Lorsque la troisième guerre du Golfe a éclaté le 28 février, opposant les États-Unis de Trump et leur allié israélien à l'Iran des ayatollahs, il est apparu clairement que nous étions confrontés à un tournant décisif qui allait façonner l'avenir des relations internationales. Cette analyse est fondamentalement liée à deux aspects de cette région : d'une part, le Moyen-Orient est une zone clé pour la production de pétrole et de gaz dans un monde de plus en plus gourmand en énergie ; d'autre part, il est également la zone clé du mécanisme du pétrodollar, ce système monétaire fondé sur la fixation des prix et la vente du pétrole brut en dollars américains qui sous-tend la domination financière américaine à travers le monde.
Six mois après cet événement, nous pouvons tirer quelques conclusions fondamentales, même en tenant compte du fait que nous sommes loin d'une résolution du conflit :
• L'Iran est parvenu à résister à la puissance militaire américaine, qu'elle soit navale, aérienne ou balistique, mais surtout à la stratégie globale de domination à spectre complet. Grâce à l'utilisation stratégique de tous les outils militaires, y compris la manipulation psychologique de masse, la propagande et la cyberguerre, il déstabilise les pays attaqués par les États-Unis et provoque l'effondrement de leurs institutions. Il convient de souligner la décision de l'Iran de relocaliser toutes ses infrastructures stratégiques sous terre, à commencer par ses principales usines d'armement. La construction de ces « villes souterraines » a considérablement affaibli, voire neutralisé, la puissance aérienne américaine : à quoi bon dominer le ciel si la cible se trouve à des centaines de mètres sous terre, protégée par des dizaines de mètres de granit ? Cette initiative des stratèges de Téhéran, comme on le voit, risque de changer le cours de l'histoire. Un autre élément clé de la stratégie iranienne réside dans sa priorité donnée à un armement peu coûteux et facilement adaptable (dont la production peut donc être augmentée presque à volonté). un véritable changement de paradigme qui s'avère être une stratégie gagnante contre un Occident qui a tout investi dans des armes extrêmement coûteuses, de haute technologie et à faible évolutivité et, par conséquent, dans une production rigide difficile à augmenter sans coûts élevés et des délais bibliques incompatibles avec une guerre déjà en cours ;
• Les pétromonarchies du Golfe sont les véritables perdants de cette guerre (et risquent de l'être encore davantage si le conflit se poursuit ou s'intensifie). Les investissements colossaux réalisés ces vingt dernières années par le Qatar, Bahreïn, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, tant dans l'immobilier national que dans les technologies, dans le but de s'affranchir – au moins partiellement – du secteur pétrolier et, surtout, des investissements en dollars via le mécanisme du pétrodollar, se sont avérés, pour l'instant, un échec retentissant. Chaque investisseur dans le monde sait que tout investissement – immobilier ou technologique – situé dans un pays du Golfe est la cible des missiles Pasdaran et des drones iraniens ; et tous savent que le système de défense américain est incapable de contrer, même partiellement, cette menace. Force est de constater que cette situation pousse les pétromonarchies à envisager des solutions de défense inimaginables il y a encore quelques mois : l'Arabie saoudite a, de fait, signé un pacte de défense mutuelle avec la Turquie et le Pakistan. On pourrait considérer cela comme un événement historique si, à long terme, cela devait conduire au retrait des forces militaires américaines d'Arabie saoudite, lesquelles se sont avérées plus dommageables politiquement que militairement utiles.
• La croissance mondiale est menacée par le coût élevé de l'énergie, conséquence du blocage du détroit d'Ormuz. Bien que, pour l'instant, l'impact total de ce choc ne se soit pas encore répercuté sur les prix à la consommation (en Italie, Federpetroli a toutefois annoncé une possible hausse du prix du diesel à 3 € le litre), grâce aux prélèvements massifs de pétrole brut effectués dans les réserves mondiales, la situation pourrait évoluer rapidement, entraînant une flambée de l'inflation mondiale et, par conséquent, une hausse des taux d'intérêt susceptible de perturber l'équilibre actuel du marché. Ce risque est d'autant plus grand que les États-Unis, premier pays endetté au monde, ne peuvent se permettre ni une hausse des taux ni une fuite des capitaux.
La situation est extrêmement complexe, comme on peut l'imaginer, et contraint les stratèges américains à faire des choix très difficiles. Il n'est pas exagéré d'affirmer que Washington a désormais admis que l'intervention militaire est incapable d'obtenir des résultats définitifs contre l'Iran à court terme, et qu'un passage d'une phase de conflit militaire à une guerre économique totale contre l'Iran semble de plus en plus probable. C'est ce qu'a annoncé Trump hier soir sur ses réseaux sociaux, promettant une campagne violente d'étranglement économique « tous azimuts » contre Téhéran : elle touchera donc tous les secteurs de l'économie. De fait, le tweet du magnat new-yorkais laisse entendre que les États-Unis préparent des sanctions secondaires contre les pays qui maintiennent des relations économiques avec l'Iran (à savoir la Chine, la Russie et l'Inde). C'est un choix extrêmement dangereux qui, s'il était mis en œuvre, pourrait dévaster l'économie mondiale. À cet égard, il nous faudra toutefois patienter, car Trump nous a habitués à des annonces sensationnelles qu'il n'a heureusement jamais suivies de mesures concrètes.
Quoi qu'il en soit, si une telle mesure aurait pu être décisive il y a dix ans, les États-Unis n'ont plus la capacité d'imposer un boycott économique total aux pays tiers (à l'exception, bien sûr, des vassaux européens). Sans compter que l'Iran réagirait à une telle action par la fermeture indéfinie du détroit d'Ormuz. Dès lors, un effondrement des marchés financiers et des changes serait quasi inévitable.