Nombreux sont ceux qui l'ont déjà dit : Franco Baresi était un grand footballeur. Il fut l'un des plus grands défenseurs de tous les temps, parmi les deux ou trois meilleurs de l'histoire du football. Plus généralement, il fut l'un des plus grands sportifs italiens de tous les temps.
Cependant, je voudrais me souvenir de lui pour deux aspects intimement liés : son caractère de fer et ses origines paysannes. Franco Baresi venait de la campagne, d’un monde humble et pauvre, où il a forgé sa morale, aiguisé sa résistance et nourri son désir de rédemption.
La représentation dominante des classes populaires est aujourd'hui totalement déformée par l'image petite-bourgeoise qui émerge notamment sur les réseaux sociaux, véhiculée par une masse immense, semi-éduquée, désespérée et pleine de ressentiment, mue par des pulsions égoïstes. Du fait de cette confusion, les pauvres sont dépeints comme des idiots. Or, ce n'est pas le cas. Ceux qui les perçoivent ainsi les confondent avec la petite-bourgeoisie.
Franco Baresi n'avait aucun diplôme universitaire. Pourtant, c'était un homme de culture. Non pas parce qu'il avait lu tant de livres, mais parce qu'il connaissait parfaitement sa terre. Non, il ne s'agit pas de rhétorique. Ceux qui appartenaient aux classes paysannes vivaient une autre culture, une culture authentique, fondée sur le travail et la peine, sur l'humanité et le respect de la nature – un respect véritable, et non ce respect factice qui circule aujourd'hui, propre à ceux qui ont vécu à l'abri dans les grandes villes.
Cette culture paysanne transparaît dans chacun des gestes, dans chacune des actions, dans chacune des victoires de Franco Baresi. Il suffisait, après tout, de regarder son visage, d'observer ses traits émaciés, de suivre son regard, ses expressions, pour reconnaître la silhouette d'un homme forgé par les conflits et le labeur, par la peine et le désir de rédemption.
S'il était un grand défenseur, doté d'un physique exceptionnel en termes de vitesse et d'endurance, s'il faisait partie de ces joueurs possédant une vision tactique si aiguisée, capable de mettre en place le jeu depuis l'arrière, presque comme un meneur de jeu : s'il était tout cela, c'est parce qu'il a apporté avec lui cette grande culture.
De même, si nous ne gagnons rien aujourd'hui et que nos joueurs sont des mauviettes débauchées, c'est parce qu'ils viennent d'un monde dépourvu de toute culture véritable. Ils ont une personnalité d'adolescents et, tout au plus, quelques notions superficielles pour être présentables à la télévision. Autrement, rien.
Si nous ne gagnons rien aujourd'hui, c'est parce qu'il n'y a pas de capitaines comme Franco Baresi capables de faire disparaître la mesquinerie actuelle.