La bataille pour l’Iran : un seuil historique décisif

La bataille pour l’Iran est toujours suspendue, mais elle a le profil d’un seuil historique décisif.

Israël exerce toute la pression possible sur l’administration américaine pour mener l’attaque. Le fait qu’une guerre totale ne laisserait guère Israël intact ne semble inquiéter ni Netanyahu ni les Israéliens, qui, avec les sondages en main, sont majoritairement favorables à un conflit.

Trump a également accumulé un potentiel de guerre totalement hors du commun, franchement disproportionné pour un bluff.

Et pourtant, l’attaque, d’après plusieurs rumeurs, a déjà été reportée à deux reprises.

Et les raisons de ces reports sont assez claires.

Ces derniers mois, de nombreux avions cargo sont arrivés en Iran en provenance de Russie et de Chine. Qu’il s’agisse d’une livraison extraordinaire d’armements est un secret de polichinelle.

La Chine, de plus, semble rendre son système de détection aérospatiale directement disponible, certains de ses navires étant envoyés dans le golfe Persique, rendant ainsi l’Iran pratiquement capable de détecter également la technologie furtive américaine.

Bien que personne ne puisse douter de la supériorité militaire du duo américano-israélien, la question est de savoir combien de dégâts l’Iran peut causer et pour combien de temps. Il n’est en aucun cas certain que les Israélo-Américains puissent subir des dégâts significatifs sans être contraints de recourir à des conseils modérés (comme cela s’est déjà produit lors de la « guerre des 12 jours »).

En fin de compte, la bataille pour l’Iran est la bataille décisive pour la confrontation entre le bloc israélo-américain (avec les Européens agissant comme sbires de soutien) et les aspirations du monde multipolaire émergent.

Un Iran réduit à l'obéissance signifie pour la Chine la fin de ses perspectives d'expansion commerciale et hégémonique. Sans le pétrole iranien et sans allié au Moyen-Orient, la Chine se retrouve confinée à un rôle de puissance régionale, rôle qu'elle peine déjà à maintenir, avec à ses portes le Japon, les Philippines et Taïwan, tous sous hégémonie américaine.

La Chine se trouve aujourd'hui dans une position qui rappelle à certains égards celle de l'Allemagne à l'aube de la guerre mondiale : elle a dépassé son grand concurrent international (l'Angleterre pour l'Allemagne, les États-Unis pour la Chine) sur le plan productif et technologique, mais sa position géographique et le manque de ressources internes la rendent dépendante de son adversaire dans ses capacités d'expansion. L'extension du contrôle militaire (les colonies anglaises pour l'Allemagne, les bases américaines pour la Chine) menace concrètement ses échanges internationaux et son approvisionnement en matières premières.

En 1914, l'Allemagne a choisi la guerre pour se sortir d'une situation délicate, et cela lui a mal tourné.

La Chine, traditionnellement étrangère à l'aventurisme militaire, n'a aucune intention de s'impliquer directement dans un conflit avec les États-Unis. Cependant, après le coup porté par les Américains au Venezuela, elle ne peut continuer à faire profil bas et perdre des alliances.

Si les États-Unis n'attaquent pas dans les prochains mois, nous arriverons à la campagne électorale pour les élections de mi-mandat, et un conflit avec des pertes importantes serait un coup fatal pour la présidence Trump. D'ailleurs, se retirer sans avoir conclu un accord avantageux - les propositions américaines à l'Iran équivalaient jusqu'à présent à une demande de capitulation - jetterait une ombre sur la puissance américaine.

Tout porte donc à croire que l'attaque est inévitable, avec un délai fixé avant l'été.

Mais si l'attaque a lieu, le match qui se jouera sera sans exclusion de coups, avec l'implication probable d'autres pays du Golfe (Dubaï est dans le collimateur iranien) et avec la possibilité d'« incidents » directs entre la Chine et les États-Unis (la Russie ne peut se permettre une exposition excessive en raison du problème ukrainien qui persiste).

Cette phase historique a inauguré une confrontation d'un type inédit, sans aucune feinte, sans détours, sans tentatives de justification. L'activité de piraterie substantielle lancée par la marine américaine (et en partie aussi européenne) à l'encontre des approvisionnements navals en provenance et à destination de la Russie clarifie le niveau de la confrontation.

Désormais, la question est purement et simplement une question de force, et les alternatives en jeu sont l'imposition mondiale de l'impérialisme israélo-américain ou l'imposition d'un nouveau multipolarisme, centré sur la Chine et la Russie.

Le ballet américain, qui n'arrive pas à se décider s'il doit bombarder l'Iran pour libérer les Iraniens opprimés ou pour défendre la puissance atomique d'Israël contre l'inexistante puissance atomique iranienne, est emblématique du fait qu'on ne s'efforce même plus de faire gober au peuple la sempiternelle bouillie moralisatrice.

(À l'exception, bien sûr, de la presse européenne qui, au mépris du ridicule, continue de présenter l'agression du T-Rex israélo-américain contre les autres dinosaures mondiaux comme une croisade pour la justice et la moralité.)

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