La Roja, victorieuse sur le terrain et dans les chancelleries!

Dans un monde où le football se mêle désormais à la politique et où les stades deviennent les prolongements des politiques et des gouvernements, il est salutaire de détourner le regard des pelouses pour contempler les gestes diplomatiques qui marquent l’histoire. L’Espagne vient de rappeler, avec éclat, que la dignité n’est pas une valeur obsolète; en retirant définitivement sa représentante à l’entité sioniste, la diplomatie espagnole a choisi la voie de l’honneur et de la solidarité envers un peuple martyrisé.

Ce geste, loin d’être symbolique, constitue une rupture nette avec la complaisance internationale. En abaissant son niveau de représentation à un simple chargé d’affaires, Madrid adresse un message clair: il n’est plus possible de fermer les yeux sur les bombardements incessants qui ravagent Gaza, ni de se réfugier derrière les euphémismes diplomatiques. L’Espagne, toujours fidèle à une tradition de courage politique, s’inscrit ainsi dans une mémoire historique où la défense des opprimés prime sur les calculs géostratégiques.

Mais cette Coupe du monde elle même illustre combien le sport n’est plus isolé de la sphère politique. La FIFA, sous la présidence d’Infantino, s’est retrouvée au cœur d’une polémique retentissante: l’annulation du carton rouge infligé à l’attaquant américain, à la suite d’un coup de fil de Trump.

Cet épisode, loin d’être anecdotique, révèle l’ingérence flagrante du pouvoir politique dans une institution censée garantir l’équité sportive. La décision, perçue comme une soumission aux pressions de Trump, entache la crédibilité de la FIFA et confirme que le football mondial est devenu un instrument de propagande et d’influence diplomatique. L’arbitre désormais n’est plus seul maître du jeu; les puissances politiques dictent désormais les règles, au mépris de l’esprit sportif.

À cette dérive s’ajoute une injustice polémique: l’Égypte, face à l’Argentine, a subi un arbitrage partial qui a pesé lourdement sur son destin. Et l’on ne peut ignorer, en effet, que seul H. Hassan a osé brandir le drapeau palestinien, rappelant au monde entier que la cause palestinienne demeure vivante et que les crimes sionistes à Gaza doivent cesser.

Ce geste courageux, sur un terrain situé dans un pays acquis depuis toujours à l’idéologie sioniste, a probablement coûté cher à son équipe. L’Égypte a payé le prix de la dignité, là où d’autres se contentent de se taire. Mais qu’à cela ne tienne! Les Égyptiens ont quitté le tournoi les têtes hautes.

Face à ces injustices sportives et politiques, le contraste est saisissant. Tandis que les capitales arabes s’enferment dans un mutisme complice, oscillant entre coopération tacite et silence honteux, les consciences libres du monde arabe se contentent de prier pour leurs frères assiégés. La fracture est cependant toujours béante: d’un côté, un gouvernement espagnol qui ose braver les pressions et rompre avec l’ordre établi et de l’autre, des régimes arabes englués dans la peur, la dépendance et l’inaction.

Il ne s’agit pas ici de flatter l’Espagne par opportunisme mais de reconnaître la valeur d’un acte rare dans une époque où la diplomatie se réduit trop souvent à des calculs cyniques. En choisissant la voie de la protestation, Madrid rappelle que la politique peut encore être traversée par un souffle moral, que les chancelleries ne sont pas condamnées à l’indifférence et que la solidarité avec Gaza n’est pas une chimère.

L’histoire retiendra que, dans l’un des moments les plus sombres de la tragédie palestinienne, l’Espagne a su se dresser, seule, contre l’injustice. Et ce geste, aussi isolé soit il, résonne comme un appel; il appartient désormais aux peuples arabes de transformer leurs prières en actes et à leurs gouvernements de briser le cercle du silence. Car la dignité, lorsqu’elle est incarnée par un État, devient contagieuse et l’Espagne vient d’en donner la preuve éclatante.

Enfin, au delà de la diplomatie et pas loin de la politique, il faut aussi saluer l’Espagne sur le terrain. Sa qualification en demi finale de cette Coupe du monde illustre que courage et cohérence peuvent se conjuguer dans le sport comme dans la politique. Et à l’heure où la FIFA se laisse gangrener par les ingérences et où l’Égypte est punie pour avoir osé rappeler la Palestine, l’Espagne rappelle que l’honneur peut encore triompher sur les pelouses comme dans les chancelleries. Mais surtout dans les cœurs où nous ne nous lasserons jamais de répéter: Gracias, España!

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