Même les morts ne seront pas en sécurité si l’ennemi l’emporte. [1]
1. Certains silences pèsent plus lourd que les mots. L’un des plus assourdissants, aujourd’hui, est celui qui entoure la question des réparations qu’Israël devrait aux peuples qu’il a bombardés, occupés et affamés – et qu’il continue à faire : Palestiniens, Libanais, Syriens. La distribution de farine à Gaza, sous les applaudissements des médias, prend des airs de charité paternaliste, masquant l’impunité de l’agresseur qui a méthodiquement réduit ces populations à la faim. Ce déni contraste brutalement avec, notamment, les réparations colossales que l’Allemagne versa après 1945 à l’État d’Israël et aux survivants juifs de la Shoah. L’État d’Israël, fondé en partie sur l’exigence de réparation, a lui-même commis des actes qui, selon les mêmes principes juridiques et éthiques, devraient donner lieu à une réparation.
2. C’est l’hybris d’une nation qui a transformé la mémoire d’une injustice subie en un bouclier pour l’injustice qu’elle commet. Cette démesure orgueilleuse défiant toutes les limites divines ou humaines, nourrit, en l’état actuel, une sorte de stasis interne mais nourrit aussi, sur le plan géopolitique, l’anarchie – la loi du plus fort !
3. L’arrogance d’Israël face au droit international, son refus de reconnaître ses torts, crée une stasis non seulement au Proche-Orient, mais aussi au sein même de la communauté internationale, menaçant la stabilité de l’ordre mondial. Si une doctrine internationale de la réparation a pu être déjà élaborée, pourquoi s’évanouit-elle lorsqu’il s’agit des actions israéliennes ?
4. Il y a pourtant des précédents historiques de réparations : financières, mémorielles…, notamment le cas allemand. Le 10 septembre 1952, la République Fédérale d’Allemagne (RFA) et Israël signaient les Accords de Luxembourg [2], un pacte historique prévoyant le versement de 3 milliards de marks en biens et services. Des accords qui, selon David Ben Gourion, n’étaient « pas une compensation pour le sang versé » mais devaient « servir à la vie » [3]. Ces réparations, qui n’étaient pas seulement symboliques, ont constitué un levier économique vital pour l’État naissant d’Israël. Elles illustrent ainsi la capacité concrète de la réparation à transformer le deuil en « développement ». Les accords de 1952 ont permis de donner une dimension concrète à ce travail de mémoire, en reconnaissant une dette ineffaçable tout en permettant aux victimes de se projeter dans l’avenir. Sans avoir été un gage à l’« oubli », ces réparations montrent l’importance, comme le souline Ricœur d’une juste articulation entre le devoir de mémoire et la capacité d’agir dans le présent. [4] Ces accords ont démontré la capacité à quantifier les pertes matérielles, à reconnaître un préjudice moral et à mobiliser un récit de justice universalisable.
5. Il a fallu créer un langage juridique pour l’inédit, pour des crimes « qui défiaient toute loi existante ». [5] Cela a ouvert la voie à une nouvelle ère dans la justice internationale où l’indignité des crimes ne pouvait plus être un prétexte, notamment, à l’inaction juridique. L’échelle des destructions à Gaza impose d’actualiser et d’appliquer ces concepts, d’inventer les outils juridiques nécessaires pour nommer l’innommable et réparer l’irréparable. Car la justice exige une responsabilité envers les « spectres » de l’histoire, les victimes du passé qui nous hantent et demandent à être entendues [6]. C’est une obligation éthique et politique de ne pas laisser ces « spectres » dans l’oubli – sous et dans les décombres des bombes israéliennes.
6. La question des réparations ne relève pas uniquement de la morale, mais surtout du droit en général et du droit international en particulier. Le Projet d’articles sur la responsabilité de l’État de la Commission du droit international (CDI) stipule clairement qu’un État doit réparer intégralement tout préjudice causé par un acte internationalement illicite [7]. Cette obligation prend la forme de la restitution (rétablir la situation d’avant le préjudice), de l’indemnisation (compensations financières) et de la satisfaction (excuses, reconnaissance du préjudice). La Résolution 60/147 de l’ONU (2005) va plus loin en reconnaissant explicitement le droit des victimes de violations graves du droit international humanitaire à obtenir réparation [8]. Ces textes fournissent un cadre solide pour fonder la responsabilité d’Israël.
7. Dans La Mésentente [9], Jacques Rancière distingue le simple « litige » et le « tort ». Un litige, selon lui, se déroule entre des parties qui partagent un même cadre de référence, un « monde commun » régi par des règles de justice. Le tort, à l’inverse, survient lorsque ce monde commun n’existe pas, ou qu’une partie refuse de le reconnaître. C’est précisément ce qui se passe lorsqu’une partie, comme Israël, refuse de considérer l’autre – les autres –, en l’occurrence les Palestiniens – les Syriens, Iraniens et Libanais –, comme un ou des sujets de droit légitime(s), capables de faire entendre leurs griefs dans un espace politique partagé (Palestine, le Moyen-Orient). Dans cette dynamique, le refus de réparer un préjudice n’est pas un simple désaccord sur le principe ou le montant. Il devient une dénégation de l’existence même du tort. La demande de réparation est alors réduite à un simple « bruit » dénué de sens, ce qui a pour conséquence d’ignorer la voix des victimes et de les exclure du monde commun de la justice. En les privant de leur humanité et de leur statut d’égaux, cela rend le génocide possible. Paradoxalement, ce génocide se trouve ainsi néantisé, car l’existence même des victimes en tant qu’égaux n’est pas reconnue par l’agresseur.
8. Ce principe s’étend aussi à la responsabilité des alliés. En effet, l’article 16 de la CDI prévoit la responsabilité de tout État qui « aide ou assiste » un autre dans la commission d’un acte illicite [10]. Cette clause met ainsi en lumière la complicité des pays comme les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou la France qui, en fournissant des armes à Israël et en bloquant les sanctions au Conseil de sécurité, deviennent co-responsables. Cette complicité est un élément central du système d’impunité dont jouit depuis toujours Israël.
9. Si les « monstres existent, mais […] trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; [et] plus dangereux sont les hommes ordinaires, prêts à croire et à obéir [11] », c’est aussi parce qu’ils sont souvent soutenus par des alliés. Dans ce contexte, la demande à réparer son hybris ne s’adresse pas qu’à Israël ni ne se limite à une simple exigence. Cette demande s’unit aux voix de toutes les victimes collatérales de l’impérialisme israélien et de ses alliés. Edward Saïd, à travers le concept de « dommage collatéral » [12] perpétuel dénonce la déshumanisation des peuples colonisés et leur réduction à des pertes acceptables. Selon lui, cela s’inscrit dans une logique fondée sur une stratégie de domination visant à priver les victimes de leur statut et de leurs droits.
10. Pourtant, des jurisprudences existent pour la réparation des préjudices d’État. La Commission d’indemnisation de l’ONU, créée à la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak en 1991 [13], ou encore la décision de la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui a condamné l’Ouganda à verser 325 millions de dollars à la République Démocratique du Congo pour occupation illégale en 2022 [14], en sont des exemples clairs. Ces cas montrent qu’il existe un cadre juridique international pour la réparation des torts commis par des États, offrant un précédent solide pour une justice à l’égard du peuple palestinien.
11. Mais, comme toujours, pour fuir ses responsabilités, Israël continuera de s’appuyer sur le principe sacro-saint de la légitime défense pour justifier ses actions militaires. Les dirigeants israéliens ont toujours affirmé que ces opérations sont des réponses « nécessaires » à des « menaces existentielles », en particulier le terrorisme. Ils considèrent l’existence du Hamas et d’autres groupes armés – voire n’importe quel Palestinien – comme des actes de guerre qui menacent directement la vie de leurs citoyens. Dans ce cadre, la destruction d’infrastructures à Gaza et au Liban est présentée comme la conséquence inévitable de l’utilisation de ces zones par des « organisations terroristes » pour lancer des attaques. Ce discours est souvent articulé autour de la notion que « tout État souverain a le droit et le devoir de protéger sa population », tout niant son pendant légitime : le droit de tout peuple à l’autodétermination et la défense par tous les moyens de celle-ci.
12. Cette position s’appuie notamment sur les résolutions 1373 (2001) et 1566 (2004) du Conseil de sécurité de l’ONU, qui autorisent les États à prendre des mesures pour lutter contre le terrorisme [15]. De plus, Israël cite souvent l’article 51 de la Charte des Nations Unies, qui reconnaît le « droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective », un principe au cœur de sa politique de sécurité depuis sa création. C’est dans cette perspective juridique et politique qu’Israël rejette les accusations de violations du droit humanitaire et de crimes de guerre. Et c’est pourquoi la question des réparations est perçue non comme une obligation juridique, mais comme un déni de son droit à exister en toute sécurité. Paradoxalement, c’est bien ces mêmes droits qu’Israël dénie notamment aux Palestiniens, tout en imposant les siens – son impérialisme. Ce que Netanyahou appelle « une reconfiguration du Moyen-Orient ». Et si l’État hébreu jouit d’une tolérance inédite dans l’histoire, c’est qu’il « fait le sale boulot » [16] de l’Occident. Et pourtant la dette de réparation d’Israël a été accumulée sur plusieurs décennies et touche plusieurs pays voisins.
13. La Palestine. Nakba (1948) : environ 750 000 Palestiniens déplacés, 400 villages détruits. [17] L’impact de cette expulsion massive sur l’économie et la démographie palestinienne est toujours d’actualité, et la réparation devrait inclure la restitution des terres et la compensation pour les biens perdus. Gaza : les destructions répétées (2008-09, 2012, 2014, 2021, 2023-25) ont été évaluées par l’ONU à des milliards de dollars, rendant la vie insoutenable et la reconstruction impossible. Les rapports de la Banque Mondiale et d’ONU-Habitat détaillent la destruction systématique des infrastructures (hôpitaux, écoles, réseaux d’eau et d’assainissement), de l’économie locale et du tissu social. La réparation ne serait pas qu’une aide humanitaire, mais une reconnaissance de la responsabilité de cette destruction.
14. Les répercussions économiques, sociales, politiques et financières des bombardements et des opérations militaires israéliennes à Gaza et en Cisjordanie sont sans précédent dans l’histoire récente de la région. Même si les données disponibles sont souvent des estimations, cependant elles brossent un tableau effroyable des conséquences. Les destructions massives à Gaza ont des répercussions économiques qui se chiffrent en dizaines de milliards de dollars. La Cisjordanie, bien que soumise à un blocus différent, a également subi un lourd tribut.
15. À Gaza : les pertes économiques directes selon un rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) sont estimées à au moins 25 milliards de dollars. Un autre rapport du groupe de réflexion The New York Times, citant des analyses de banques d’investissement, chiffre les pertes économiques à plus de 40 milliards de dollars.
16. Quant aux destructions d’infrastructures : les bombardements, ont endommagé dans la bande de Gaza près de 90 % des routes, détruit plus de 70 % des maisons et des appartements, la quasi-totalité des hôpitaux, des écoles, des universités et des usines. Le secteur agricole, vital pour la population, est également dévasté. Les estimations du coût de la reconstruction de Gaza varient énormément, allant de 15 à 50 milliards de dollars sur plusieurs années. La Banque Mondiale et les Nations Unies estiment que le coût initial de la reconstruction des infrastructures clés s’élève à 18,5 milliards de dollars, mais ce chiffre est considéré comme une évaluation très prudente.
17. En Cisjordanie, c’est l’effondrement économique. Le bouclage israélien, les restrictions de mouvement et les attaques ont entraîné une chute drastique de l’activité économique. Les restrictions sur les travailleurs et les marchandises ont conduit à des pertes de revenus estimées à 2,5 milliards de dollars au cours des six premiers mois du conflit. Le PIB de la Cisjordanie a chuté de 22 % au cours du dernier trimestre de 2023.
18. Le bilan humain et les conséquences sociales sont d’une gravité inouïe. À Gaza, le bilan humain avoisine les 100 000 morts, dont une majorité de civils (femmes et enfants principalement), et près de 85 000 blessés. On estime que plus de 75 % de la population (environ 2 millions de personnes) a été déplacée. En Cisjordanie, les incursions militaires et les attaques de colons ont causé la mort de plus de 500 Palestiniens et le déplacement de plus de 4 000 personnes. La violence et la destruction ont causé des traumatismes psychologiques massifs, en particulier chez les enfants. Les experts estiment que les conséquences sur la santé mentale de la population seront visibles pendant des décennies.
19. Comme la Shoah, le coût des opérations militaires à Gaza et en Cisjordanie est donc un fardeau immense qui se répercutera pendant des générations.
20. Le Liban aussi, théâtre d’invasions, d’occupations et de bombardements répétés est également concerné. 1982 : le siège de Beyrouth, les massacres de Sabra et Chatila, et les destructions massives ont marqué l’histoire de ce pays. [18] Les invasions israéliennes ont profondément déstabilisé le pays, exacerbant les tensions internes et contribuant à la guerre civile. 2006 : les pertes estimées à 3,6 milliards incluaient une catastrophe écologique, la pollution maritime par une marée noire causée par le bombardement d’une centrale électrique [19]. Cette pollution a eu des conséquences à long terme sur l’écosystème marin, la pêche et le tourisme, pour lesquels une compensation intégrale est due.
21. Ajoutés à une grave crise économique débutée en 2019, les récents bombardements israéliens ont exacerbé une situation déjà fragile, avec des conséquences lourdes sur les plans économique, social, politique et financier. Selon un rapport de la Banque Mondiale, le coût des dommages et pertes dus au conflit entre le Hezbollah et Israël est estimé à 8,5 milliards de dollars. Le secteur résidentiel est le plus touché, avec des dommages estimés à 3,2 milliards de dollars. Près de 100 000 logements auraient été endommagés ou détruits. Sans compter l’impact sur le secteur agricole, qui a subi des pertes importantes, estimées à 1,2 milliard de dollars, du tourisme, du commerce et de l’industrie, dont les pertes sont estimées à environ 2 milliards de dollars. Le conflit aurait réduit la croissance du PIB réel du Liban d’au moins 6,6 % en 2024. À cela s’ajoute le lourd bilan humain, soit plus de 4 000 morts et 16 000 blessés, ainsi que le déplacement de plus de 1,2 million de personnes, qui ont fui en particulier dans le sud du pays. Ce qui a provoqué une augmentation du taux de pauvreté avoisinant les 94 % actuellement.
22. Les frappes aériennes israéliennes en Syrie depuis 2013 et les sabotages industriels en Iran constituent des actes illicites qui nécessitent une réparation. Ces frappes ciblent souvent des infrastructures militaires ou civiles, violant la souveraineté des pays et causant des dommages économiques qui devraient être réparés au titre du droit international.
23. Le bilan humain et social des bombardements israéliens sur l’Iran est lourd. Selon US-Based NGO, les bombardements israéliens sur l’Iran auraient fait au moins 657 morts et près de 4 500 blessés, majoritairement des civils. [20] Le ministère iranien de la Santé a également fait état d’un nombre élevé de victimes civiles. De nombreux habitants ont fui la capitale Téhéran, car aucun quartier n’a été épargné par les bombardements. Les bombardements sur des zones résidentielles ont soulevé des poussières potentiellement toxiques, comme l’amiante.
24. En Syrie, où Israël occupe le plateau du Golan depuis 1967, les frappes aériennes israéliennes ont tué et blessé des civils. Des pertes humaines qui s’ajoutent à la souffrance d’une population déjà lourdement éprouvée par la guerre. Les attaques sur des zones résidentielles ou à proximité de celles-ci ont entraîné des déplacements de population. Des familles qui avaient tenté de retourner dans leurs foyers ont été contraintes de fuir à nouveau. Ces frappes régulières maintiennent un climat de peur et d’incertitude, empêchant la normalisation de la vie sociale. La peur de la prochaine attaque est une source de stress pour les habitants, en particulier dans les villes proches des bases militaires. Si les frappes israéliennes en Syrie ont des conséquences qui dépassent largement les destructions matérielles immédiates, elles contribuent à la déstabilisation de la région, entravent le retour à la paix et au développement en Syrie, et maintiennent les tensions entre plusieurs acteurs clés du Moyen-Orient.
25. Cependant, plusieurs obstacles se dressent sur la voie de la justice. Le plus notable est le veto – récurrent pour ne pas dire systématique – américain au Conseil de sécurité, un « bouclier » » qui rend toute condamnation d’Israël quasi-impossible sous peine de représailles. Les États-Unis ont utilisé leur droit de veto des dizaines de fois pour bloquer des résolutions critiques à l’égard d’Israël, créant un précédent de deux poids, deux mesures au sein de la diplomatie mondiale. Et pourtant une voie de contournement existe via la procédure Uniting for Peace (résolution 377A de 1950) qui permet à l’Assemblée Générale de l’ONU d’intervenir lorsque le Conseil de sécurité est paralysé.
26. La guerre des récits est un autre obstacle majeur. Israël a réussi à imposer l’idée qu’il est un « créancier éternel » de réparations (suite à la Shoah) mais jamais un débiteur. Cette rhétorique, comme le souligne Edward Saïd, est une construction qui « a du mal à voir les Palestiniens comme un peuple avec des droits, et non comme un problème humanitaire » [21]. Pour briser ce silence, il est essentiel de s’appuyer sur des alliances Sud-Sud, où des acteurs comme les BRICS ou l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) qui peuvent collectivement exiger un mécanisme de réparation. L’élaboration d’une coalition diplomatique forte, capable de mettre en place une pression économique et politique, est la seule voie pour surmonter l’inertie des puissances occidentales.
27. S’« il n’y a pas de dignité sans justice » [22], alors l’absence de justice est la forme la plus insidieuse de la violence, et elle s’incarne aujourd’hui dans l’impunité d’Israël. La question des réparations n’est pas une simple question technique ou financière, mais celle de dignité politique. Tant qu’elle ne sera pas posée, la reconstruction des sociétés frappées par Israël restera une dépendance humiliante à l’« aide » internationale, pendant que l’agresseur continue à bénéficier d’un soutien économique et militaire sans précédent.
28. L’histoire a montré que le monde était capable d’imposer des réparations lorsque la volonté politique existe. Le silence sur cette question est un abandon des responsabilités avant tout de ceux qui se disent garants de l’ordre international. Et pourtant nous assistons, hélas, à un abandon de la justice elle-même. Les victimes méritent une réparation qui dépasse le simple geste de l’aide humanitaire, une réparation qui soit une reconnaissance de leur dignité et de leur droit à vivre dans la sécurité et la prospérité. S’il y a une raison de/dans l’histoire [23], c’est cela qu’elle devrait être. Refuser de réparer ces/ses torts est l’ultime acte d’hybris qui menace l’équilibre même du droit international, le poussant vers un état de stasis généralisée où les règles ne s’appliquent qu’aux faibles, et où l’ordre ne repose plus sur la loi, mais sur la force brute et l’impunité.
Notes
[1] Walter Benjamin, « Sur le concept d’histoire », Œuvres III, Gallimard, 2000.
[2] Accord de Luxembourg, 10 septembre 1952.
[3] Discours de David Ben Gourion, Knesset, 9 septembre 1952.
[4] Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Seuil, 2000.
[5] Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Gallimard, 1966.
[6] Jacques Derrida, Spectres de Marx, Galilée, 1993.
[7] Commission du droit international (CDI), Projet d’articles sur la responsabilité de l’État, 2001, art. 31-34.
[8] ONU, Résolution 60/147, Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire, 16 décembre 2005.
[9] Jacques Rancière, La Mésentente : Politique et Philosophie, Galilée, 1995.
[10] CDI, Projet d’articles sur la responsabilité de l’État, 2001, art. 16.
[11] Primo Levi, Si c’est un homme, Pocket, 1987.
[12] Edward Saïd, Culture et Impérialisme, Fayard, 1993.
[13] Nations Unies, United Nations Compensation Commission, 1991-2005.
[14] CIJ, Activités armées sur le territoire du Congo (RDC c. Ouganda), 2022.
[15] Conseil de sécurité de l’ONU, Résolutions 1373 (2001) et 1566 (2004).
[16] « C’est le sale boulot qu’Israël fait pour nous tous ». Déclaration du chancelier allemand Friedrich Merz, concernant les attaques de Tsahal contre l’Iran, lors du dernier sommet du G7 (15-17 juin 2025) à Kananaskis, en Alberta, au Canada.
[17] Walid Khalidi, All That Remains, Institute for Palestine Studies, 1992.
[18] Robert Fisk, Pity the Nation : Lebanon at War, Oxford University Press, 1990.
[19] Banque Mondiale, Lebanon : Economic and Social Impact Assessment, 2007.
[20] The DefensePost , « US-Based NGO Says 657 Iranian Military, Civilians Killed in Israeli Strikes », 21.06.2025, https://thedefensepost.com/2025/06/21/iranian-military-civilians-killed/
[21] Edward Saïd, The Question of Palestine, Vintage Books, 1992.
[22] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1950.
[23] Friedrich Hegel, La raison dans l’histoire, 10-18, 2003.