La nouvelle guerre d’Israël contre l’Iran, couplée aux massacres dans la bande de Gaza — où les opérations militaires israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens depuis qu’un « cessez-le-feu » serait entré en vigueur en octobre dernier, s’ajoutant aux dizaines de milliers de morts au cours des deux années précédentes — a détourné l’attention des événements en Cisjordanie.
Cette diversion convient à ceux qui cherchent à consolider le contrôle israélien là-bas et à poursuivre la soumission ou le déplacement des 3,8 millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
Parmi les mesures prises par Israël dans ce but ces derniers mois figure une législation à la Knesset facilitant l’achat de terres en Cisjordanie par les Israéliens. Des actions plus récentes du cabinet israélien ont permis de poursuivre cet objectif tout en étendant le contrôle israélien sur certains lieux saints et certaines parties de la Cisjordanie que, selon les Accords d’Oslo de 1993, l’Autorité palestinienne est censée administrer.
Au moins tout aussi significative pour la création de faits sur le terrain a été la violence des colons israéliens contre des résidents palestiniens. Cette violence a augmenté depuis le début de l’assaut sur la bande de Gaza, les auteurs ayant manifestement profité du détournement de l’attention internationale vers Gaza et désormais l’Iran. L’augmentation de la violence continue. Près de 700 Palestiniens ont été déplacés par la violence et l’intimidation des colons en janvier dernier — le chiffre mensuel le plus élevé depuis le début de l’offensive de Gaza en octobre 2023.
Le gouvernement israélien est complice de la violence des colons. Il a peu fait pour la décourager et la tolère plus souvent. Des unités des Forces de défense israéliennes y ont même participé.
L’activité israélienne en Cisjordanie est illégale et reconnue comme telle par la majorité de la communauté internationale. Il s’agit d’une violation de la Quatrième Convention de Genève sur la protection des populations civiles. En installant ses propres citoyens sur le territoire palestinien qu’Israël a conquis lors d’une guerre qu’il a initiée en 1967, il viole particulièrement l’article 49 de cette convention, qui interdit expressément le transfert de toute population civile de la nation conquérante vers le territoire qu’elle occupe.
Les États-Unis, à travers plusieurs administrations des deux parties, ont fait semblant de soutenir le concept d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien tout en faisant peu pour entraver les actions israéliennes en Cisjordanie qui rendaient cette solution hors de portée. L’administration Trump a poussé ces tendances encore plus loin. La posture de l’administration est incarnée par l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, un chrétien sioniste engagé dont les déclarations semblent moins destinées à défendre les intérêts américains face aux actions israéliennes qu’à soutenir des justifications religieuses de l’expansionnisme israélien.
Dans une nouvelle démarche dans cette voie, l’ambassade dirigée par Huckabee a annoncé la semaine dernière qu’elle commencerait à ouvrir des bureaux consulaires « éphémères » dans les colonies israéliennes de Cisjordanie. Cette décision peut être vue comme faisant partie de la même politique qui, durant le premier mandat de Trump, a vu la fermeture d’un consulat américain à Jérusalem, qui avait longtemps été l’un des principaux canaux des relations des États-Unis avec les Palestiniens.
Malgré l’affirmation de l’administration selon laquelle l’annonce de la semaine dernière ne représente pas un changement de politique, les responsables israéliens ravis et les Palestiniens consternés y ont tous deux vu une déclaration significative qui confère une marque de légitimité américaine aux colonies. Il serait difficile de justifier cette décision comme une simple question de commodité administrative. La première colonie à recevoir l’un des consulats éphémères se trouve à seulement huit miles de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, où des services consulaires sont déjà disponibles.
L’administration affirme s’opposer à l’annexion israélienne de la Cisjordanie. La Maison-Blanche l’a dit le mois dernier seulement. Mais cette opposition ne fait référence qu’à une annexion officielle et ouvertement déclarée. Ce qui importe davantage, c’est l’annexion de facto qui dure depuis des années. La politique de l’administration à ce sujet n’est pas de l’opposition, mais plutôt une approbation et, comme l’illustre la décision concernant les consulats, un soutien actif à ce sujet.
Bien que certaines des figures israéliennes les plus extrêmes, comme le ministre des Finances Bezalel Smotrich, aient appelé à l’annexion formelle de la majeure partie de la Cisjordanie, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu ne se presse pas de faire une telle déclaration car il obtient presque tout ce qu’il souhaite de cette annexion de facto. Une déclaration formelle rendrait plus difficile pour ce gouvernement de détourner les critiques internationales de ses actions en Cisjordanie. Elle ne pourrait plus maintenir la communauté internationale en vue de la fiction d’une possible solution à deux États et devrait plutôt défendre ses politiques d’apartheid dans ce qu’elle appelle elle-même être ses frontières nationales.
Avec des initiatives telles que l’ouverture de consulats dans les colonies, les États-Unis s’associent de plus en plus étroitement au projet expansionniste israélien et à son traitement inhumain des Palestiniens. Cela va à l’encontre des intérêts américains, en partie parce que cela place les États-Unis de plus en plus visiblement du mauvais côté de la légalité, de la morale et de l’opinion internationale.
De plus, les Palestiniens opprimés ne seront pas toujours soumis. La longue histoire de ce conflit a déjà vu deux intifadas, qui ont pris des formes violentes ainsi que non violentes, et il pourrait y en avoir d’autres. Le conflit continuera d’être une source majeure d’instabilité au Moyen-Orient. Outre l’entrave de tout effort américain pour « pivoter » hors de la région, l’association étroite des États-Unis avec les politiques oppressives d’Israël fait des États-Unis une cible plus importante pour le terrorisme ou d’autres représailles.