Le Retour du Volcan Français

La France rebelle n'est pas morte.

À intervalles réguliers, elle semble s'assoupir, disparaître sous les couches successives de conformisme, de résignation et d'individualisme. Puis, soudainement, elle ressurgit. Comme si quelque chose, dans les profondeurs de son histoire, refusait obstinément de mourir.

La mobilisation actuelle de la jeunesse française est peut-être l'un de ces moments de réveil.


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Pendant des années, on a voulu croire que les nouvelles générations avaient déserté le terrain de l'engagement collectif. On les disait absorbées par les réseaux sociaux, enfermées dans des univers virtuels, noyées sous un déluge d'informations, de divertissements et d'opinions instantanées. On imaginait que le statut Facebook avait remplacé le tract, que le reel avait remplacé la manifestation, que le commentaire avait définitivement supplanté l'action.


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Mais la rue a démontré le contraire.

Cette jeunesse que l'on croyait anesthésiée est revenue occuper l'espace public. Elle réapprend les gestes de la contestation collective, retrouve une voix que beaucoup lui pensaient perdue. Elle exprime une inquiétude profonde face à un avenir qui se dérobe, face à un monde où les promesses de progrès social semblent s'éloigner chaque jour davantage.


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Car ce qui s'exprime aujourd'hui dépasse largement les revendications immédiates.

Les jeunes voient l'école publique se dégrader, l'emploi se précariser, les mécanismes traditionnels d'ascension sociale s'affaiblir. Ils grandissent dans une époque marquée par les crises économiques, écologiques et géopolitiques. Ils voient un système qui paraît incapable de répondre à leurs attentes et dont les bénéficiaires semblent toujours être les mêmes.


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Face à eux se dresse un vieux monde qui peine à comprendre ce qui est en train de se produire. Un monde peuplé de commentateurs professionnels, de gardiens de l'ordre établi et de donneurs de leçons qui regardent chaque mouvement de jeunesse avec méfiance, quand ce n'est pas avec mépris. Comme toujours, les contestataires sont accusés d'excès, de désordre, de naïveté ou d'irresponsabilité.


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Pourtant, l'histoire enseigne que les grandes transformations commencent rarement dans les salons.

Elles commencent dans la rue.

La France possède à cet égard une mémoire particulière. De 1789 à la Commune, de l'esprit des Lumières à Mai 68, le pays conserve dans son ADN politique une étrange capacité à réinventer périodiquement les formes de la contestation. Le volcan peut paraître éteint durant des décennies. La lave continue pourtant de circuler sous la surface.


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Nous assistons peut-être aujourd'hui à un léger frémissement de ce vieux volcan.

Certes, il n'y a ni Danton ni Robespierre. Les figures, les références et les méthodes ont changé. Le monde numérique a modifié les formes de mobilisation. Les mouvements contemporains ne ressemblent plus à ceux du siècle dernier.


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Mais l'essentiel demeure : une génération refuse de considérer comme inéluctable l'état du monde qui lui est légué.

Cet idéalisme romantique propre à la jeunesse, que beaucoup annonçaient disparu, renaît sous de nouvelles formes. Il réapparaît dans les manifestations, dans les mobilisations collectives, dans le refus croissant de l'impuissance.

Nul ne sait encore si ce mouvement marquera l'histoire ou s'il ne constituera qu'un épisode parmi d'autres. Nul ne peut prédire son ampleur, sa durée ou ses conséquences.

Une chose, cependant, paraît certaine : ceux qui croyaient la jeunesse définitivement absorbée par les écrans découvrent aujourd'hui qu'elle n'avait pas disparu.

Elle attendait simplement son heure.

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