Le Maghreb en ébullition : Le déterminisme historique et la fragilité des frontières héritées de la colonisation:

Après l’exacerbation des tensions dans tous les pays du Maghreb allant du malaise socioéconomique aux conflits armés intérieurs avec une allure de guerre civile jusqu’aux différends impliquant le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies et le risque de débordement en un conflit armé impliquant des puissances extérieures, en plus de la ceinture sahélienne qui, en plus de sa fébrilité, est devenue une ceinture de feu et une bombe a retardement démographique et migratoire, la région du Maghreb connait une escalade de la tension qui semble préfigurer une intenabilité du statu quo géopolitique et des prémices de refonte géostratégique.

La Tunisie se trouve malgré elle dans l’œil du cyclone et fait face à l’obligation historique de tourner cette menace existentielle en un gain géostratégique.

En effet, l'analyse scientifique de l'espace maghrébin exige de dépasser le positivisme juridique rigide pour adopter une approche mémorielle et une conscience historique profonde.

Les traités léonins, signés dans des contextes d'asymétrie totale sous la tutelle directe des administrations coloniales et pérennisées avec acharnement par les structures étatiques post indépendance portent en eux les germes de leur propre caducité.

Ces accords n'ont pas été conçus pour établir une paix durable, mais pour légitimer et perpétuer des découpages coloniaux aussi injustes que cyniques, au détriment des nations organiques préexistantes. Le déterminisme historique — cette force de longue durée qui survit aux parenthèses impérialistes — est en train de balayer ces fictions juridiques.

-À l'Est (L'espace tripolitain) :

La dissolution de la gouvernance centralisée dans l'espace artificiellement nommé « Libye » n'est pas une régression fortuite, mais le reflux naturel d'une construction étatique importée. Ce fractionnement découle directement de la Convention de Tripoli du 19 mai 1910 (traité franco-ottoman) et de l'Accord franco-italien du 7 janvier 1935 (accords Laval-Mussolini). Ces marchandages géométriques exogènes ont bridé les profondeurs sahariennes naturelles et les titres historiques de la Tunisie. Aujourd'hui, l'effondrement de ces cadres post-coloniaux ramène l'espace frontalier à ses véritables dimensions humaines, tribales et historiques.

-À l'Ouest (L'espace de l'État-rente) :

L'entité géographiquement hypertrophiée par l'administration coloniale française — qui s'est approprié de vastes territoires de la Régence de Tunis et confirmé sous la contrainte et dans un moment de faiblesse de la Tunisie et de son Leader par l’accord du 16 avril 1970, exemple type du traité léonin— fait face à l'épuisement structurel de son modèle rentier. Les purges claniques internes, le déclin économique, la ceinture de feu qui l’encercle et l'isolement international (accentué par la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l'ONU) démontrent que la manne des ressources ne peut plus masquer les injustices de l'histoire.

II. Les spoliations maritimes et le précédent du plateau continental :

Cette dynamique d'amputation territoriale s'étend aux frontières maritimes méridionales. L'arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ) du 24 février 1982 concernant la délimitation du plateau continental entre la Tunisie et la Libye constitue une parfaite illustration de ces constructions juridiques destinées à figer des rapports de force temporaires.

Dans le Golfe de Gabès, l'approche positiviste de la CIJ a délibérément écarté l'argumentation tunisienne axée sur les « droits historiques », à savoir les titres de souveraineté ancestraux sur les pêcheries sédentaires et les lignes de souveraineté de la Régence de Tunis.

En s'appuyant indûment sur les concessions pétrolières issues des arrangements franco-sénoussites de 1955 pour acter un prétendu modus vivendi, la Cour Internationale de Justice a privé la Tunisie d'une part substantielle de sa zone économique exclusive (ZEE), offrant ainsi sur un plateau juridique des gisements d'hydrocarbures majeurs, à l'instar du champ pétrolier d'El Bouri, à une construction territoriale exogène et de surcroit éphémère .

Aujourd'hui, la dissolution en cours de cette structure étatique issue des découpages et marchandages coloniaux ramène ces accords léonins face au tribunal de la conscience mémorielle et au jugement de l’histoire en pleine effervescence.

Face aux crimes coloniaux touchant non seulement la profondeur territoriale de la Tunisie mais également son identité culturelle car ces territoires amputés renferment une mémoire pour laquelle les bénéficiaires du recel territorial affichent des prétentions agressives, en plus des moyens énergétiques et hydrauliques de la relance et même de la survie, la Tunisie se doit de maintenir intacte sa mémoire territoriale et civilisationnelle, en opposant le refus le plus categorique a ces configurations coloniales et leurs héritiers d’oblitérer indéfiniment sa géographie historique et humaine.

III. La cohésion sociale et l'ancrage carthaginois :

En opposition aux périphéries fragmentées et nécessairement éphémères, la Tunisie déploie un bouclier sociologique puissant : son homogénéité ethnique, linguistique et culturelle absolue. Exempte de schismes tribaux profonds ou de divisions régionales irréconciliables, la Tunisie forme un bloc national compact.

En dépit des tentatives de contamination et de corrosion manipulées de son tissu politico-social par un voisinage crée par l’impérialisme et colonial et mal assume par les héritiers de la colonisation, la cohésion anthropologique, forgée par des millénaires d'intégration, protège la Tunisie de toute balkanisation et permet à l'énergie collective de se concentrer sur son développement socio-économique endogène.

La légitimité fondamentale de la Tunisie réside dans sa nature d'État organique et continu. En tant qu'héritière directe de Carthage, elle s'inscrit dans la lignée de ce qu'Aristote qualifiait de première république au monde dotée d'une Constitution mixte et équilibrée.

Les institutions carthaginoises posaient déjà depuis l’antiquité les fondements de la régulation juridique bien avant que l'impérialisme européen ne dessine ses lignes de faille. Cette tradition constitutionnelle s'est perpétuée à travers le Pacte fondamental de 1857 (Ahd El Aman) et la Constitution de 1861, confirmant le rôle de la Tunisie en tant que pionnier de l'État de droit dans le monde arabo-méditerranéen.

IV. Le monopole morphologique et la souveraineté du transit :

Dans une époque caractérisée par une course effrénée à l’énergie, paradoxalement le talon d’Achille de la Tunisie moderne, le fondement de la puissance géostratégique tunisienne s'appuie sur une réalité physique incontournable : la géographie sous-marine de la Méditerranée centrale.

De par la configuration de son plateau continental, la faiblesse relative de ses profondeurs maritimes et ses spécificités sismiques remarquablement stables par rapport aux fosses instables du bassin occidental déchiré par la rencontre de plus en plus volatile des plaques tectoniques africaine et eurasienne, la Tunisie constitue de loin le point de passage le plus sûr, le plus court et le plus compétitif pour le transit des oléoducs et gazoducs africains vers l'Europe. Cet avantage physique confère à la Tunisie un monopole naturel sur les corridors d'interconnexion eurafricains.

En pratique, cette centralité géographique gagnerait à être utilisée pour le rééquilibrage des relations asymétriques notamment via le gazoduc Transmed.

En exploitant les échéances contractuelles de 2027 et de 2029, la doctrine vise à porter la redevance actuelle de 5,25 % à 8 % en 2027 (justifié par la hausse des coûts de sécurisation frontalière et de maintenance) puis à 10 % en 2029 (alignement sur les standards internationaux du droit de passage).

Cette démarche s'appuie juridiquement sur la clause de révision pour changement imprévu de circonstances (Rebus sic stantibus), légitimée par la refonte complète du marché de l'énergie en Méditerranée.

V. La doctrine de l'Axe Médian et la priorité industrielle nationale :

Outre la préservation de la souveraineté et de l’autosuffisance énergétiques, les flux financiers générés par cette redevance optimisée doivent rompre avec l'hypercentralisation littorale historique. Ils doivent répondre à une urgence structurelle théorisée dès 1995 par la Banque mondiale : le développement de l'Axe Médian.

Cette dorsale centrale représente à la fois le plus grand foyer de développement potentiel du pays et, si elle reste sans solution durable, sa plus grande menace socio-sécuritaire.

La doctrine préventive impose une répartition régionale stratégique des infrastructures lourdes et des leviers manufacturiers le long de cet axe :

-Connectivité des infrastructures : Les revenus du Transmed doivent directement financer les réseaux logistiques, autoroutiers et ferroviaires reliant l'Axe Médian aux ports maritimes travers des schémas nationaux, bilatéraux ou multilatéraux (Algérie-Italie-UE).

-Incitateurs souverains à l'entreprise : L'État doit déployer dans ces zones des parcs industriels de nouvelle génération dotés d'un accès direct à une énergie nationale à bas coût, ainsi que des fonds de garantie souverains pour stimuler l'entrepreneuriat local.

Cette stratégie territoriale s'adosse à un refus catégorique du modèle d'exportation brute de l'énergie car prétexter de transformer les parcs solaires ou les projets d'interconnexion comme le câble sous-marin ELMED (600 MW) en simples tuyaux d'exportation d'électrons vers le Nord recèle un péril doctrinal : cela reproduirait le schéma du commerce colonial, à savoir l'exportation de ressources brutes à faible valeur ajoutée d'un côté, et la dépendance envers l'étranger pour l'importation de produits finis de l'autre.

Un principe de base de la souveraineté nationale et du développement endogène :

L’énergie tunisienne doit alimenter l’économie, l'activité industrielle et la compétitivité de la Tunisie avant et au-dessus de tout. La véritable valeur ajoutée réside dans l'utilisation de l'électricité propre pour alimenter les usines, les complexes métallurgiques, chimiques, pharmaceutiques, électromécaniques et les industries manufacturières de pointe implantées en priorite au cœur de l'Axe Médian.

VI. Conclusion :

En dernière analyse, les mutations tectoniques qui parcourent le Maghreb central illustrent la force irrésistible du déterminisme historique.

Le nouvel ordre international en cours de cristallisation impose une reconfiguration profonde et inéluctable des reliques politiques et frontalières héritées d'une ère de spoliation et d'exploitation — un ordre mondial destructeur, injuste et heureusement en voie de disparition.

Les découpages artificiels et les structures étatiques éphémères s'effacent devant la permanence des nations organiques et continues.

En ancrant sa modernité socio-économique et sa souveraineté énergétique au cœur de sa propre géographie, la Tunisie réhabilite sa profondeur historique millénaire, s'affirmant comme le pôle de stabilité légitime et pérenne de la Méditerranée occidentale.

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