Hormuz, le Congrès américain et le facteur temps : comment l’Iran gagne la partie d’échecs

La dynamique des dernières heures démontre une fois de plus le haut niveau de préparation de la direction iranienne.

L’attaque violente d’hier contre Beyrouth par l’armée de l’air israélienne, menée immédiatement après l’entrée en vigueur de la trêve, visait à saboter la trêve elle-même. Dans les mêmes heures, un drone de reconnaissance israélien est également entré sur le territoire iranien, provoquant une riposte de tirs antiaériens (formellement une attaque, mais sans dommages).

Israël comptait sur une réaction immédiate des Iraniens, qui aurait immédiatement relancé le conflit, réduisant à néant toute marge de négociation (et, en vérité, c'était aussi ce à quoi je m'attendais).

Il est toutefois clair qu’un léger fossé se creuse actuellement entre les intentions américaines et celles d’Israël. Les États-Unis, qui n’avaient dès le départ aucune raison sérieuse de s’engager dans le conflit, cherchent une issue qui leur permette de sauver la face sur le plan intérieur. Israël souhaite une poursuite illimitée du conflit (mais bien sûr, à condition de tenir le troll américain en laisse, sans quoi il ne pourrait pas, à lui seul, supporter une confrontation militaire prolongée).

Les dirigeants iraniens ont répondu au bombardement du Liban en refermant le détroit d’Ormuz (rouvert nominalement pendant quelques minutes), mais sans lancer de missiles. Ce faisant, ils ont placé les États-Unis dans la position difficile soit d’approuver le massacre de Beyrouth – qui suscite l’horreur même chez de nombreux alliés des États-Unis – soit de laisser à Israël la responsabilité de poursuivre le conflit seul. Pour l’instant, les Américains font des exercices d’équilibriste, d’une part en affirmant que la trêve n’incluait pas le Liban (mais ils ont été démentis par les médiateurs pakistanais eux-mêmes, seule tierce partie directement impliquée), et d’autre part en menaçant de reprendre la guerre si le détroit n’est pas rouvert (mais les Iraniens étaient déjà préparés à cette éventualité).

Dans ce contexte, il convient de prendre en compte un autre élément : d’ici vingt jours, Trump devra demander l’autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre. Le président dispose en effet d’un délai de 60 jours pour mener des opérations militaires de son propre chef (en théorie, uniquement pour se défendre immédiatement contre des attaques, mais ils ont réussi à présenter cette énième guerre d’agression comme un acte de légitime défense) ; au bout de 60 jours, il doit obtenir le feu vert du Congrès (même s’il existe une possibilité de prolongation de 30 jours supplémentaires au cas où ce délai serait nécessaire pour mettre en sécurité les troupes exposées). Or, il n’y a actuellement pas de majorité au Congrès pour approuver la poursuite du conflit. Trump dispose donc d’un délai limité pour sortir de cette impasse d’une manière au moins formellement acceptable.

En maintenant la pression sur le détroit, sans pour autant relancer le conflit armé, l’Iran utilise son levier le plus puissant tout en laissant une marge de manœuvre pour une éventuelle désescalade. Étant donné que l’idée d’aller mourir pour sauver la peau de la nation la plus détestée de la Voie lactée n’est plus très populaire parmi les troupes américaines, le temps joue en faveur de l’Iran.

Dans ce contexte, il faut s’attendre à une énième provocation israélienne, qui jettera de l’huile sur le feu d’une guerre ouverte. Nous verrons bien.

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