Tunisie-Algérie- Union européenne : pour un nouveau pacte de co-développement : souveraineté énergétique et territoriale

I- LA TUNISIE AU CŒUR DE LA SÉCURITÉ EURO-MAGHRÉBINE : LA TUNISIE NON PAS TAPIS MAIS UN VERROU VITAL :

La donne énergétique européenne qui a radicalement changé depuis la crise en Ukraine sera considérablement exacerbée par le blocus des détroits d’Ormuz (Golfe Persique) et de Bab El Mandeb (Mer rouge).

Le TRANSMED (Algerie-Tunisie-Italie) n'est plus un simple tuyau régional, il est devenu l'une des principales artères de survie énergétique de l'Union Européenne et d’un régime algérien qui ne doit sa survie qu’à la rente énergétique (autour de 90% des recettes d’exportation et 35% du PIB national).

Alors que certains en Algerie et en Italie, avec la complicité de certains relais tunisiens, ont tendance à soumettre une Tunisie, en quête de relance après une transe et des expérimentations post révolutionnaires malheureuses et couteuses, à un chantage énergétique et sécuritaire (Algérie) et migratoire (Italie et autres pays européens), la valeur stratégique du mètre cube transitant par la Tunisie a triplé en termes d'importance géopolitique.

Il importe dans la conjoncture géopolitique actuelle de lier la redevance non seulement au volume, mais à la "valeur stratégique de destination".

Loin des rodomontades du GALSI (Pipeline Algérie-Italie via la Sardaigne) dont la faisabilité technique, le cout et les frais de maintenance en font un éléphant blanc exhibé pour ses effets d’annonce et accessoirement pour arracher le maximum de concessions à la Tunisie sous peine de perte des redevances de transit, force est de reconnaitre que c’est plutôt la Tunisie qui est en position de force vis-à-vis de l’Algérie et de l’Union Européenne.

Si Feu Bourguiba a historiquement fait preuve de "fraternité" en acceptant des tracés frontaliers (1970) qui ont privé la Tunisie de gisements majeurs (El Borma) et de réserves hydrauliques du bassin de l’Albien (70% pour l’Algérie contre seulement10% pour la Tunisie), l'augmentation de la redevance ne sera qu’un début de compensation économique pour l'exploitation de ressources dont la souveraineté reste un sujet de débat mémoriel. Ce serait une manière de transformer un contentieux territorial, latent quoique l’on puisse penser, en partenariat économique gagnant-gagnant.

II-Renégociation de l’accord de transit du Transmed dans une conjoncture critique et a dimension de survie régionale :La renégociation ders droits de transit du gaz algérien via le TRANSMED (dix ans à partir de 2027-2029) intervient dans un contexte de rupture historique des équilibres mondiaux. La guerre en Ukraine et l'instabilité possiblement chronique du Golfe Persique ont redéfini la valeur des infrastructures terrestres. Le gazoduc TRANSMED n'est plus un simple équipement technique ; il est devenu l'artère vitale de la sécurité énergétique européenne et le poumon financier du régime algérien.

Outre les sanctions imposées au gaz russe, le blocus indéfini du détroit d’Ormuz (Golfe Persique) et la destruction pour le moment partielle des installations de liquéfaction du gaz naturel liquéfie (GNL) du Qatar en mars 2026, ont entrainé le retrait immédiat de 12,8 millions de tonnes de production annuelle, soit environ 17% de la capacite totale du pays, occasionnant une hausse de plus de 50% du prix de référence du gaz européen (TTF) et asiatique, incitant Qatar Energy a estimer entre 3 et 5 ans les délais de réparation et à invoquer la clause de force majeure pour ses contrats à long terme affectant des pays comme l’Italie, la Belgique, la Chine et la Corée du Sud.

La fragilité de l’approvisionnement de l’Europe en GNL qatari redonne un rôle stratégique et même vital au TRANSMED (également appelé pipeline Enrico Mattei).

Dans ce nouveau paradigme, la Tunisie occupe une position de pivot stratégique. Elle assure la sécurité d'un flux dont elle ne perçoit qu'une part marginale, alors qu'elle fait face à des défis existentiels : stress hydrique sans précédent en dépit des récentes pluies qui restent conjoncturelles dans une ère de réchauffement et de perturbations climatiques, en plus d’une crise économique exacerbée par une longue quête d’un nouveau modèle économique équitable et durable.

Dans cette conjoncture, la Tunisie est confrontée à l’urgence du développement de ses zones frontalières ou règne l’informel, la contrebande et les manifestations du non-état avec leur corollaire sécuritaire de même que la nécessité vitale de financer sa propre transition énergétique et d’éradiquer les zones de sous-développement qui tendent à se muer en menaces à l’autorité de l’état tant dans les domaines de l’économie et de la fiscalité que dans l’exercice de ses prérogatives sécuritaires. La survie de la Nation et la conjoncture régionale et internationale imposent aujourd'hui de passer d'une logique de « simple transit » à une logique de « partenariat souverain et intégré ».

III. LE LEVIER DES DÉPENDANCES MUTUELLES : UNE POSITION DE FORCE:

La stratégie tunisienne s'appuie sur une réalité géopolitique incontournable : l'asymétrie des dépendances.

1.D'un côté, l'Algérie dépend de la continuité territoriale tunisienne pour garantir l'acheminement de ses hydrocarbures et sécuriser ses recettes budgétaires en devises et assurer la paix sociale pour une régime rentier dont les hydrocarbures représentant près de 35% du PIB et environ 90% des recettes en devises.

2.De l'autre, l'Union Européenne dépend de la stabilité de ce corridor pour maintenir son activité industrielle et sa stabilité sociale face à l'indisponibilité du gaz russe et aux menaces pesant sur les routes maritimes du GNL à partir du Golfe Persique.

3.La Tunisie, en garantissant la sécurité et la maintenance de 400 km d'infrastructures critiques sur son sol, gère un risque géopolitique majeur. Ce service de "sécurité globale" doit être rémunéré à sa juste valeur marchande et stratégique.

IV. L’absence d’alternatives :

Si certains en Algerie, en Italie et des relais tunisiens brandissent la menace d’une coupure du gaz algérien avec des relents de chantage politico-sécuritaire du côté algérien et migratoire du côté italien, avec des frais de transit présentés comme une obole et une générosité qui mérite reconnaissance, obséquiosité et acquiescement teinté de soumission, les réalités techniques, financières et légales montrent l’inexistence dans un avenir proche de la moindre alternative sérieuse au TRANSMED et que la Tunisie tient le régime algérien et l’Europe par la jugulaire :

1. Le Gazoduc MEDGAZ (vers l'Espagne) : Saturé :

Ce pipeline relie directement Beni Saf à Almería sans passer par un pays tiers.

État actuel : Sa capacité a été portée à 10,5 milliards de m³. En mars 2026, l'Espagne a négocié une hausse de 10 à 12,5 % des flux pour atteindre sa pleine capacité technique.

Réalisme : Il est déjà utilisé à son maximum. Il ne peut en aucun cas servir de dérivation pour le gaz destiné à l'Italie et à l'Europe centrale.

2. Le projet GALSI (vers la Sardaigne) : L'alternative "directe" fantôme :

Relancé plusieurs fois, ce projet vise à relier Annaba à la Sardaigne.

Faisabilité : C'est un projet complexe et coûteux (estimé à plus de 5 milliards de dollars) qui nécessiterait plusieurs années de construction (horizon 2030+) en plus des risques techniques, de maintenance et de sécurité : 2885 m de profondeur contre 610 m pour le TRANSMED et une distance sous mer de 565 km pour GALSI contre 155 km pour le TRANSMED, avec les risques encourus à l’instar des NORDSTREAM 1 et 2, mystérieusement explosés en septembre 2022.

Usage futur : Il est désormais envisagé comme un corridor pour l'hydrogène vert plutôt que comme un simple remplacement du Transmed.

4. Le Gazoduc Transsaharien (TSGP) : Une fuite en avant :

Ce projet titanesque doit acheminer le gaz du Nigeria vers l'Europe via l'Algérie.

Impact : S'il est achevé (horizon fin 2026 pour le lancement des travaux lourds), il augmentera les volumes disponibles en Algérie, mais ces volumes devront quand même emprunter le réseau existant (TRANSMED ou MEDGAZ) pour atteindre l'Europe.

5. Ces alternatives ne sont pas des solutions de "chantage" ?

Pour l'Algérie, se passer de la Tunisie signifierait :

-Perdre son plus gros client (l'Italie) le temps de construire une infrastructure alternative.

-Se priver de revenus immédiats cruciaux pour son budget et sa sécurité nationale.

-S'aliéner l'Union Européenne, qui finance et soutient le TRANSMED comme un corridor stratégique.

En dépit des rodomontades et des coups de bluff, l'Algérie est techniquement verrouillée par la géographie tunisienne pour ses exportations terrestres massives vers l'Europe.

V. LES PILIERS DE LA REVENDICATION SOUVERAINE:

1. Réévaluation de la Redevance à 8% :

Le taux actuel de 5,25 %, négocié en 2019 et renouvelable en 2027-2029, est une relique d'un monde énergétique révolu. La Tunisie est en droit et en devoir d’exiger le passage à une redevance de 8 %, indexée sur les cours réels du marché européen (TTF). Cette hausse n'est pas une taxe, mais un "Droit de Souveraineté" destiné à compenser l'usure des infrastructures et à financer l'autonomie énergétique nationale en plus d’un package de co-développement et de sécurité partagée avec l’Algérie et l’Europe.

2. Souveraineté Hydraulique et Sécurité Alimentaire :

Le développement du Sahara tunisien et la survie de nos terres agricoles dépendent d'un partage plus équitable des ressources hydriques. La renégociation du TRANSMED doit inclure une révision des accords sur les eaux de surface de la Medjerda et sur l'exploitation durable du Bassin souterrain de l'Albien. L'eau est le corollaire indissociable de l'énergie dans ce grand marché régional.

3. Politique de co-développement des régions frontalières du nord au sud :

La stabilité des frontières passe par la prospérité. Ce programme doit bénéficier de financements européens au titre de la stabilité régionale, permettant la transformation des économies locales et leur inclusion dans l’économie formelle par la création d'emplois massifs pour fixer les populations et atténuer l’attrait de la contrebande et de l’économie informelle.

4. Intégration aux Mécanismes Européens :

En tant que prolongement du réseau énergétique européen, la Tunisie doit bénéficier d'un accès de plein droit aux mécanismes financiers et structurels de l'UE. Cela implique un démantèlement complet des barrières tarifaires et quantitatives pour les produits agricoles et industriels tunisiens, ainsi qu'une éligibilité aux fonds de mobilité et de cohésion, en reconnaissance de son rôle de garant de la sécurité énergétique du Nord.

VIL. CONCLUSION : LA RÉSILIENCE PARTAGÉE:

La Tunisie réaffirme sa volonté d'être un partenaire fiable et prévisible. Toutefois, la pérennité du transit vers l'Europe et la stabilité des exportations algériennes sont intrinsèquement liées à la résilience du modèle économique tunisien. Ignorer l'urgence nationale tunisienne reviendrait à fragiliser le maillon central de la chaîne énergétique méditerranéenne.

Cette renégociation est le socle d'un nouveau contrat de confiance où la géographie tunisienne est reconnue comme un actif stratégique de premier plan, au service de la survie de l'État et de la prospérité de son peuple et de tout son voisinage.

Ni l’Algérie ni l’Europe ne pourront surmonter sans la Tunisie l’actuelle crise énergétique qui présente de nombreux indices d’exacerbation et de durabilité avec leurs retombées sociales et sécuritaires.

Plus que jamais, la Tunisie se trouve au centre de la sécurité régionale ce qui lui donne le droit et le devoir d’exiger une juste rétribution de sa contribution à la stabilité et la sécurité régionales d’autant plus que son développement et sa sécurité sont des éléments indissociables et même centraux de la sécurité régionale.

Si, durant la deuxième guerre mondiale, la libération de l’Europe a été cinématiquement immortalisée par le débarquement de Normandie (juin 1944), la véritable libération de l’Europe a commencé en juillet 1943 par le débarquement de Sicile à partir de la Tunisie. Sans oublier la contribution héroïque des soldats tunisiens à la libération de l’imprenable place forte de Monte Cassino.

Ceux qui ont la mémoire courte gagneraient à tirer les enseignements de l’histoire pour se prémunir contre les aléas et les chocs du futur.

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