Le système de pouvoir en Algérie, ses différentes phases et ses contraintes

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L’affaire du général Wassini Bouazza peut être interprétée, sinon expliquée, par l’analyse systémique qui postule que si un acteur enfreint les règles du système, celui-ci l’éjecte. C’est la dialectique du système et de l’acteur qui régule les rapports entre les responsables et entre les appareils de pouvoir en Algérie au centre desquels il y a l’Etat-Major. Ce dernier est le cœur du système et rappelle, par son autorité, le sénat romain composé de Grands Electeurs.

Le système a sa propre rationalité, et surtout une histoire qui lui a fait connaître plusieurs phases. Il tire sa cohérence de son principe constitutif : la primauté du militaire sur le civil. Même s’il était en gestation durant la guerre de libération, sa naissance effective date du coup d’Etat de juin 1965 qui a envoyé en prison le premier président de l’Algérie indépendante Ahmed Ben Bella.

Il avait refusé de renoncer au pouvoir réel que son ministre de la défense, le colonel Houari Boumédiène, lui disputait. Ce dernier est le fondateur du système actuel qui veut que la légitimité politique soit détenue par l’armée qui coopte des civils à qui elle confie la direction de l’administration gouvernementale.

Naissance et développement d’un système : 1965-1979

Le système actuel que le Hirak veut démanteler a pris forme avec le coup d’Etat de 1965 qui a consacré Boumédiène comme chef politique et militaire à l’autorité incontestée dans l’armée. La référence politique de celui-ci était la légitimité historique de l’ALN qu’il avait monopolisée pour asseoir son influence. Il se méfiait pourtant des officiers issus de l’ALN dont il avait écarté un grand nombre après la tentative de coup d’Etat en 1967 du colonel Tahar Zbiri hostile à la promotion au grade de commandant des officiers déserteurs de l’armée française.

A l’inverse, Boumédiène y était favorable, voyant en eux des techniciens sans légitimité politique qui ne risquaient pas d’entrer en compétition avec lui ou remettre en cause son autorité. Après la défaite de Zbiri, qui s’était enfui à l’étranger, Boumédiène a récupéré sa fonction de chef d’Etat-Major, en plus de ses fonctions de ministre de la défense, de chef d’Etat, de chef de gouvernement et de président du conseil de la révolution, dépositaire de la souveraineté nationale. A ce titre, il déléguait son autorité au responsable du parti unique qu’il désignait. En quelques années, Boumédiène avait construit un système centralisé, structuré autour de sa personne et de son charisme.

Il avait cependant huilé ce système avec l’idéologie populiste qu’il incarnait à lui seul, ne permettant à personne de parler au nom du peuple. Il considérait qu’il avait une mission historique - le développement du pays - qui justifiait la concentration des pouvoirs entre ses mains, interdisant par ailleurs l’exercice de la politique en dehors du cadre du parti unique. L’idéologie populiste et la Sécurité Militaire dissuadaient tout débat d’idées, refoulant toute expression politique de l’espace public.

La nationalisation des matières premières détenues par des compagnies étrangères, la révolution agraire, l’industrialisation, la scolarisation massive et la gratuité des soins ont forgé l’image d’un Boumédiène symbole de la dignité nationale et de la justice sociale. Il ne voulait pas être un président élu ; il voulait être le prince juste qui dirige au nom des martyrs. N’est-il pas mort une année après avoir été élu à la magistrature suprême ? Pour lui, l’Etat est une administration au service du peuple sous la surveillance et le contrôle de l’armée.

Il méprisait le droit constitutionnel qu’il considérait comme une invention de la bourgeoisie pour protéger et justifier ses intérêts. Après sa mort intervenue en décembre 1978, le système lui survivra sans l’espérance utopique qui exalte les masses et sans le charisme qui donne aux foules le sentiment qu’elles sont représentées au sommet de l’Etat.

La phase des conflits entre les présidents et la hiérarchie militaire : 1979-1999

En janvier 1979, la désignation du successeur de Boumédiène s’est faite en dehors du parti et de la constitution. Une dizaine de colonels, réunis en conclave dans une école militaire, ont tranché la question à l’ordre du jour. En son absence, le colonel Chadli Bendjedid avait été choisi comme chef d’Etat par défaut sur le critère peu élogieux de l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé.

Le choix de Chadli, officier timide et effacé, indiquait que le système ne voulait pas d’un leader de la dimension de son fondateur. De là est apparue la séparation entre le pouvoir formel du président et de ses ministres d’une part, et le pouvoir réel qui les nomme et les pourvoit en autorité d’autre part. En devenant président civil, le colonel Chadli perdait la parcelle de pouvoir réel que détiennent ses pairs en tenue. Pour compenser cette perte, il nomme le colonel Larbi Belkheir, devenu plus tard général, au poste névralgique de directeur de la présidence.

En Janvier 1992, Belkheir l’a trahi en rejoignant le clan des généraux qui avaient exigé la démission du président pour avoir envisagé de cohabiter avec un premier ministre islamiste après la victoire du FIS aux élections législatives de décembre 1991. Ironie du sort, les généraux les plus déterminés à s’opposer à Chadli, un officier de l’ALN, sont ceux issus de l’armée française.

Au début des années 1990 et plus tard, ils avaient pris le contrôle du commandement militaire en occupant des postes élevés : K. Nezzar, ministre de la défense, M. Lamari, chef d’Etat-Major, F. Chérif, chef des opérations terrestres etc. Ils ne disposaient cependant pas de la légitimité historique pour prétendre au poste de chef de l’Etat.

Chadli sera remplacé par M. Boudiaf qui a une légitimité historique que les généraux ont opposée à la légitimité électorale dont se réclamaient les islamistes. Boudiaf accepte l’offre de diriger l’Etat dont il estime être un des pères en sa qualité de co-fondateur du FLN. Il n’était cependant pas le père du système né après son exil et dont il ne maîtrisait pas la logique de fonctionnement. Il le paiera de sa vie pour avoir voulu modifier le système sans l’accord des acteurs principaux qu’il voulait écarter.

Le révolutionnaire sera assassiné par un jeune soldat de l’armée qu’il a contribué à créer. Après un intérim assuré par Ali Kafi, les généraux désignent un des leurs, le général Liamine Zéroual, pour occuper les fonctions de chef d’Etat. Connaissant les rapports de forces à l’intérieur de la hiérarchie, Zéroual a essayé de mettre la main sur les services de sécurité en proposant un de ses fidèles pour succéder au général Tewfik Médiène, chef du redoutable DRS.

Le successeur pressenti mourra dans un accident de la route dans le vaste Sahara où peu de voitures circulent. Pour se protéger et dissuader la hiérarchie militaire de limiter ses prérogatives constitutionnelles, le président Zéroual nomme auprès de lui un de ses fidèles, le général Betchine. Malgré la combativité de ce dernier, réputé être violent, le président a dû jeter l’éponge face aux coups répétés des généraux Tewfik et Smain, opposés à ses contacts avec les responsables du FIS.

Prenant la mesure de son incapacité à imposer son plan de sortie de crise, Zéroual démissionne au milieu d’une période trouble où des centaines de villageois étaient assassinés aux portes d’Alger. La deuxième phase du système, commencée en 1979, marquée par les conflits entre les généraux et la présidence, s’achèvera en 1999, avec deux chefs d’Etat poussés à la démission (Chadli et Zéroual) et un troisième assassiné (Boudiaf).

Le triomphe du pouvoir réel : 1999-2019

La troisième phase (1999-2019) s’ouvre avec la désignation de Bouteflika, choisi pour sa prétendue connaissance des relations internationales à une période où l’Algérie était isolée diplomatiquement. Lui faisant croire qu’il sera le chef incontesté et non un quart de président, les militaires l’ont amadoué pour mieux domestiquer définitivement la présidence.

Malgré la propagande des officines, l’excentrique Bouteflika n’avait aucun pouvoir, si ce n’est celui d’enrichir sa clientèle et détourner l’argent public. Le budget de l’Etat était excédentaire d’année en année en raison de l’augmentation continue des prix du pétrole, ce qui permettait des transactions de marchés publics aux sommes colossales.

Les amis du président et les protégés des généraux prélevaient des commissions à hauteur de millions de dollars. Le frère de Bouteflika, ayant le titre officiel de conseiller à la présidence, était un personnage courtisé par des individus avides d’ascension sociale rapide. Il était mis en avant par la presse qui le présentait comme le deuxième personnage politique le plus important, alors qu’en fait, il n’appartenait qu’à la périphérie du système.

Avec Bouteflika, le système s’était rodé et avait atteint sa vitesse de croisière avec une efficacité optimale, grâce à une richesse monétaire factice efficace pour diminuer la contestation sociale. Les militaires avaient assis leur autorité et pouvaient se permettre de renouveler les mandats d’un président plus sensible à son ego qu’à la situation du pays. En septembre 2018, alors que le choléra sévissait dans la banlieue d’Alger, la télévision montrait Bouteflika prendre l’avion pour la Suisse où il allait régulièrement se soigner.

La victoire militaire sur les islamistes, consacrée par l’accord DRS-AIS en 1999, et la vertigineuse hausse du prix du pétrole après 2001 avaient renforcé le système, le mettant à l’abri de l’adversité provenant soit des islamistes, soit des protestations sociales, soit des rivalités entre les différents appareils de sécurité. Mais en 2013 éclate au grand jour le conflit entre l’EM et le DRS suite à l’attaque de Tiguentourine qui a ébranlé le système en menaçant la principale source en devises du pays.

L’Etat-Major a reproché au DRS son incapacité à protéger des installations économiques stratégiques alors qu’il dispose d’un personnel en grand nombre et de finances illimitées. L’attaque terroriste a donné l’occasion pour mettre fin à la puissance politique du DRS et de son chef le général Tewfik Médiène. Celui-ci avait acquis en effet un poids politique considérable au point de s’autonomiser des autres généraux à la faveur de la lutte anti-islamiste des années 1990.

Entre 1995 et 2015, une grande partie du pouvoir réel était entre les mains de Tewfik Médiène et des généraux qui l’entouraient. Ils exerçaient une autorité sur la société, sur l’Etat et aussi sur les militaires qui craignaient d’être soupçonnés de sympathies islamistes. Aucune promotion au grade supérieur ne se faisait sans le feu vert du DRS. Des colonels et des commandants d’unités opérationnelles étaient à la merci d’un rapport rédigé par un lieutenant du DRS officiellement sous leurs ordres.

Par ailleurs, opérant parmi les civils, notamment les entrepreneurs et les walis, les officiers du DRS occupaient une position stratégique dans le circuit de redistribution et de prédation de la rente. Tandis que la famille d’un colonel d’unité opérationnelle vit dans un appartement exigu à Mostaganem ou Guelma, le capitaine du DRS a plusieurs commerces, deux appartements et un terrain en banlieue d’une grande ville.

Sentant le mécontentement des officiers de la troupe, l’Etat-Major a saisi l’occasion de la crise de Tiguentourine pour séparer les trois départements du DRS en les dotant de directions autonomes les unes des autres. Le premier est la Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée (DCSA) chargée de protéger les casernes des infiltrations politiques et idéologiques.

Elle veille aussi à faire respecter l’autorité de l’Etat-Major par tout le personnel militaire. La DCSA rédige des rapports à l’intention de la hiérarchie sur le comportement de militaires contrevenant aux instructions de l’EM. Une arrestation par ce service conduit toujours au Tribunal Militaire. C’est l’organe de sécurité le plus puissant au-dessus de tous les autres appareils de l’Etat. Le deuxième département est la Direction de la Documentation et des Services Extérieurs (DDSE) qui est l’organe classique d’espionnage et de contre-espionnage. Elle surveille les ambassades et les agissements des services étrangers qui porteraient atteinte aux intérêts du pays.

La DDSE ne s’intéresse aux nationaux que s’ils sont impliqués dans des affaires d’espionnage au profit de pays étrangers. Le troisième département est la Direction Centrale de Sécurité Intérieure (DCSI) qui a la mission d’encadrer « la société civile » : les partis, la presse, les syndicats, etc. Ce service est une police politique qui défend les intérêts du système et non du pays.

Sa principale mission est d’étouffer par la ruse ou par la répression toute opinion politique qui mettrait en danger le système. Il emploie de faux islamistes, de faux syndicalistes, de faux démocrates, de faux berbéristes, de faux communistes… rémunérés pour affaiblir l’opposition et l’empêcher de s’unir sur des projets communs. Ce service est illégitime par sa mission principale et illégale par ses pratiques arbitraires contraires à la constitution.

L’originalité du démembrement du DRS en 2015 a consisté à placer la DCSI sous la tutelle de la présidence. Son responsable, jusqu’en mars 2019, le général Bachir Tartag, a dû enlever la tenue militaire pour enfiler celle d’un haut-responsable civil ayant un bureau à la présidence. Est-ce que c’est Bouteflika qui a décidé de ces réformes comme le prétendait la presse ?

Probablement non, parce que son état de santé ne lui permettait pas d’opérer des changements aussi importants dans les appareils de sécurité. La domiciliation de la DCSI à la présidence n’est pas un changement spectaculaire en soi dans la mesure où la présidence a toujours dépendu dans les faits du MDN. Celui-ci envoie les instructions à celle-ci qui les répercute aux ministères concernés, et aussi au FLN et au RND en cas de présentation d’un projet de loi à l’Assemblée Nationale.

Le système fonctionne en circuit fermé sous la forme d’un iceberg où la partie invisible émet à la partie visible les impulsions qui la font bouger. L’iceberg s’était stabilisé après la réforme du DRS et s’apprêtait à renouveler le mandat du président pour la 5èm fois malgré sa maladie.

Certains avaient des doutes sur cette option, se demandant si Bouteflika était encore en mesure de diriger le pays. Ils ne se rendaient pas compte que le système fonctionne sans président depuis la mort de Boumédiène. Le souhait du système a cependant été contrarié par la rue qui ne voulait pas d’un chef d’Etat amorphe qui apparaît inanimé sur une chaise roulante, prenant l’avion régulièrement pour aller se soigner dans les hôpitaux européens.

Le Hirak contre le système : 2019- 20 ??

Le 16 février 2019, à Khenchela, ville moyenne de l’est du pays, un portrait géant de Bouteflika a été arraché et piétiné par une foule exaspérée. La scène a fait le buzz sur les réseaux sociaux en quelques heures. Le vendredi suivant, le 22 février, toutes les villes ont suivi Khenchela pour exiger l’annulation du 5èm mandat.

Le Hirak était né, bousculant le système dont les acteurs ne s’attendaient pas à une protestation populaire aussi massive. Pendant un moment, l’Etat-Major a soupçonné les anciens éléments du DRS d’être derrière le mouvement populaire dans un esprit de revanche. Affolé, le chef d’Etat-Major, le général Gaid Salah qui a les défauts du militaire sans les qualités du soldat, a procédé dans l’urgence à des mises à la retraite et à des arrestations dans tous les services de sécurité, remplaçant les uns par les autres dans la précipitation.

L’EM avait pour la première fois un adversaire politique redoutable qui l’a tenu en échec, surtout que cet adversaire n’était pas hostile à l’armée en tant qu’institution. Le hirak a même privé le système de la dimension nationaliste en se réappropriant les figures des héros de la guerre d’indépendance.

Par ailleurs, le slogan chaab-djeich khawa-khawa rendait difficile de demander à la troupe de rétablir l’ordre public dans la rue car il y avait risque de fraternisation avec les manifestants. Acculé, le système a fait des concessions en annulant le 5èm mandat et en obligeant Bouteflika à démissionner. Par deux fois, l’élection présidentielle a été reportée.

La puissance du Hirak a poussé le système à sacrifier sa façade civile, mais les manifestants criaient « trop peu, trop tard ». Ils voulaient la fin du système comme l’affirment les slogans « les généraux à la poubelle » et « madania machi ‘askaria ». L’arrestation d’anciens premiers ministres, de ministres et d’hommes d’affaires corrompus n’a pas mis fin au hirak ; au contraire, il était galvanisé par ces arrestations et demandait une transition du pouvoir militaire vers le pouvoir civil.

Il exigeait la primauté du civil sur le militaire et la dépolitisation du grade de général. Surpris par l’audace d’une telle revendication, le chef d’Etat-Major affirmait accepter le principe d’une transition à condition qu’elle soit menée par un président élu dans le respect de la constitution.

La stratégie adoptée reposait sur l’élection d’un nouveau président pour plus tard reprendre la main sur les événements. Il fallait cependant choisir un président qui ne tente pas de s’appuyer sur le hirak pour dominer le système. Abdelmajid Tebboune était le candidat idéal pour avoir servi fidèlement l’administration de poste de wali à celui éphémère de premier ministre.

Pour le système, il présente l’avantage de ne pas posséder de personnalité charismatique qui le rendrait autonome de la hiérarchie militaire. A peine élu, il affirme que son objectif est de réaliser les revendications du hirak, ce qui signifie introduire des changements sans modifier le système. Dans un de ses premiers discours, il dresse un bilan sombre de la période de Bouteflika comme s’il n’avait jamais fait partie de son gouvernement.

Le bouc-émissaire était Bouteflika et sa bande (el 3issaba) qui aurait ruiné le pays. Les généraux n’auraient aucune responsabilité dans ce gâchis, même si une partie d’entre eux est en fuite à l’étranger et une autre partie en prison. Le système s’est débarrassé de quelques acteurs encombrants et cherche à donner à Tebboune l’image d’un responsable intègre auquel les institutions de l’Etat, y compris les appareils de sécurité, prêtent allégeance dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles.

Le général Gaid Salah, qui l’a désigné à ce poste, a choisi de mourir une dizaine de jours après son élection pour ne pas lui faire de l’ombre et pour lui éviter la situation embarrassante que son vice-ministre est politiquement supérieur à lui. Le système ne réfléchit pas mais c’est un automate intelligent. Il fallait que Tebboune n’ait pas de supérieur hiérarchique en dehors du peuple.

Les généraux sont impopulaires, mais il faut que le président soit populaire. Cette perspective a été contrariée momentanément par la pandémie du Covid-19, durablement par la chute du prix du baril de pétrole et conjoncturellement par le général Wassini Bouazza.

Désigné en avril 2019 à la tête de la DCSI pour affaiblir le hirak à tout prix, le général W. Bouazza a montré plus d’ambition personnelle que d’intelligence. Protégé par la général Gaid Salah durant l’année 2019, il était le hardliner pressé de mettre fin à la protestation par la répression. En incarnant la ligne dure, il s’était imposé à ses collègues à l’ombre de Gaid Salah. Le système était-il en train de reproduire un autre Rab Dzair craint par les opposants et par ses pairs ?

Après l’élection présidentielle du 12 décembre, le général Bouazza a refusé de se mettre formellement sous l’autorité du président Tebboune. Il a commis la même erreur que celle du général M. Lamari qui, en sa qualité de chef d’Etat-Major, s’était montré condescendant vis-à-vis du président dans une interview accordée à l’hebdomadaire français Le Point en 2004. Les généraux sont politiquement supérieurs au président, mais la logique du système leur interdit de le reconnaître publiquement.

Le général Bouazza montrait par ses actes peu de respect à Tebboune, affichant une arrogance débordante. Ayant succédé au général Tartag à la tête de la DCSI, il aurait dû enlever l’uniforme militaire, installer son bureau à la présidence et se montrer publiquement. En s’affranchissant de ces règles, il n’a pas respecté les directives de l’EM sur les prérogatives des différents services de sécurité. Il ne voulait pas être le chef d’une DCSI qui contrôle uniquement les partis artificiels, les faux journalistes et les milliers d’indicateurs et de doubabs des réseaux sociaux.

Il intervenait dans des domaines qui sortaient de ses prérogatives et empiétait sur celles des généraux Benali et Medjahed qui contrôlent et surveillent la présidence sous l’autorité de l’EM. Il donnait des instructions directement au ministre de la justice et au DGSN sans passer par la présidence. Il affaiblissait la cohérence d’un système qui cherchait à se reconstruire pour survivre.

Le système a fini par l’éjecter pour avoir gêné son adaptation au nouvel environnement créé par le hirak. Tout acteur, quelle que soit sa position dans le système, est écarté s’il ne respecte pas sa rationalité et ses contraintes. Les exemples ne manquent pas : K. Nezzar, M. Lamari, T. Médiène…

Pour des raisons liées à son histoire, l’Algérie indépendante a mis en place un système de pouvoir incompatible avec le principe de la souveraineté populaire qui s’exprime par des élections libres. Au cœur de ce système, la hiérarchie militaire refuse que le pays se donne un chef d’Etat, qu’il soit issu des partis, des syndicats, de l’université ou même des rangs de l’armée, fort de la légitimité populaire. Elle veut que le personnel qui dirige l’Etat soit choisi par les appareils de sécurité et non par le corps électoral. C’est ce système que le Hirak veut démanteler. Le pourra-t-il ? Ce que l’histoire fait, l’histoire le défait.

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