Une déception élyséenne (de plus) : Benjamin Stora contre Bourdieu et avec BHL ?

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Benjamin Stora au “Grand débat” élyséen : “C’est du devoir des intellectuels (français) aujourd’hui d’être aux côtés de ceux qui combattent pour la démocratie en Algérie. (...) Si ce n’est pas maintenant que nous le faisons, il peut y avoir une dynamique où ce seront les islamistes qui l’emporteront”.

Déception. Non seulement parce que l’ami Benjamin semble - quoi qu’il en dise par ailleurs - encore moins averti que Macron de l’effet contre productif d’un “soutien français” à des acteurs politiques algériens. Mais bien parce qu’il use encore et encore d’une boîte à outils (il faut choisir “entre islam et démocratie”) d’un classicisme terriblement boiteux.

Il m’est certes difficile de lui reprocher de manquer de constance : il y a fort longtemps que j’ai tenté de lui signaler personnellement la faille béante de cette dichotomie qu’il cautionne aveuglément : “La réislamisation a durablement été analysée comme simplement contradictoire aussi bien avec les dynamiques de libéralisation politique qu’avec les dynamiques de modernisation sociale : pour la plupart des représentations médiatiques occidentales, les sociétés arabes sont réputées devoir choisir entre l’islam et la démocratie ou entre l’islam et les droits de la femme, etc. « Dans un pays comme l'Algérie, mais aussi en Egypte et en Tunisie », pouvait ainsi affirmer un analyste (Benjamin Stora, 1994) faisant autorité dans la représentation de l’islamisme algérien, «est engagée la bataille entre d'une part, les ‘modernes‘ qui veulent obtenir un désengagement de l'Etat, mettre en œuvre de nouveaux modèles de développement, réformer l'agriculture, en finir avec les industries industrialisantes, restructurer enfin de fond en comble la société civile et ses rapports avec l'Etat, marquant ainsi la fin du populisme et, d'autre part, les islamistes qui proposent comme modèle la vie communautaire du passé » Cité in FB “La politique dans le Monde arabe”, Fayard 2006 Picard Dir)

Dommage, dommage. D’autant plus que “les intellectuels français” avaient eu deux manières d’”aider l’Algérie” dans les années 1990. Celle de BHL ou de Pascal Bruckner qui avaient cautionné aveuglément la politique d’éradication par la junte des vainqueurs des urnes et celle de Pierre Bourdieu qui avait dénoncé ceux qu'il avait baptisé les “intellectuels négatifs” et, après quelques hésitations, reconnu la légitimité populaire des élus du Front Islamique de Salut.

Rien de nouveau, donc, sous le soleil de la France-Algérie, dont les rayons sont décidément bien noirs.

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