des milliers de kilomètres, que le soi-disant Dr Chelfouh s'improvise général en chef du patriotisme maghrébin.
Son indignation sélective et sa sémantique, si lourdement calquée sur les communiqués de presse des officines de la Mouradia, trahissent sa véritable fonction : celle de vulgaire prête-nom pour la propagande d'un régime militaire aux abois.
La plume du soi-disant Dr Chelfouh n'est pas guidée par la fraternité, elle est simplement téléguidée. Le public tunisien refuse de recevoir des ordonnances géopolitiques d'un expatrié qui a troqué son stéthoscope contre les basses œuvres de la guerre psychologique régionale.
2- La nature prédatrice de la junte d’Alger:
Le soi-disant Dr Chelfouh tente de draper la junte d'Alger dans les vertus de la fraternité maghrébine. La réalité politique est une insulte à ce concept.
L'Algérie est gouvernée par une oligarchie militaire prédatrice, une gérontocratie de généraux à médailles qui maintient son propre peuple sous une chape de plomb d'un autre âge, étouffe l'expression populaire, embastille les journalistes au moindre mot et a totalement assassiné l'élan démocratique du Hirak.
Ce paternalisme de caserne, où un régime despotique, liberticide et corrompu se pique de donner des leçons de morale et de bon voisinage par l'intermédiaire du soi-disant Dr Chelfouh, est d'un comique absolu.
Au-delà de la farce rhétorique, il faut appeler les choses par leur nom : le régime militaire d’Alger s'est érigé en principale menace contre les aspirations démocratiques, de justice sociale et de progrès du peuple tunisien.
En exportant son modèle autocratique et liberticide par un chantage permanent, la Mouradia cherche activement à étouffer le pluralisme tunisien.
Ce pouvoir gérontocratique ne peut tolérer l'émergence d'une véritable démocratie moderne et progressiste à ses portes, de peur qu'elle ne serve d'exemple à une jeunesse algérienne opprimée.
Saboter le progrès institutionnel et social de la Tunisie est une stratégie de survie pour cette junte kleptocrate.
Un régime qui traite ses propres citoyens en sujets terrorisés n'a aucune légitimité pour venir dicter les frontières de la liberté d'expression ou des analyses diplomatiques en Tunisie.
Que ces messieurs les généraux balaient d'abord les cours de leurs propres prisons avant de vouloir régenter l'esprit critique tunisien.
De plus, de la « décennie noire » aux maquis du GSPC et d'AQMI, Alger a toujours utilisé la porosité terroriste transfrontalière comme un bouton de pression politique pour forcer Tunis à l'alignement.
3- Le chantage au Transmed : Le paradoxe d'un cordon ombilical vital:
L'arrogance d'Alger atteint son paroxysme lorsque, par la voix du soi-disant Dr Chelfouh, elle présente le transit du gaz comme une "faveur" ou une obole charitable accordée à la Tunisie. C’est un contresens économique absolu.
Le régime algérien est en situation de faillite systémique sur tous les plans. Il ne survit artificiellement que grâce à la rente des hydrocarbures, dont une part majeure transite par le gazoduc Transmed via le sol tunisien pour alimenter l'Italie.
Le Transmed n’est pas une fleur faite à la Tunisie ; c’est le ballon d’oxygène vital de la Mouradia, la laisse énergétique sans laquelle le budget de l’État algérien s’effondrerait instantanément.
Et pourtant, par un renversement burlesque des réalités, Alger utilise ce tuyau indispensable à sa propre survie comme une arme de chantage pour vassaliser la Tunisie.
Ce piratage commercial s'appuie sur une spoliation tarifaire évidente :
- Une redevance tunisienne dérisoire de 5,25 % : Pour 400 kilomètres d'infrastructures lourdes qui hypothèquent le territoire national, la Tunisie ne perçoit qu'une maigre redevance, un taux dérisoire bloqué par les menaces d'Alger depuis des décennies.
- Le modèle souverain du Maroc : À titre de comparaison, sur l'ancien gazoduc GME, le Maroc avait imposé un taux de 7 % à 10 % des volumes, assorti du transfert de la propriété intégrale des installations à l'État marocain après 25 ans.
Autant dire qu'à Alger, on sait compter quand il s'agit d'exploiter les voisins à vil prix, tout en se permettant de menacer de fermer les vannes à la moindre velléité d’indépendance diplomatique et d'expression des aspirations démocratiques de la Tunisie.
Conclusion
La diplomatie n'est pas une affaire de sensiblerie mémorielle ni de slogans lénifiants comme le « khawa-khawa » bon pour les naïfs.
La Tunisie n'a besoin ni de la protection étouffante ni des conseils d’un pays en faillite systémique qui ne produit rien d'autre que du ressentiment.
En analysant lucidement les risques de cette dépendance structurelle, les observateurs indépendants font leur strict devoir d'expertise et de patriotisme.
Les valets d'influence de la Mouradia, qu'ils écrivent masqués derrière la fausse identité du soi-disant Dr Chelfouh depuis son exil doré et pantouflard au Canada ou à découvert, doivent comprendre que la Tunisie n'est pas et ne sera jamais la 70e wilaya algérienne.
Le droit à la liberté d'opinion et d'analyse géopolitique restera libre, souverain et totalement imperméable aux intimidations des censeurs d'Alger ou d’ailleurs.
Un vieux proverbe tunisien dit :
ما دواء الفم الابخر كان السواك الحار