Pourquoi le soulèvement parisien est-il si terrifiant ?

Je suis habitué à ce que la protestation et la dissidence soient réduites à un simple phénomène d'ordre public. Cette instrumentalisation de l'argumentation est, après tout, caractéristique du fascisme rampant qui ne nous a jamais quittés et qui soude les sentiments petits-bourgeois les plus abjects, les plus mesquins et les plus réactionnaires aux exigences du grand patronat, lequel, par le biais de ses agences, transforme ces sentiments en matière idéologique et en propagande.

Mais il y a un changement qualitatif. Les réactions incontrôlées au vaste mouvement de protestation né en France, et qui, je l'espère, s'étendra à l'Italie et au reste de l'Europe, ne se limitent plus à transformer les manifestants en émeutiers et la dissidence en hooliganisme. Ce qui ressort des réactions contre les étudiants français ajoute une nouvelle arme à l'arsenal policier et répressif traditionnel : le racisme.

Les commentaires sur ma publication d'hier ne sont qu'un aperçu. À cela s'ajoutent les hordes de trolls qui ont envahi les réseaux sociaux et la presse, soutenus par la police de l'information qui s'enflamme à la télévision. Parmi les commentaires les plus fréquents, on trouve ceux qui déplorent la présence de drapeaux palestiniens lors des manifestations en France ou ceux qui comptent le nombre de personnes noires sur les images des affrontements : un signe évident, selon eux, qu'« ils ne sont pas français ».

Il y a ensuite ceux qui invoquent un choc des cultures. La gauche « islamiste » veut détruire la civilisation actuelle.

Nombre de ces commentaires proviennent de faux profils. D'autres sont authentiques. Le vannaccisme et la mélancolie, conjugués au processus d'israélisation de la société et à la criminalisation raciste de la dissidence qui en découle, sont désormais bien ancrés. Ils bénéficient d'un consensus. Leurs tendances les plus extrêmes et xénophobes restent certes minoritaires. Mais il est significatif que leurs partisans soient sortis de l'ombre et s'expriment ouvertement.

En tout cas, je l'avoue, je n'aime pas cette civilisation. Je ne peux aimer une Europe et une Italie entièrement soumises au néolibéralisme. Je ne peux soutenir ceux dont l'horizon politique se limite à la guerre et au réarmement. Je ne peux cautionner les politiques hypocrites qui restent muettes face au génocide à Gaza, aux annexations de la Palestine, du Liban et de la Syrie, et à l'apartheid en Cisjordanie. Je n'aime ni ne soutiens cette civilisation car ce n'est pas une civilisation. Elle n'a retenu que le pire de l'histoire européenne : le racisme, le classisme, la répression des conflits sociaux et la réduction du droit à de simples formalités que les riches et les puissants peuvent contourner. Bref, je ne l'aime pas car c'est, en réalité, la barbarie.

Les jeunes ont raison de protester. Ils ont raison de se rebeller contre une réalité qui leur est hostile, une réalité aliénante qui promet de fausses libertés, de faux plaisirs, de fausses satisfactions existentielles. L’histoire européenne, dont la France a été un acteur majeur, ne se résume pas au fascisme, au colonialisme et à l’individualisme néolibéral. Elle ne se résume pas à Giorgia Meloni ou Marine Le Pen. Elle est aussi faite de droit, de démocratie, de solidarité, de communauté et de lutte des classes.

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