Tunisie : Le syndrome de l’homme providentiel

Feu Habib Bourguiba a été incontestablement un leader visionnaire. Mais, comme tout être humain, il a laissé parmi ses nombreuses réalisations au profit de la Tunisie, des échecs qui ont compromis le jugement de l'histoire a son égard.

Le premier a été d’adopter une politique de conciliation a la limite de la soumission envers les deux voisins terrestres qui se sont comportés envers la Tunisie avec un dédain et un cynisme dominateur en dépit de leur statut de créations coloniales et de tigres en papier.

Si l’évolution des évènements au cours des dernières années a démontré sans l’ombre d’un doute l’artificialité de ce qui est qualifié de Libye, l’Algerie montre de sérieux indices d’éclatement progressif d’un mythe post colonial et d’une entité créée par le colonialisme français et incapable de se défaire de cet ADN colonial, suprémaciste et déstabilisateur de toute velléité patriotique et d’auto-détermination des peuples à l’intérieur de ses frontières coloniales et en dehors.

Le deuxième péché mortel de feu Habib Bourguiba a été de traiter avec dédain la manière hautement civilisée de son ami Léopold Sédar Senghor qui a su organiser son retrait du domaine public et sa succession par son premier ministre Abdou Diouf qu’il a charge de rédiger son discours de démission lu le 31 décembre 1980 avec effet le 1er janvier 1981.

Le geste hautement civilisé de feu Senghor a préservé son image et sa stature dans tout le paysage démocratique africain et a également prémuni le Senegal de la succession de coups d’état qui ont émaillé l’histoire contemporaine de l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Il reste aux psychologues et historiens de faire, avec suffisamment de recul et d’objectivité, un diagnostic serein du rejet par Bourguiba du modèle senghorien, par mégalomanie ou par instrumentalisation par des proches craignant la perte de leur rente de pouvoir ou par une volonté extérieure souhaitant plonger la Tunisie dans une ère d’incertitude a l’image d’un président malade, instable et incapable d’entreprendre les réformes de nature à consolider aussi bien l’ancrage démocratique que le décollage socioéconomique de la Tunisie.

Certains vont jusqu'à imputer une part de la responsabilité au peuple tunisien en raison de son attachement à l'homme providentiel quitte à lui faire croire qu’il est indispensable et que son départ causerait la perte de la Tunisie.

Le modèle senghorien montre que la Tunisie a beaucoup à apprendre du syndrome de l’homme providentiel et que ceux qui se présentent sous cet accoutrement finiront par se croire indispensables et dépasser leur date de péremption.

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