GAZA SPA : la privatisation du génocide dans le salon de Davos

Qu’est-il arrivé à Gaza ? Elle a disparu du radar, engloutie par le silence des médias traditionnels et la fatigue physiologique d’une opinion publique capricieuse. Jusqu’à il y a quelques mois, les places bouillonnaient d’indignation, animées par des mouvements qui semblaient océaniques mais qui, comme nous le craignions, se sont révélés être des vagues émotionnelles manquant de la cohérence politique nécessaire pour durer au-delà de l’urgence de l’actualité.

Aujourd'hui, la classe politique italienne – à l'exception de quelques parlementaires isolés – observe un silence de plomb et complice. Nous parlons de la même classe dirigeante qui, hier, cherchait cyniquement à tirer profit de l'océan de sang versé et qui, aujourd'hui, ne dit pas un mot contre l'offensive judiciaire qui frappe les Palestiniens en Italie. C'est la même politique qui, tournant le dos à Gaza, préfère défiler sur des places colorées pour les droits en Iran, finissant en fait par favoriser une restauration du contrôle impérial total.

Pour ceux qui résistent et survivent sous les bombes, rien n’a changé. Une seule chose a changé : les discussions animées sur le « génocide oui, génocide non » se sont évaporées en hypocrisie générale. Un silence qui sert de sauf-conduit à la pratique coloniale, lui permettant non seulement de fonctionner sans être perturbé, mais aussi d’être consacré avec tous les honneurs dans les sanctuaires du capitalisme prédateur. La mise à jour suivante est nécessaire pour briser cet écran de fumée : alors que le grand public dirige l’attention du monde ailleurs, voici ce qui est réellement décidé pour l’avenir de la Palestine.

Dans le scénario blanc aseptique de Davos, qui enveloppe les élites mondiales réunies pour l’ouverture du Forum économique mondial, la formalisation d’un acte d’ingénierie géopolitique destiné à redéfinir non seulement l’avenir de la Palestine, mais aussi la nature même du gouvernement international en contexte de crise, est en préparation. L’ordre du jour est dicté par Donald Trump : le souhait est de célébrer, jeudi 22 janvier, une cérémonie de signature qui scelle officiellement le début du Board of Peace (BoP) pour Gaza.

Un conseil d’administration qui ne représente pas simplement un nouveau plan de paix voué à l’échec, mais l’institutionnalisation d’un nouveau paradigme néocolonial : la privatisation préventive de toute instance de souveraineté et la transformation de la reconstruction post-génocidaire en un actif financier géré selon la logique des entreprises.

Loin d’être un instrument de résolution des conflits fondé sur des critères d’équité internationale et sur les principes d’autodétermination des peuples, la BoP est conçue comme un mécanisme de tutelle imposé de l’extérieur. Elle fonctionne par la fusion du pouvoir impérial américain, du capital spéculatif mondial et d’une caste technocratique palestinienne récupérée ; Tout cela orchestré pour gérer la dévastation en perpétuant les conditions structurelles d’oppression des Gazaouis au profit des profits du capitalisme catastrophe. Dans ce scénario, le refus de l’autodétermination palestinienne n’est pas un effet secondaire, mais la condition fonctionnelle du système. Le remplacement de la politique par la technocratie de l’investissement, d’une part marque la fin de la fiction des « deux États », mais d’autre part marque le début de l’ère de la gestion des entreprises de l’apartheid.

Une société de portefeuille géopolitique : la structure et le modèle Pay-to-Play

Le Board of Peace marque une rupture nette avec la tradition du multilatéralisme post-1945. Si les Nations Unies, malgré toutes leurs limites débordantes et hypocrisies évidentes, reposent sur le principe (au moins formel) de l’égalité souveraine des États et sur le mandat humanitaire, la BoP est conçue comme une société holding géopolitique. Sa structure reflète fidèlement la doctrine America First appliquée à la résolution des conflits : hiérarchique, transactionnelle et explicitement orientée vers le profit et le contrôle hégémonique.

La présidence du BoP, assumée directement par Donald Trump en tant que président inaugural, confère à l’organe un caractère personnaliste et supranational qui contourne les institutions existantes. Le choix d’établir la BoP comme une entité internationale distincte, bien que formellement approuvé par la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, vise en réalité à vider les Nations Unies de ses prérogatives sur Gaza. Alors que l’UNRWA (l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens) a été systématiquement définancée et délégitimée, la BoP se présente comme le seul acteur capable de mobiliser des ressources. Cependant, contrairement aux agences de l’ONU, la BoP, tout en se déclarant « conformément au droit international », concentre ses pouvoirs et mécanismes de contrôle de manière à ne pas répondre à l’Assemblée générale, mais exclusivement à son Conseil exécutif et, en fin de compte, au Président des États-Unis. Ce déplacement de l’axe décisionnel de l’ONU vers Mar-a-Lago marque la transition vers un ordre présidé par la volonté arbitraire de la puissance hégémonique.

L’aspect le plus grotesque et révélateur de la nature corporative de la BoP est le mécanisme d’adhésion des États membres. Le projet de loi, diffusé parmi les chancelleries et consulté par les agences financières, établit une distinction brutale entre les membres à durée déterminée et les membres permanents, basée exclusivement sur le recensement. Ainsi, le Board of Peace est présidé indéfiniment par Donald Trump, qui détient le contrôle absolu et le droit de veto. Les « membres permanents » acquièrent influence et une titularisation permanente pour une somme d’un milliard de dollars, tandis que les « membres à terme » ont principalement un rôle consultatif de 3 ans, accessible gratuitement sur invitation.

En résumé, la diplomatie s’est transformée en marché. L’invitation, qui a été étendue à environ 60 pays, ne répond pas aux critères de compétence historique ou de médiation, mais à la nécessité de lever des fonds pour un fonds fiduciaire qui fonctionnera en dehors du budget fédéral américain. Dans un contexte effrayant de déficit fédéral et de dette publique américaine, la BoP permet à Washington de projeter un pouvoir impérial bon marché, obligeant ses alliés subordonnés à payer la « pacification ». Le milliard de dollars n’est pas seulement une cotisation, c’est un hommage rendu à la cour américaine pour obtenir une place à la table des négociations du butin de Gaza. Parmi les invités figurent l’Inde, le Vietnam et bien sûr l’Italie, qui, avec ses positions vassales, n’est pas difficile à voir engagée. Encore plus surprenante est l’invitation à la Russie de Poutine, dont l’inclusion marquerait une rupture radicale avec la politique d’isolement international post-2022. La réticence ou le rejet de certains alliés traditionnels (par exemple, la France) et l’enthousiasme de dirigeants « transactionnels » comme Javier Milei (Argentine) ou Viktor Orbán (Hongrie) mettent en lumière comment la BoP remodèle les alliances mondiales, créant un axe d’États clients prêts à légitimer l’occupation en échange de faveurs politiques ou économiques de la part de l’administration Trump.

Le Comité exécutif : Les Lords de la « Reconstruction »

La composition du comité exécutif du Conseil révèle une intention claire : transformer la reconstruction de Gaza d’une question humanitaire en une opération purement financière et immobilière, sacrifiant les aspirations politiques palestiniennes. Elle inclut des figures clés de l’administration et des affaires américaines. En commençant par Marco Rubio, secrétaire d’État et faucon de la politique étrangère américaine, qui garantit la couverture idéologique néoconservatrice et la défense de fer des intérêts sécuritaires israéliens au sein du conseil, et Steve Witkoff, magnat de l’immobilier de New York, ami personnel de Trump et envoyé spécial pour le Moyen-Orient. Sur Tony Blair, ses échecs et ses initiatives politiques criminelles, il est inutile de s’attarder ici ; Il suffit de dire qu’il incarne la continuité avec les pratiques néolibérales qui ont préparé le terrain à la catastrophe actuelle. Des figures telles que Jared Kushner (gendre de Trump) et Marc Rowan (PDG d’Apollo Global Management) considèrent le Strip comme un « actif » à exploiter : le premier à travers une vision immobilière marquée par d’énormes conflits d’intérêts avec les fonds saoudiens, le second en appliquant la logique du capital-investissement pour maximiser les profits sur les dettes, ce qui consolide la nature prédatrice de l’opération. La reconstruction de Gaza est perçue comme une opportunité d’investissement à haut rendement, garantie par des fonds publics internationaux et des ressources naturelles palestiniennes (y compris le gaz offshore Gaza Marine, sur lequel Eni et d’autres entreprises ont des visées). Le modèle est celui du « profit garanti ». Les entreprises qui obtiennent les contrats de reconstruction (financés par les milliards de dollars de cotisations) fonctionneront dans un régime monopolistique protégé par des armes. Les risques sont socialisés (payés par les États ou les Palestiniens), tandis que les profits sont privatisés.

Ajay Banga, président de la Banque mondiale, intervient pour légitimer cet arrangement, agissant comme garant technique pour les investisseurs, normalisant ainsi l’occupation israélienne. Le comité exécutif est alors accompagné, alternativement, par le conseil exécutif de Gaza de nature plus opérationnelle. Dans ce pays, le cynisme de la realpolitik se concrétise avec la présence de la Turquie et des pays du Golfe, qui participent à la protection de leurs relations avec Washington, acceptant tacitement l’annulation politique de la Palestine au nom d’une stabilité régionale fantasmatique.

Administration locale : le visage technocratique de l’emploi

Sous la lourde superstructure internationale du BoP, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG) fonctionne. Présenté par la propagande américaine et les médias complaisants comme un gouvernement technocratique palestinien, le NCAG est en réalité l’expression locale de la domination coloniale. Son analyse sociologique et politique révèle comment la technocratie est utilisée comme une arme de dépolitisation de masse. L’insistance sur la nature « technocratique » et « apolitique » du NCAG n’est en fait pas accidentelle. Dans le lexique du BoP, « politique » est synonyme de Hamas ou de la Résistance, et donc de « terrorisme ». Par conséquent, être « apolitique » revient à accepter le statu quo imposé par la puissance occupante.

Le NCAG est conçu pour gérer les conséquences de la guerre (faim, maladies, décombres) sans jamais pouvoir remettre en question les causes (le siège, les bombardements, l’occupation). C’est une administration municipale glorifiée, dépourvue de souveraineté législative, de contrôle des frontières ou d’autonomie sur la sécurité. Les membres du NCAG, dont beaucoup d’anciens responsables de l’Autorité palestinienne, sélectionnés à l’issue d’un processus rigoureux de sélection par Israël et les États-Unis, appartiennent à une classe sociale spécifique : l’élite palestinienne mondialisée, souvent formée en Occident, liée à des ONG internationales et des agences de développement, et pour la plupart déconnectée de la réalité de la véritable Gaza. À la tête de ce système se trouve Ali Shaath, dont l’expérience dans les zones industrielles annonce la transformation de Gaza en une grande enclave de production de type maquiladora, où la main-d’œuvre bon marché sert le capital extérieur dans des périmètres de sécurité militarisés.

De plus, le NCAG opère physiquement, du moins dans les premiers stades, depuis Le Caire ou depuis des enclaves protégées, créant ainsi une distance physique et psychologique infranchissable avec la population qu’il est censé gouverner. Sa légitimité ne découle pas du vote populaire (inexistant) ou du consensus social, mais du décret BoP et de la reconnaissance internationale. Cela la rend structurellement fragile et dépendante d’une protection militaire extérieure. Ici, la distinction opérationnelle est fondamentale : la sécurité intérieure et l’ordre public sont confiés à l’ISF (Force internationale de stabilisation), un corps de troupes de pays « amis », tandis que l’armée israélienne maintient le contrôle exclusif des périmètres de la soi-disant Zone Jaune et la faculté d’intervention militaire directe partout, agissant comme une force souveraine de facto. Le NCAG se retrouve ainsi dans la position historique inconfortable des gouvernements fantoches installés par les puissances coloniales. La promesse de « ramener le sourire aux enfants » est grotesque face à un mandat qui accepte la démilitarisation forcée et la renonciation de facto à Jérusalem et au droit au retour.

La nouvelle géographie : zonage, expropriation et le « Plan de la Grande Confiance »

Le projet BoP ne se limite pas à repenser l’organigramme du pouvoir, mais intervient par des violences chirurgicales sur la géographie physique de Gaza. Les plans de développement militaire et immobilier révèlent une stratégie de zonage d’apartheid visant à fragmenter le territoire et à sélectionner la population selon son utilité économique ou sa dangerosité. La création de la « Ligne Jaune » divise la bande de Gaza en macro-zones fonctionnelles. La nouvelle géographie est redessinée en trois compartiments étanches, institutionnalisant une ségrégation rigide.

Le sommet de la pyramide est représenté par la Zone Verte, située le long de la bande côtière nord et des corridors humanitaires. Cette zone, soumise au contrôle direct israélien et accessible uniquement par vérification biométrique, sera le seul catalyseur du capital pour la reconstruction. Des pôles logistiques, des bureaux internationaux et des résidences d’élite y seront construits ; L’accès sera réservé à une petite classe de Palestiniens « vérifiés », créant ainsi une classe privilégiée de travailleurs fonctionnelles au système et séparées du reste de la population.

La masse exclue est confinée à la zone rouge, qui comprend des zones intérieures densément peuplées et des camps de réfugiés (comme Khan Yunis). Ici, la logique n’est pas le développement mais le « confinement » : dans ces zones, il y aura peu ou pas de reconstruction et la population, constamment surveillée par des drones, sera soumise à un véritable « stockage humanitaire », où la vie est réduite à la simple survie biologique garantie par l’aide alimentaire.

Enfin, la zone jaune, une bande de sécurité qui longe la frontière israélienne et le corridor Netzarim, intervient pour sceller hermétiquement le territoire. C’est une zone d’exclusion totale (une zone de tir) avec une présence militaire israélienne permanente, qui agit comme un tampon infranchissable entre le monde extérieur et l’enclave palestinienne.

Les déclarations de Jared Kushner selon lesquelles le front de mer de Gaza est un « bien immobilier de grande valeur » ne sont pas des gaffes improvisées, mais le cœur du programme économique. Kushner a explicitement suggéré qu’Israël devrait nettoyer la zone et « déplacer des gens », peut-être vers le Néguev, pour permettre le développement. Dans le contexte de la BoP, cette vision est incarnée dans le plan du Grand Trust (Reconstruction de Gaza, Accélération et Transformation économique). Le document a été rédigé par d’anciens consultants du Boston Consulting Group – une société qui s’est ensuite éloignée de leur travail – et a fait l’objet de discussions avec le Tony Blair Institute. Le plan prévoit la transformation du littoral de Gaza en une destination touristique et commerciale de luxe, sur le modèle de Dubaï, avec des îles artificielles et d’importants travaux après le démantèlement des décombres des maisons palestiniennes détruites. Pour construire des complexes de luxe et des pôles technologiques, il est nécessaire de chasser la population pauvre et « dangereuse ». Le zonage sert exactement à cela : pousser la population vers l’intérieur des terres (zones rouges) ou vers une émigration « volontaire », libérant ainsi la côte pour le capital international.

Le plan Great Trust propose l’utilisation des technologies blockchain pour la gestion des registres fonciers et la titrisation des actifs immobiliers. Dans un contexte où les archives des registres fonciers ont été détruites par la guerre et où des milliers de propriétaires sont morts ou disparus, l’imposition d’un nouveau cadastre numérique géré par la BoP risque de légaliser une expropriation massive. Les terrains qui ne peuvent être prouvés comme appartenant aux nouvelles normes imposées seront confisqués par le Trust en tant que « terres publiques » et mis sur le marché des investisseurs internationaux. C’est une accumulation par expropriation à l’ère numérique.

L’arme économique et la nécropolitique

Le fonctionnement de la BoP ne peut être compris sans analyser l’agressivité économique américaine qui a préparé le terrain. La crise humanitaire à Gaza n’est pas un phénomène naturel, mais le résultat de politiques délibérées visant à détruire l’autonomie économique palestinienne afin de la rendre dépendante de la « bienveillance » impériale. Les années précédentes, l’administration américaine et ses alliés ont mené une guerre financière parallèle à celle militaire, réduisant le financement de l’UNRWA et réduisant drastiquement les programmes traditionnels de l’USAID. Cela a entraîné l’effondrement des filets de sécurité sociale, créant un vide que la BoP cherche désormais à combler. La BoP se présente comme l’unique détenteur de liquidités. Cependant, l’accès aux fonds du Fonds fiduciaire de la Banque mondiale est conditionné à une coopération complète avec l’ISF et l’administration technocratique. La nourriture, l’eau et le ciment deviennent des armes de discipline politique : ceux qui n’acceptent pas le nouvel ordre ne reconstruisent pas.

En fin de compte, le Conseil de la paix est un dispositif nécropolitique, mortel à toute ambition d’autodétermination palestinienne. Bien que la rhétorique diplomatique puisse encore vaguement évoquer un « État futur », la réalité matérielle créée par la BoP rend un tel État presque impossible : la séparation administrative entre Gaza (sous la BoP) et la Cisjordanie (sous une Autorité palestinienne encore plus normalisée ou sous occupation directe) devient institutionnelle. Une entité qui ne contrôle pas ses frontières, sa sécurité, son économie, son registre foncier et son urbanisme n’est pas un État, mais un protectorat ou une colonie pénitentiaire. Le NCAG est une administration de condominium pour un condominium dont d’autres détiennent les clés.

La présence de l’Égypte, des Émirats, du Qatar et de l’Arabie Saoudite (en tant que financiers de l’ombre) dans le processus légitime cette architecture. Pour les régimes arabes, la BoP est la solution idéale : elle leur permet de dire qu’ils « aident Gaza » (avec de l’argent et des technocrates) sans avoir à affronter Israël politiquement. C’est la continuation des Accords d’Abraham par d’autres moyens : la normalisation économique et sécuritaire au-dessus des Palestiniens. L’Égypte, en particulier, bénéficie de la sécurité que Gaza n’explosera pas vers le Sinaï, ainsi que des flux financiers pour gérer la logistique de l’aide, consolidant ainsi son économie en crise.

Le Conseil de la Paix prêt à être scellé à Davos 2026 est une expérience de férocité calculée, la poursuite bureaucratique du génocide par d’autres moyens. Pour les Palestiniens de Gaza, la BoP n’offre aucune paix. Elle offre la possibilité de survivre en tant qu’individus biologiques, à condition qu’ils renoncent à exister en tant que peuple politique. Il s’agit, en fin de compte, de la tentative de compléter la Nakba non pas par une expulsion totale (qui reste une option sur la table), mais par une effacement politique total, enfouissant la question palestinienne sous un flot de béton, de blockchain et de spéculations néocoloniales.

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