De quoi Tariq Ramadan est-il le nom? (2/3)

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Il m’arrive très régulièrement de le défendre. Car je ne le défends certainement pas… « Chaque fois qu’il est attaqué ». Comme si j’étais un de ses « disciples » ou comme s’il était, comme je le lis parfois, « mon gourou ». D’abord, je ne me suis jamais mêlé — pas seulement parce que je me savais parfaitement illégitime, voire contre productif, à le faire — des dissensions ou des rivalités internes à la communauté musulmane.

En répondant par exemple aux attaques virulentes dont il a été très tôt la cible de la part de la mouvance salafiste dont la ligne littéraliste était malmenée par cette « contextualisation » de la norme religieuse qu’il prône systématiquement. Je n’ai jamais pris parti face aux insinuations de certains de ceux qui auraient pu être ses proches mais souffraient de son charisme.

En fait, mon soutien a toujours été sélectif. Je ne l’ai soutenu très systématiquement que dans ses prises de position citoyennes, tant de fois réaffirmées (par exemple dans cette prise de parole de 2015), à savoir dans son combat contre les discriminations faites aux musulmans de France et d’Europe et face aux attaques en tout genre que cela lui a values.

Sur le terrain de la lecture des dynamiques oppositionnelles dans le monde arabe et, en particulier, du rôle qu’y jouaient les courants islamistes, mon soutien a été en revanche infiniment plus sélectif. En réalité, nous n’avons pas souvent été d’accord, tant s’en faut. Il a certes défendu avec constance l’héritage intellectuel de son grand-père Hassan al-Banna mais il a, dans le même temps, fait preuve de peu de considération vis-à-vis de bon nombre de ceux qui s’en réclamaient.

A l’égard de ces courants de la famille « frériste » qui constituaient mon principal objet de recherche, il a très vite été relativement suspicieux. Il portait un regard quelque peu condescendant, parfois même quasi méprisant sur les courants maghrébins, tout particulièrement le FIS algérien.

Le paradoxe de l’attitude de ses détracteurs, qui voulaient en faire une sorte d’agent des Frères égyptiens, est que, de ces frères-là, il s’est en réalité très tôt distancié ! Ensuite nous avons eu des différences d’appréciation plus nettes encore. Ainsi lorsque son silence au moins relatif sur la répression en Syrie lui a été reproché (un peu à l’instar de celui du Parti des Indigènes de la République d’ailleurs), je ne l’ai pas particulièrement défendu, bien au contraire.

Je considère qu’il ne s’est jamais démarqué explicitement de cette pensée qui a été dénoncée, notamment par les opposants syriens, comme une sorte d’« anti-impérialisme pavlovien » : une conviction assez viscérale, peu soucieuse de renouveler le logiciel permettant de saisir sur le terrain la réalité des mobilisations, qui aboutissait, en forçant à peine le trait, à réduire les révolutionnaires du printemps arabe — en Syrie et en Égypte notamment — à des marionnettes aux mains de l’impérialisme américain (alors incarné par Obama) et ses relais supposés, l’émir du Qatar ou François Hollande.

Dans le cas égyptien il a, à mon sens, extrapolé le fait que l’administration Obama, tout comme le gouvernement français d’ailleurs, ont pris, fût-ce en traînant les pieds, la mesure du danger qu’il y avait à s’opposer aux dynamiques révolutionnaires dont la chute de Ben Ali venait de mettre au jour les profondes racines populaires. Et qu’ils ont alors décidé de laisser faire, ou d’accompagner, mais jamais d’accélérer ces protestations qu’ils n’avaient en aucune façon initiées.

Pour résumer, je vous confirmerais volontiers que je défends donc moins Tariq Ramadan que je ne combats… ses adversaires. Et que je n’ai pas à me forcer et que j’ai peu de mérite à le faire car il se trouve que, pour l’essentiel, ses adversaires sont également les miens. Et qu’ils sont également les adversaires de toutes celles et tous ceux à qui, en France ou ailleurs, j’accorde mon plus profond respect.

Tourabi est en ce sens un peu l’exception. Jusqu’à aujourd’hui, cette formule sur « Tariq Ramadan, le futur de l’islam en Europe » a d’ailleurs beaucoup fait fantasmer les moins informés de ses détracteurs. Comme Tourabi est — à l’instar de Tariq Ramadan — complètement criminalisé par les médias occidentaux, la cohorte des détracteurs automatiques de Tariq Ramadan ont cru pouvoir considérer cette formule comme une sorte de « certificat de radicalisme », de « preuve » de sa nature obscure… qui lui était décerné par rien moins qu’un grand prêtre en la matière.

Je n’y vois pour ma part qu’une manifestation d’estime et de soutien à l’égard de quelqu’un dont, effectivement, Tourabi a pu alors se sentir proche. Car Tourabi était à ce moment là, longtemps après son expérience autoritaire du pouvoir du début des années 1980, en plein tournant réformiste. Il venait de lancer cette initiative remarquable des « hiwar qawmi-dîni » ces dialogues destinés à rapprocher « nationalistes » et « islamistes ».

C’est Tourabi « l’islamiste » et non pas Al-Azhar « la grande institution de l’islam sunnite modéré », comme on dit dans les médias, qui a eu le courage de s’opposer à la tradition dominante en affirmant la légalité du mariage d’une musulmane avec un non-musulman. Et c’est Tariq Ramadan et non Al-Azhar ou la mosquée de Paris qui, en donnant publiquement la parole (au CILE de Doha qu’il dirigeait) à des intellectuels musulmans assumant leur homosexualité, a pris le risque considérable d’envisager publiquement leur décriminalisation « islamique ».

La situation de la France sur ce terrain est particulièrement archétypique, voire caricaturale. On sait que, plus encore que ses homologues du monde anglo-saxon, la République française a une réticence spécifique à l’égard de la présence du religieux dans l’espace public, réticence héritée de sa lutte révolutionnaire contre une Eglise largement instrumentalisée par le pouvoir monarchique.

On sait moins qu’elle a également — héritée cette fois en droite ligne de son passé colonial — une sorte de tradition d’interférence avec la représentation de ses citoyens de confession musulmane. L’Algérien Malek Bennabi avait stigmatisé cette vilaine pratique du colonisateur manipulateur par une formule cinglante. Il l’avait qualifiée de méthode « Ôte ta conscience de là que j’y mette la mienne ».

Depuis la manipulation des élections dans l’Algérie française jusqu’aux ingérences grossières et répétées du ministère de l’Intérieur dans la gestion du culte musulman, la continuité est frappante. Elle se manifeste aujourd’hui de façon plus explicite encore sur le terrain médiatique, avec ce que j’ai appelé par dérision la « chalghoumisation » des musulmans de France, du nom de l’omniprésent Hassen Chalghoumi, président de l’Association culturelle des musulmans de Drancy, très régulièrement surmédiatisé, pas seulement par les milieux proches du CRIF, comme s’il était le porte-parole des « bons » musulmans de France, de ceux bien sûr qui acceptent notamment de criminaliser le Hamas !

Au modèle du « Chalghoumi inculte », la République a naturellement le don d’ajouter régulièrement des « Chalghoumi savants » chargés de la même besogne de caution intellectuelle du rapport de domination. Il y a bien pire en effet que de priver de voix publique une composante du tissu politique, c’est de faire en sorte que certains de ses membres les moins légitimes soient mis en situation de parler ou d’agir en son nom.

C’est la vieille technique coloniale de fabrication des fausses élites qui refait ainsi surface, pour autant qu’elle n’ait jamais disparue. C’est ce raccourci très antirépublicain que Tariq Ramadan a toujours dénoncé et contrarié frontalement. Cet « autre » musulman ne respectait pas les codes de l’exotisme qui l’assignaient à son appartenance. Il avait, aux yeux de ses contempteurs, l’insolence insupportable de trop leur ressembler…

Tariq Ramadan était donc l’archétype absolu de ces musulmans dont la République ne supportait pas d’entendre la voix, ni individuellement ni moins encore au nom des milliers de ses coreligionnaires qui attestaient, sur les réseaux sociaux notamment, de sa considérable popularité. C’est cette crainte qui a donné lieu, le concernant, à un véritable festival de discriminations.

Dès novembre 1995, Charles Pasqua, par ailleurs et sans surprise le soutien des pouvoirs arabes les plus répressifs, Pasqua le partenaire zélé de la répression en France du FIS algérien, l’a fait interdire d’entrée sur le territoire français. Pour dénoncer cette contre performance de la République, je m’étais mobilisé alors dans une tribune du Monde diplo, un des très rares organes de presse dont une partie au moins de la rédaction acceptait de le soutenir. Les débats liés à sa participation au Forum social européen de 2003 feront d’ailleurs voler en éclat la cohésion de ses quelques soutiens de gauche, dont la rédaction du Diplo.

Rentré en France, Tariq Ramadan a été ensuite interdit des dizaines de fois de prise de parole, y inclus dans des enceintes strictement académiques. Les salles lui étaient refusées sous divers prétextes, souvent, comme j’ai pu le constater personnellement, à la demande expresse de ce qui s’appelait à l’époque les Renseignements généraux. Cette attitude a été celle du spectre politique français tout entier.

Assez récemment, en 2016, Alain Juppé s’est ainsi aligné sur la droite dure de Sarkozy pour lui dénier l’accès de la ville de Bordeaux alors que Valls, affiché à gauche, militait pour lui faire refuser la nationalité française, etc. Ce refus du débat au profit de l’invective et de l’interdiction de l’adversaire politique caractérise jusqu’à aujourd’hui – je le constate moi-même très régulièrement – les pratiques du « politiquement correct » français. Il y a donc bien eu, le concernant, un forfait républicain caractérisé.

Cette discrimination systématique a eu en réalité deux impacts contradictoires. Plutôt qu’à lui nuire, les accusations portées systématiquement contre lui par les médias et la classe politique française ont contribué à augmenter considérablement sa popularité. Dans le même temps, cet incroyable unanimisme du rejet français à son égard a sans doute effectivement beaucoup fait pour alimenter la crédibilité de ses concurrents musulmans en mal de rupture et, ce faisant, certaines trajectoires de radicalisation.

Le déni républicain aboutissait en effet à démontrer que la trajectoire légaliste et inclusive qu’il prônait ne recevait pas plus de compréhension que les autres et qu’on pouvait donc en faire l’économie. Ce mécanisme est connu. La conjonction de la répression de l’option légaliste des Frères avec la caution aveugle qu’elle reçoit des Européens nourrit logiquement le processus de discrédit… de cette option. Peut-être connaissez-vous ce dialogue (aussi révélateur qu’imaginaire) entre un membre de Daech, alors à son apogée, et un Frère Musulman égyptien : « Avec notre méthode, dit le disciple d’Abu Bakr al-Baghdadi, nous avons réussi à occuper la moitié de l’Irak. » « Avec la nôtre, lui répond l’électeur de Mohamed Morsi, nous avons réussi à occuper… toutes les prisons de l’Egypte ! » C’est tout le paradoxe du traitement de la ligne de Tariq Ramadan.

Il conforte cette impression que les élites régnantes, aussi bien dans le monde arabe qu’en Occident, préfèrent entretenir l’existence des radicaux, qui « légitiment » les raccourcis de leur violence répressive, que d’avoir à dialoguer avec des modérés qui les contraignent à se placer sur un terrain banalement politique où elles se sentent infiniment moins bien armées.

C’est bien évidemment l’un des paradoxes les plus criants de cette exceptionnelle mauvaise foi des détracteurs automatiques de Tariq Ramadan. Ils ont toujours voulu le corréler à l’extrémisme alors que, pour plusieurs raisons, il en était en fait, à bien des égards, l’un des plus puissants antidotes. Le Royaume-Uni, moins sectaire et moins crispé que la France, comme le montre notamment sa capacité à promouvoir politiquement des élites de confession musulmane, l’avait d’ailleurs parfaitement compris.

Les attaques se sont concentrées essentiellement sur sa filiation avec Hassan al-Banna ?

Oui et non. Oui, bien sûr, sous la plume de ceux qui la brandissaient, cette filiation avec le fondateur de l’épouvantail absolu que sont les Frères Musulmans avait vocation à débrancher les cerveaux ! Oui, bien sûr, l’approche du personnage de Banna est généralement très réductrice et parfaitement anhistorique. Les critiques, centrées sans surprise sur la relation au monde juif, étaient parfaitement décontextualisées.

Fouillez les archives du Parti socialiste — ou d’autres — sur le siècle écoulé et vous n’aurez aucune difficulté à y trouver des déclarations de dirigeants qui [1], si on leur appliquait les raccourcis analytiques mobilisés contre Hassan al-Banna pour le discréditer, justifieraient de criminaliser ce parti bien républicain depuis sa création jusqu’à nos jours. Pour ne rien dire, bien sûr, des déclarations bien plus récentes de politiciens ou même de ministres israéliens, à l’égard cette fois des Palestiniens [2].

Deux poids deux mesures, encore, encore et toujours, voilà bien le nom du mal français, la source de l’hémorragie de légitimité dont souffre aujourd’hui la République.

Ma position est restée constante. Mais elle s’est développée en deux temps, d’importance inégale. Disons d’abord que, contrairement à ce qui m’a été souvent reproché par mes détracteurs automatiques, je n’ai jamais cherché ni à nier ni même à euphémiser les contradictions évidentes entre la vie extra-conjugale de Tariq Ramadan et ce que son « cœur de métier » requérait d’éthique individuelle.

J’ai immédiatement envisagé en effet que les combats que je menais à ses côtés (avec d’autres) pourraient avoir… à se passer de lui. En revanche, dès ma première et unique intervention véritablement publique, j’ai tenu à dénoncer l’instrumentalisation de ces contradictions, si graves soient-elles, aux fins de discréditer les causes dont il était l’un des porte-parole.

J’ai écrit ainsi : « Pas plus que les crimes de DSK n’ont apporté la ‘preuve’ des vices du socialisme dont il était alors le champion, ou ceux des prêtres pédophiles celle d’une perversité inhérente au dogme chrétien, ceux de Tariq Ramadan — s’ils devaient être établis — ne sauraient le moins du monde être inscrits au débit de ses convictions politiques, que je continue à partager ». J’ai résumé tout cela en annonçant: « Avec ou sans Tariq Ramadan, ses combats politiques demeureront les miens ». Cela a été et cela demeure ma principale mobilisation.

A mesure que les données factuelles rendues publiques le permettaient, ou même y incitaient, j’ai ensuite développé, fût-ce accessoirement, une seconde ligne d’argumentation. Elle a consisté à insister sur la nécessité de respecter la différence, la ligne rouge, entre les atteintes à la morale religieuse ou familiale, qui ont été assez vite avérées, et le crime de viol. Et à exiger que la matérialité des faits soit établie avant que les sanctions pénales (la prison) ou médiatiques, (le lynchage) ne soient appliquées. Cela, on le sait, n’a pas été du tout le cas.

Défendre la présomption d’innocence de Tariq Ramadan s’est révélé particulièrement difficile. Nous étions en effet dans le contexte extrêmement émotionnel de la campagne #MeToo. Alors que trop souvent, trop longtemps, la parole de tant de femmes agressées avait effectivement été interdite, elle venait, très spectaculairement et fort heureusement, de se libérer.

L’opinion publique a dès lors eu tendance à passer d’un extrême à l’autre. Avoir un si magnifique prétexte de dire tant de mal de celui que l’on détestait déjà si profondément… l’occasion était trop belle et elle a donné lieu au concert que l’on sait. Si louable soit l’intention, c’était pourtant mettre à mal l’universalisme de la présomption d’innocence que d’affirmer en quelque sorte qu’elle ne saurait s’appliquer… aux hommes.

L’une de mes collègues belges, que, par charité, je ne nommerai pas, a décidé ainsi de m’exclure bruyamment de sa page facebook parce que, a-t-elle expliqué à ses lecteurs, elle considérait comme « dégoûtant » le respect de « la défense d’un présumé violeur ». Jusqu’à ce que la matérialité des faits soit établie, j’ai pour ma part refusé, et je continue à le faire, de considérer comme « dégoûtant » une telle exigence minimale de vérité !

Cette précaution ne diminue évidemment en rien la solidarité agissante que l’on doit mobiliser à l’égard des victimes avérées de viol ou de harcèlement sexuel. Personne pourtant ou presque, n’a alors voulu admettre que, si on niait la légitimité de la moindre vérification, on ne servait pas précisément la cause des femmes.

Car s’il s’avère demain que les accusations des plaignantes qui ont conduit Tariq Ramadan en prison pendant près d’une année relèvent de faux témoignages, on aura, en n’accordant pas la même attention à leur vérification qu’à leur nécessaire prise en considération, contribué à instiller dans la parole de toutes les victimes à venir le poison ravageur du doute. Et les plus actifs militants de cette noble cause des femmes auront donc poignardé les idéaux qu’ils prétendaient défendre.

C’est aujourd’hui plus que jamais mon point de vue. L’humanisme, ici le simple respect des droits élémentaires de la défense, ne saurait avoir de « genre ». Il doit bénéficier aux hommes comme aux femmes et bien sûr, ce qui devrait aller sans dire mais, dans le cas de Tariq Ramadan va mieux en le disant… aux citoyens de confession musulmane comme à n’importe quels autres.

Dans l’atmosphère de « libération de la parole », certaines militantes, y compris d’ailleurs des proches de Tariq Ramadan, qui pour la première fois peut-être faisaient primer leur qualité universelle de femme sur leur appartenance musulmane, ont semble-t-il voulu ignorer cela. Affirmer cette exigence n’a en rien diminué en le désarroi que, comme tout le monde, j’ai ressenti en découvrant l’étendue de sa double vie.

L’avenir public de Tariq Ramadan ?

Je ne le sais pas. Il est bien évidemment conditionné en partie au moins par l’issue judiciaire à venir. Mais en partie seulement. Pour le reste la réaction de ceux qui l’ont soutenu dépendra notamment de la nature du lien qui les unissait. Peut-être le compagnonnage politique survivra-t-il mieux aux écarts déroutants de sa conduite que la filiation plus religieuse de certains de ses « followers ». L’avenir le dira.

Mais dans tous les cas, ce qui est sûr, ses combats politiques, même s’ils devaient perdre le soutien de son charisme et de son talent personnels, continueront à être portés par d’autres. Et c’est là, à mes yeux, l’essentiel.


Notes :

[1] Michel Dreyfus, L’antisémitisme à gauche, Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours, La Découverte , réédition augmentée 2011

[2] Cf notamment Avigdor Lieberman demandant de “couper la tête à la hache des Arabes israéliens qui n’étaient pas fidèles à Israel”https://www.youtube.com/watch?v=RAukvSjUI3I

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