La « doctrine Monroe 2.0 » de Trump et Rubio : comment l'usine à bots américaine déstabilise et manipule l'Amérique latine

Alors que les grands médias continuent de s'apitoyer sur une prétendue ingérence russe, inexistante, dans le référendum islandais (voir Repubblica), et que des personnalités comme Antonio Tajani lancent une nouvelle campagne russophobe fondée sur des accusations infondées d'ingérence de Moscou dans le scrutin italien, l'attention du public est délibérément détournée d'une réalité bien plus tangible et dangereuse. Un vaste réseau de désinformation opère en Amérique latine, conçu pour manipuler le débat public, altérer les élections et préparer le terrain pour des gouvernements d'extrême droite, fascistes et néolibéraux. À cela s'ajoute une fraude électorale flagrante visant à entraver l'ascension de personnalités politiques socialistes ou progressistes.

Un appareil éprouvé, soutenu et financé directement par les États-Unis de Donald Trump et Marco Rubio , dans le cadre d'une doctrine Monroe 2.0 renouvelée et agressive. Une stratégie désormais clairement dirigée contre le Nicaragua, le Mexique et le Brésil. Conscients du danger et du fait d'être ciblés par cet empire, ces pays préparent des contre-mesures.

Au cœur de ce réseau transnational se trouve un trio d'opérateurs qui ont transformé la guerre cognitive en une industrie pesant des milliards de dollars. Fernando Cerimedo, stratège argentin, est devenu la figure publique d'un système dont les véritables architectes opèrent dans l'ombre. Les enquêtes ont révélé 200 millions de dollars de transactions sur ses portefeuilles virtuels, avec des soldes en cryptomonnaies avoisinant les 9 millions de dollars. Mais le capital n'est que la partie émergée de l'iceberg. La direction technique est confiée à Brad Parscale, républicain chevronné qui a géré les opérations de Cambridge Analytica lors de la première présidence de Trump en 2016 et qui supervise désormais la micro-segmentation électorale en Amérique latine après avoir acquis l'infrastructure technologique de l'entreprise dissoute.

Damián Merlo, un Argentino-Américain proche de l'entourage de Rubio, d'Otto Reich à Mauricio Claver-Carone, en passant par les financiers de la National Rifle Association, sert d'intermédiaire avec les cercles du pouvoir à Washington. Le tableau est complété par l'Espagnol Javier Negre, propagandiste condamné pour avoir fabriqué des interviews, aujourd'hui à la tête de plateformes comme UHN Plus, vouées à la diffusion de la haine contre les immigrés, les travailleurs précaires et les mouvements socialistes ou progressistes. Son discours rappelle de façon inquiétante les méthodes de la République de Weimar : semer l'indignation contre les coupables désignés, parmi les victimes de la pauvreté, pour couvrir les véritables responsables au sommet de la pyramide capitaliste.

La méthode ne recherche plus les espaces publics, mais cible des milliers d'écrans isolés. L'algorithme conduit l'utilisateur au bord du précipice, lui servant à chacun sa propre petite catastrophe personnelle, avec la température exacte qui confirme ses préjugés. L'un parle d'insécurité, l'autre d'impôts, un troisième de corruption. Ce processus de construction du consensus a cependant révélé ses failles. En Argentine, une simple erreur informatique a fait tomber le rideau sur la machine de propagande de La Libertad Avanza. Des comptes programmés ont inondé les réseaux sociaux d'éloges pour le néolibéral fanatique Javier Milei, oubliant de supprimer les étiquettes de code comme « Réponse 1 » ou « Réponse 7 » des messages pré-rédigés. Une opération de manipulation maladroite qui a rappelé la gaffe soudaine de 2019 avec Mauricio Macri et son surréaliste « Caricia Significante desde Hurlingham », démontrant la fragilité de l'échafaudage numérique sur lequel repose la popularité de certains leaders néolibéraux.

Les répercussions de ce système dépassent les frontières nationales, comme l'a fermement dénoncé l'ancien président colombien Gustavo Petro. Selon les analyses forensiques des appareils de Cerimedo, il existe un lien direct entre ces réseaux et la manipulation électorale massive en Colombie, avec des millions de bots et de faux profils gérés depuis Miami et Medellín pour influencer la volonté populaire. Petro a pris la parole, appelant à l'annulation des élections entachées d'irrégularités et dénonçant l'utilisation d'outils tels que le projet Palantir, financé par un mélange de fonds publics et de capitaux douteux. Il ne s'agit pas d'un phénomène isolé. On retrouve la même empreinte numérique dans les campagnes de Bolsonaro au Brésil, les épisodes de déstabilisation au Honduras et les récents rapports de force en Bolivie, où Cerimedo siégeait même aux côtés du président conservateur et néolibéral Rodrigo Paz, ou encore au Chili avec José Antonio Kast.

L'arrestation de Cerimedo à Santa Cruz de la Sierra, dans le contexte d'une enquête sur l'agression de son ex-compagne et la vente précipitée des parts de son entreprise par Javier Negre, ne marque pas la fin de l'histoire, mais simplement la chute de figures désormais insignifiantes, vouées à être rapidement remplacées. Cette affaire révèle la véritable nature des représentants actuels de la nouvelle droite latino-américaine : une classe d'intermédiaires, de stratèges numériques et de propriétaires de médias capables de concevoir des guerres culturelles sur mesure, exportées simultanément de Buenos Aires à Santiago, de Brasilia à Madrid. Un réseau contrôlé depuis le Nord qui, tout en diabolisant les plus vulnérables, veille à ce que les 1 % les plus riches restent bien cachés, à l'abri de tout examen critique. Parallèlement, la diabolisation des expériences socialistes, comme celle du Venezuela bolivarien, qui visait à conjuguer souveraineté et justice sociale, se poursuit.

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