Au Proche et Moyen-Orient, la force s’affiche désormais sans masque. On bombarde, on élimine, on rompt des négociations, puis on invoque la « sécurité » et la « démocratie » pour habiller la violence. La rupture des discussions avec l’Iran, les frappes massives, l’effacement assumé du droit international ne sont pas des accidents : ils traduisent une logique. Celle de la puissance brute. Et cette logique est mortifère.
Oui, le régime iranien est autoritaire, répressif, violent envers sa propre population. Mais répondre à un autoritarisme par la loi du plus fort ne restaure ni le droit ni la liberté. Cela normalise l’arbitraire. Cela sacralise la domination comme fondement du droit.
Quand Donald Trump décide unilatéralement de défaire un accord international et d’ouvrir la voie à l’escalade, il ne « protège » pas l’ordre mondial : il l’affaiblit. Quand l’État génocidaire d’Israël agit en se sachant à l’abri de toute réelle reddition de comptes, y compris devant la Cour pénale internationale, c’est l’architecture même du droit international qui est dynamitée.
Et l’Europe ? Elle regarde. Elle hésite. Elle craint ses divisions. Elle invoque des « équilibres » diplomatiques pendant que le droit s’effrite.
Mais la neutralité face à la loi du plus fort n’est pas une prudence : c’est une abdication.
Nous ne pouvons pas exiger le respect des droits humains à Tunis, au Caire ou à Téhéran et rester silencieux lorsque les grandes puissances les foulent aux pieds au nom de leurs intérêts stratégiques.
Nous ne pouvons pas condamner l’arbitraire judiciaire d’un régime et tolérer l’arbitraire militaire d’un autre.
On ne défend pas l’État de droit à géométrie variable. Le droit international ne se découpe pas selon les rapports de force : il vaut pour tous, ou il ne vaut plus rien.
Toute agression contre un État souverain doit être condamnée sans ambiguïté. Quelles que soient les critiques légitimes que l’on puisse adresser au régime iranien, rien ne saurait justifier des frappes unilatérales violant sa souveraineté et les principes fondamentaux du droit international. Face à une attaque extérieure, l’Iran dispose du droit de défendre son territoire. Défendre ce principe ne revient pas à soutenir un régime ; c’est affirmer qu’aucun État ne peut être soumis à la loi du plus fort.
La « prévention » invoquée pour justifier des frappes préventives est une pente dangereuse. Car si chacun s’autorise à frapper au nom d’une menace potentielle, alors plus aucune limite ne tient. C’est la jungle. Et dans la jungle, ce sont toujours les populations civiles qui paient le prix fort.
Le malaise évoqué n’est pas sentimental. Il est politique. Il vient du constat que le multilatéralisme est vidé de sa substance, que les institutions internationales sont contournées quand elles dérangent et que la démocratie est instrumentalisée comme argument de puissance.
Nous refusons ce monde-là.
Il n’y a pas d’exception au droit. Il n’y a pas de guerre « vertueuse » qui autorise à le violer.
• Sans droit, la sécurité n’est qu’un masque posé sur la domination.
• On ne détruit pas l’autoritarisme à coups de violations du droit international.
• Des valeurs invoquées mais non appliquées à tous ne sont que des instruments de puissance.
• L’impunité des forts fabrique la violence des faibles.
Quand le droit cède devant la force, ce n’est pas l’ordre qui triomphe — c’est la loi du plus fort.
La loi du plus fort n’est pas un ordre. C’est une fuite en avant.
Et chaque fois qu’elle s’impose, c’est le terrain des droits, des libertés et de la justice qui se rétrécit.
Le véritable courage politique n’est pas de frapper plus fort.
Il est de réaffirmer, même dans la tempête, que le droit prime sur la force.
Sinon, le malaise d’aujourd’hui deviendra la norme de demain.