Le talon d'Achille de ce qu'on appelle communément "l'élite" en général et que l'on qualifie "d'intelligentsia" dans le monde est, à mon sens, sa conscience aiguë de l'être qui l'isole de la véritable densité et profondeurs multiples des réalités nationales ou internationales.
Cette forme de claustration, si je puis dire et considérer, est à la fois involontaire et délibérée.
Involontaire de par le rôle objectif de réflexion intellectuelle accordée par la société et ce statut d'élite octroyé à ces hommes et ces femmes advenus de tous bords intellectuels, philosophiques, scientifiques littéraires, artistiques…
Délibéré, en vertu d'une forme de condescendance parfois assumée et par d'autres occultée, à l'égard du reste de la société appréhendée non "pensante" et par conséquent non "transcendante".
Je m'explique, tous les intellectuels et intervenants en matière de réflexion sur tous les sujets du monde ne sont pas bien évidemment atteints par le syndrome de la " supériorité" de l'intellect et de l'appartenance à " l'olympe de la pensée transcendantale" .
Il existe, une myriade de penseurs, d'universitaires et de professionnels en matière d'analyses politiques, économiques, sociales, anthropologiques, d'environnement... dans le monde qui sont ce qu'on appelle des intellectuels" engagés" dans des causes nationales et internationales et qui s'érigent en de véritables "alerteurs" contre certains fléaux de tous ordres et de toutes importances et priorités.
Ces derniers, jouent pleinement leurs rôles d'intellectuels impliqués dans les questions primordiales de leur temps et siècle. Et je ne peux que leur rendre hommage.
Cependant, demeure ce fameux talon d'Achille qui affaiblit l'efficience et l’incisivité du rôle du reste de l'élite, celle qui ne s'engage pas et qui demeure confinée dans un tropisme de pensée narcissique auto centrée uniquement sur ses sujets de prédilection.
Ces gens-là, sont de toute évidence, coupés des réalités de leurs sociétés même s'ils arguent de leurs analyses et réflexions sur ces mêmes sociétés, leur défaillance principale est qu'ils sont simplement des chercheurs de laboratoires de toutes origines et sur tous les sujets et questions du monde.
Leur apport intellectuel ou scientifique est tout à fait honorable mais insuffisant et limité à leur sphère de spécialisation et n'a pas d'impact réel sur le développement sociétal ou le cours des évènements mondiaux .
Vous me direz, chacun son métier, chacun sa place et contribution à la société.
Je dirais, oui bien évidement, sauf si l'on endosse l'habit de l'intellectuel.
Penser le monde n'est pas une démarche innocente, dépouillée de toute signification politique et portée sociale, elle implique justement cette conscience aiguë non pas d'être au-dessus de la "plèbe" mais d'être issu et acteur et intervenant au sein de cette même "plèbe".
L'engagement n'est pas l'exclusivité des hommes et femmes politiques, il est l'espace moral en partage.
L'acte manqué de l'élite, toujours à mon sens, est le rôle qu'elle ne joue pas, dont elle s'exclut par choix ou par incapacité de s'engager pleinement dans les questions et priorités de cette planète et par conséquent, elle ne peut que se retrouver limitée et reléguée au ban de l'Histoire.