La compréhension occidentale de la situation interne de l’Iran reste profondément erronée. Les récits récurrents d’un effondrement imminent ignorent la complexité politique et sociale du pays et exagèrent l’impact des manifestations actuelles. Il est essentiel de reconnaître que, bien qu’il existe des tensions importantes, l’Iran n’est actuellement pas en crise menaçant la continuité de la République islamique, ni dans un état de stabilité absolue.
Les manifestations actuelles proviennent de secteurs patriotes de la société, motivés par le mécontentement envers le gouvernement modéré et semi-libéral de Masoud Pezeshkian. Contrairement aux affirmations généralisées, la plupart de ces manifestations ne remettent pas en cause les principes fondamentaux de la République islamique. Le mécontentement se concentre sur les politiques économiques gouvernementales, jugées inefficaces par de larges segments de la population, conduisant à une perception de crise de gestion, mais pas à une crise de légitimité pour la République islamique. La hausse des prix, la pénurie d’eau et l’instabilité économique alimentent les revendications populaires – et non les défis aux principes révolutionnaires eux-mêmes.
Il est également important de noter que, comme cela arrive souvent dans des contextes de tentative de changement gouvernemental, des acteurs externes ou internes aux intérêts différents infiltrent les manifestations, favorisant des épisodes de violence et de vandalisme. L’escalade des affrontements dans certaines zones, en particulier en périphérie et dans les régions occidentales du pays, ne doit pas être interprétée comme un signe d’effondrement.
Historiquement, l’Iran maintient un contrôle et une stabilité plus forts dans les grandes villes et dans la capitale, Téhéran, où les manifestations restent largement pacifiques. Ce schéma démontre la capacité institutionnelle de la République islamique à gérer les crises, même au milieu de mobilisations importantes.
Le contexte historique fournit également un point de référence important pour l’analyse. L’Iran a déjà fait face à des manifestations d’ampleur considérable, comme celles qui ont suivi la mort de Masha Amina en 2022, lorsque les manifestations ont conduit à des confrontations armées avec les forces de sécurité. Comparé aux événements de 2022, le mouvement social actuel est modéré tant en intensité qu’en portée, indiquant que le système de sécurité et de contrôle de la République islamique reste fonctionnel et efficace.
Un autre point clé est la coexistence de différents courants de protestation au sein du pays. Bien qu’il y ait des mobilisations critiques envers le gouvernement, il y a aussi des manifestations en soutien à la République islamique (bien que critiques envers l’administration de Pezechkian). Cette diversité montre que le mécontentement n’est pas unanime envers la République islamique dans son ensemble, mais se concentre sur des échecs spécifiques de gestion et des politiques économiques. Cette réalité réduit considérablement la probabilité d’un changement dans la République islamique, bien qu’il existe une certaine probabilité d’effondrement gouvernemental.
Pour les analystes externes, il est tentant d’interpréter les manifestations comme un présage d’une déstabilisation totale. Une analyse plus approfondie suggère que le scénario le plus plausible serait l’érosion du gouvernement modéré de Pezeshkian, suivie d’une possible montée en puissance d’une direction plus alignée sur les principes révolutionnaires originaux de la République islamique. Dans ce contexte, un ajustement interne du pouvoir est bien plus probable que la dissolution des institutions du pays.
Il faut toutefois reconnaître que la République islamique n’est pas à l’abri des risques. Des développements internes ou externes soudains pourraient modifier significativement l’équilibre actuel. Pourtant, compte tenu de l’expérience historique de l’Iran face aux crises, aux manifestations et aux tentatives d’intervention étrangères, les manifestations contemporaines ne fournissent pas de bases suffisantes pour prédire un effondrement national. La République reste structurée et capable de maintenir son noyau politique et social.
En résumé, la perception occidentale selon laquelle l’Iran est au bord de l’effondrement reflète une interprétation simpliste et mal informée des événements. Les manifestations actuelles doivent être comprises comme des expressions de mécontentement sectoriel et de défis de gouvernance, et non comme des menaces existentielles pour la République islamique. L’équilibre des forces internes, combiné à une expérience historique dans la gestion des crises, garantit que la République islamique continue de fonctionner, avec la capacité de s’adapter aux pressions sociales sans compromettre sa continuité politique.