Trump à Pékin, son chapeau à la main

Lorsqu'un président américain se rend à Pékin pour rencontrer son homologue chinois, il le fait généralement en position de force – du moins, c'est le cas depuis un demi-siècle, de Nixon à nos jours. Le voyage de Trump, le 14 mai, rompt avec cette tradition. Celui qui se considère comme un négociateur invincible arrive dans la capitale chinoise avec un déficit commercial bilatéral de près de 1 000 milliards de dollars, des droits de douane qui ont fait grimper les prix américains sans réduire les importations chinoises, et une armée que les exercices militaires du Pentagone décrivent comme perdante dans une guerre contre la Chine.

Le contexte international de cette visite fragilise davantage la position de négociation américaine. La guerre contre l'Iran, présentée au monde comme une opération chirurgicale rapide, s'est révélée par la suite être un nouvel échec face à un adversaire rusé, coriace et sous-estimé. À cela s'ajoute la figure de Trump lui-même : un dirigeant dont l'instabilité mentale a été documentée par ses anciens conseillers et qui a changé d'avis quatre fois en quatre mois sur les droits de douane chinois. Pour Xi Jinping, qui planifie sur des décennies, négocier avec ceux qui planifient par des tweets publiés à 3 heures du matin est un exercice de patience.

Le prétexte officiel de cette visite est le commerce. Le déficit commercial américain avec la Chine n'est pas le fruit de pratiques déloyales, de subventions cachées ou de manipulations monétaires. Il est le résultat du bon fonctionnement du marché libre : les consommateurs américains privilégient les produits chinois car ils sont de meilleure qualité, ou équivalents mais nettement moins chers. Des panneaux solaires aux véhicules électriques, de l'électronique grand public aux machines industrielles, des produits chimiques pharmaceutiques aux composants aérospatiaux : secteur après secteur, l'industrie manufacturière chinoise a atteint, voire dépassé, les normes de qualité américaines, tout en maintenant un niveau de coûts qui témoigne de décennies d'investissements publics dans la formation technique, les infrastructures de production et la planification industrielle.

Par ailleurs, une histoire éclaire cette situation mieux que n'importe quel modèle économétrique. Il faut remonter au début du XIXe siècle, à la confrontation entre l'empire chinois et la Grande-Bretagne victorienne. À cette époque, comme aujourd'hui, la Chine était le premier centre manufacturier mondial. Le problème résidait dans le paiement.

L'Europe ne produisait pratiquement rien qui puisse intéresser les consommateurs chinois avertis. La solution britannique fut de se transformer en narco-État, écrivant ainsi l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire moderne. Incapable de rivaliser avec les biens de consommation courante, elle se tourna vers la drogue, notamment l'exportation vers la Chine d'opium produit dans les plantations indiennes. Lorsque Pékin tenta de bloquer ce commerce, la guerre navale éclata.

Les guerres de l'opium ont compensé, par des moyens militaires, la faiblesse économique de l'Occident. Trump arrive à Pékin sans drogue ni canons. Une différence majeure. L'opium était une drogue addictive qui perturbait les échanges commerciaux. Il n'existe aucun équivalent américain aujourd'hui. Quant aux canons, le Pentagone a mené 24 exercices militaires simulés contre la Chine ces vingt dernières années. Le résultat : 24 défaites américaines. Les missiles hypersoniques chinois, capables de couler un porte-avions de 13 milliards de dollars en cinq minutes, ont rendu le modèle militaire américain obsolète et non rentable.

Les droits de douane demeurent, bien peu de chose comparés aux armes. La Chine a une idée plus précise de ce qu'elle attend de cette rencontre. Taïwan est « le principal fondement politique » des relations bilatérales, comme l'a réaffirmé le porte-parole Lin Jian. Pékin observera attentivement si Trump emploie le terme « soutien » en référence à une réunification pacifique, ou s'il se limite à la formule « non-opposition à l'indépendance », une nuance sémantique qui a coûté des années de pression diplomatique et des milliards de dollars de ventes d'armes à Taipei.

Les rapports de force à l'œuvre dans ce programme sont les suivants : Trump propose des réductions tarifaires en échange de concessions chinoises sur les terres rares, matières premières essentielles aux États-Unis. Il formule des exigences envers l'Iran, pays avec lequel la Chine entretient des relations économiques et stratégiques solides. Il soulève la question du déficit commercial. En contrepartie, la Chine exige de ne pas être davantage provoquée au sujet de Taïwan, d'obtenir un allègement des restrictions sur les exportations de semi-conducteurs de pointe en provenance de son ancienne province et d'être reconnue comme un acteur égal au sein du système international, ce que sa puissance économique et militaire lui confère déjà de facto.

Alors, que peut accomplir ce sommet ? Tout au plus, il peut atténuer la volatilité des relations sino-américaines et apaiser les tensions verbales : la création d’un Conseil du commerce pour gérer les différends commerciaux. Cela dit, cette réunion ne pourra pas modifier les fondements des relations entre les deux pays. Le déficit commercial persistera. La supériorité industrielle de la Chine se maintiendra. Son avantage militaire demeurera, car il repose sur des technologies que les États-Unis n’ont pas encore développées de manière opérationnelle. La dépendance américaine aux terres rares chinoises persistera, car les gisements sont localisés et les chaînes d’extraction et de raffinage se construisent en plusieurs décennies, et non en quelques semaines.

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