Droit de réponse : Texte de réponse aux accusations formulées par M. Elyes Kasri

Don Quichotte de la Manche (1605)

« Regarde là-bas, ami Sancho ! Voilà plus de trente géants démesurés à qui j’ai intention de livrer bataille et d’ôter la vie… — Ce sont des moulins à vent ! répliqua Sancho. — Qu’importent les moulins, répondit le chevalier, il faut y voir la main des enchanteurs ! »

— Miguel de Cervantes

Don Quichotte de la Diplomatie (2026)

« À chacune de mes analyses, votre logiciel de propagande convulse… Votre créature souffre d’un syndrome fatal, celui du néant matériel. Vous nous jetez au visage les tirades kilométriques d’un “Docteur” sorti tout droit de vos ordinateurs de la caserne des Pins Maritimes. »

— Elyes Kasri

Dans Don Quichotte de la Manche, Cervantès met en scène un chevalier qui prend des moulins à vent pour des géants et transforme une réalité ordinaire en bataille héroïque. Sancho Panza tente de le ramener aux faits, mais son maître préfère invoquer les enchanteurs pour expliquer ce qu’il croit voir.

Cette scène célèbre nous revient à l’esprit à la lecture de certaines polémiques contemporaines, notamment celle que mène M. Elyes Kasri dans son article publié sur Les Semeurs, le 23 octobre 2026, sous le titre : « Stéthoscope et pieds nickelés : l’imposture du “Dr Cherfouh” et de la DGDSE algérienne ».

Me voici donc placé dans une situation assez singulière : il ne s’agit plus seulement de discuter mes analyses, mais de répondre à un récit dans lequel je serais devenu un personnage d’une intrigue clandestine, un instrument de services secrets et le produit d’ordinateurs installés dans une caserne militaire.

La polémique aurait pu rester un échange d’arguments sur des questions politiques. Elle prend une autre tournure lorsque le contradicteur est transformé en personnage d’une histoire de manipulation et de guerre psychologique. Les accusations se multiplient, les qualificatifs s’accumulent et le vocabulaire médical devient une arme de dérision.

Je ne prétends évidemment pas que mes textes soient à l’abri de la critique. Toute opinion publiée peut être contestée, parfois vivement. Mais une critique gagne à s’appuyer sur des faits, des raisonnements et des arguments. Lorsqu’elle se transforme en succession d’attaques personnelles, il devient légitime d’examiner les mots employés et ce qu’ils démontrent réellement.

C’est précisément ce que je me propose de faire, en laissant les formulations de M. Kasri parler d’elles-mêmes.

I. Le grand complot du stéthoscope

Dans son article, M. Kasri ne se contente pas de contester mes analyses. Il les inscrit dans un scénario de guerre psychologique et m’associe à des services algériens.

Il écrit notamment :

« Messieurs les agents d’influence,

C’est toujours un spectacle fascinant que de voir les laboratoires de la guerre psychologique d’Alger s’agiter dès qu’une voix libre refuse de réciter leur catéchisme sécuritaire. À chacune de mes analyses sur la souveraineté tunisienne, votre logiciel de propagande convulse. Vous nous jetez alors au visage les tirades kilométriques d’un “Docteur” sorti tout droit de vos ordinateurs de la caserne des Pins Maritimes. »

Puis il annonce vouloir poser un « diagnostic clinique » sur cette prétendue tentative d’intimidation et évoque :

« L’imposture clinique du néant canadien »

Avant de conclure que ma « créature souffre d’un syndrome fatal, celui du néant matériel ».

Il faut reconnaître à ce récit une certaine ambition romanesque. Un médecin qui écrit depuis Montréal devient soudain un rouage d’un dispositif clandestin, relié à des laboratoires de guerre psychologique et à des ordinateurs militaires. Le désaccord politique prend ainsi les dimensions d’une opération secrète.

Mais où sont les éléments qui établiraient ce lien ? Quelles preuves accompagnent ces affirmations ? Quels faits permettent de passer de la contestation d’un article à l’accusation d’une manipulation organisée par des services de renseignement ?

La gravité d’une accusation ne se mesure pas à la force des adjectifs qui l’accompagnent. Elle se mesure aux éléments qui la fondent. À défaut de preuves, le scénario reste un scénario, aussi spectaculaire soit-il.

La question n’est donc pas de savoir si M. Kasri a le droit de critiquer mes textes. Bien entendu qu’il en a le droit. La question est de savoir si l’on peut remplacer la discussion d’un texte par l’évocation d’un dispositif clandestin dont l’existence n’est pas démontrée.

À ce stade, la lance de Don Quichotte est déjà sortie de son fourreau. Reste à savoir si elle vise un véritable géant ou simplement un moulin à vent.

II. Le robot médecin et les technologies secrètes d’ambassade

Suivons donc, un instant, la logique de M. Kasri jusqu’à ses ultimes conséquences.

Les services secrets algériens, saisis d’une panique stratégique devant l’invincible voix de l’ancien ambassadeur, auraient convoqué un comité de crise. L’ordre du jour serait particulièrement urgent : neutraliser cet adversaire redoutable qui ose publier des analyses contraires à celles de M. Kasri.

Après de longues délibérations, les stratèges auraient trouvé la parade : concevoir une arme cybernétique d’un genre nouveau, un « robot médecin » basé à Montréal, programmé spécialement pour rédiger des textes et des droits de réponse sur la page Facebook de M. Kasri.

Mais ce n’est pas tout. Pour affirmer avec autant d’assurance que « le fisc canadien ignore mon existence », il faudrait encore que notre enquêteur dispose de pouvoirs extraordinaires. Aurait-il mis au point un algorithme quantique digne de la NASA, capable de pénétrer les systèmes informatiques sécurisés de l’administration fiscale canadienne et d’y consulter les dossiers confidentiels de millions de contribuables ?

Et pourquoi s’arrêter là ? Notre enquêteur pourrait également posséder une caméra de surveillance révolutionnaire, dont lui seul détiendrait le secret, lui permettant de suivre les moindres faits et gestes de toute une population répartie sur un territoire immense.

Rappelons quelques ordres de grandeur : le Canada compte environ 41 millions d’habitants et s’étend sur près de 10 millions de kilomètres carrés. À Montréal, la seule organisation du déneigement mobilise des moyens considérables pour traiter un réseau municipal d’environ 11 000 kilomètres de rues et de trottoirs.

On imagine alors l’ampleur de la mission confiée à notre prétendu dispositif de surveillance : couvrir un pays de cette dimension, suivre les déplacements de ses habitants et ne rien laisser échapper, des rues de Montréal aux territoires les plus éloignés. Notre ancien ambassadeur serait ainsi devenu, sans que nous le sachions, un James Bond de la diplomatie tunisienne doté de technologies dont les services secrets eux-mêmes pourraient être jaloux.

Grâce à ces inventions imaginaires, il pourrait finalement décréter qu’un médecin n’existe pas, ou qu’il n’est que la fabrication d’un appareil de renseignement étranger.

Avouons que la fiction est fertile. Elle le serait davantage encore si elle était présentée comme telle, dans un roman d’espionnage humoristique. Mais lorsqu’elle sert à discréditer un contradicteur dans un débat politique, une question demeure : où sont les preuves ?

M. Kasri a parfaitement le droit de critiquer mes textes. Il peut en discuter le fond, contester mes analyses et démontrer mes erreurs. Ce sont les règles ordinaires de la controverse intellectuelle. En revanche, transformer un auteur en agent secret sur la seule base de ses écrits ne constitue pas une réfutation.

Que M. Kasri se rassure donc : Ottawa, tout comme Alger, a probablement d’autres priorités stratégiques que de surveiller les publications d’un médecin de Montréal sur Facebook.

III. L’identité professionnelle à géométrie variable

Il est pour le moins singulier de voir M. Kasri mettre en doute l'identité professionnelle d'un médecin au motif que son nom ne figurerait plus dans les listes des praticiens en activité.

Il semble oublier qu'un médecin qui a cessé son activité professionnelle ne figure plus nécessairement dans les annuaires destinés à recenser les praticiens en exercice. Il en va de même pour les médecins retraités, dont le nom peut disparaître des listes professionnelles actives sans que leur formation, leur diplôme ou leur parcours aient pour autant cessé d'exister.

Il faut également tenir compte des médecins diplômés à l'étranger qui attendent la reconnaissance de leurs titres et dont la situation administrative ne se confond pas avec celle des praticiens déjà autorisés à exercer. Une liste professionnelle répond à une fonction précise : elle ne constitue pas un registre universel de toutes les personnes ayant suivi des études de médecine ou exercé cette profession. À TITRE D’INFORMATION .

Dès lors, pourquoi appliquer à un médecin une conception aussi restrictive de l'identité professionnelle ?

La règle est pourtant simple : un médecin retraité reste celui qui a étudié et exercé la médecine ; un médecin en attente de reconnaissance reste titulaire de son parcours et de ses diplômes ; et un ancien diplomate doit pouvoir justifier les fonctions qu'il revendique.

Dès lors, assimiler l'absence d'un nom dans un annuaire de praticiens en activité à une preuve d'inexistence professionnelle révèle une méconnaissance de la réalité administrative. Un médecin retraité, comme un professionnel dont les titres sont encore en attente de reconnaissance, ne se trouve pas dans la même situation qu'un praticien autorisé à exercer.

L'identité professionnelle ne se fabrique pas à partir d'une recherche sur Internet. Elle s'établit par des documents, des diplômes, des décisions et un parcours vérifiable. Cette règle vaut pour le médecin comme pour le diplomate.

IV. Le spleen des anciens hauts fonctionnaires

En observant cette manière de transformer un désaccord en affrontement personnel, je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec une réflexion que j'ai développée dans mon article consacré au « spleen des anciens dirigeants ».

Du jour au lendemain, les fonctions officielles prennent fin, les portes qui s'ouvraient se referment et les marques de considération auxquelles on s'était habitué se font plus rares. L'ancien responsable doit alors retrouver sa place dans un monde où son titre ne suffit plus à lui garantir une audience.

Cette transition n'est pas nécessairement facile. Beaucoup d'anciens responsables continuent à contribuer utilement au débat public grâce à leur expérience. D'autres semblent éprouver davantage de difficultés à accepter que leur parole soit désormais soumise aux mêmes exigences contradictoires que celle de n'importe quel citoyen.

C'est dans cette perspective que j'interprète la posture adoptée par M. Kasri dans ses attaques personnelles. Au lieu de s'en tenir à la discussion des idées, il met en scène un affrontement dans lequel il occupe le rôle central : celui du diplomate solitaire confronté à de mystérieux appareils de propagande qui s'agiteraient contre lui.

Mais une question demeure : la notoriété passée d'un homme lui donne-t-elle le droit de disqualifier ses contradicteurs en leur attribuant des identités fictives et des intentions clandestines ?

L'expérience diplomatique, quelle qu'elle soit, ne dispense personne de répondre aux arguments. Elle ne transforme pas davantage les opinions personnelles en vérités incontestables. Et lorsqu'un ancien responsable entre dans une controverse publique, il accepte, comme tout autre auteur, que ses propos soient examinés, discutés et parfois sévèrement critiqués.

C'est là que réside le véritable enjeu. Il ne s'agit pas de contester à M. Kasri son droit à la parole, mais de rappeler que ce droit appartient également à ceux qu'il prend pour cible. La liberté d'expression ne peut être revendiquée pour soi tout en étant refusée, dans les faits, à ceux qui vous contredisent.

V. L'anthologie de Kasri : interdite aux moins de 18 ans et aux étudiants en diplomatie

Les attaques visant les médecins qui contredisent M. Kasri méritent également d'être examinées. Elles éclairent une autre dimension de sa manière de polémiquer : lorsqu'on ne se contente plus de contester une idée, on s'en prend à la personne qui l'exprime, à son statut ou à sa dignité.

La lecture de deux de ses textes permet de rapprocher les expressions employées contre un médecin tunisien et celles qui me sont personnellement adressées dans l'article des Semeurs du 23 octobre 2026.

1. Elyes Kasri — Les Semeurs, 23 octobre 2026

Expressions visant le Dr Cherfouh :

« spectre numérique » ; « agent d’influence » ; « logiciel de propagande » ; « Docteur sorti tout droit de vos ordinateurs de la caserne des Pins Maritimes » ; « votre créature souffre d’un syndrome fatal, celui du néant matériel » ; « médecin fantôme » ; « adresse IP » ; « profil de circonstance bricolé à la hâte » ; « citoyens canadiens imaginaires » ; « spectres de disques durs actionnés à distance » ; « votre automate » ; « Monsieur le “Docteur” en chambre » ; « votre cabinet fantôme » ; « cliniquement désespéré » ; « une pathologie incurable » ; « une absence totale de moelle républicaine » ; « une dépendance terminale aux télégrammes cryptés de sa hiérarchie » ; « un traitement de charlatans » ; « votre ectoplasme médical, débranchez-le ».

Accusations connexes : association à la DGDSE algérienne ; prétendue fabrication de votre identité par des services algériens ; volonté supposée de manipuler l’opinion tunisienne.

2. Elyes Kasri — Dr Knock (1), sauce chakchouka

Expressions visant le médecin tunisien :

« le naufrage régulier d’un certain médecin » ; « l’imposture éclate dès les premières lignes » ; « un interne en première année confronté à une carte d’état-major » ; « ce commentateur du dimanche » ; « la profondeur conceptuelle d’un pilier de comptoir » ; « khawakhawanomane » ; « khawakhawanomanie aiguë » ; « cette manie lâche » ; « l’aplatissement intellectuel » ; « le fatalisme pitoyable d’un chauffeur de taxi clandestin » ; « cet invertébré » ; « ce médecin de salon » ; « un délire macroéconomique de basse-cour » ; « notre khawakhawanomane national » ; « ce polygraphe de caniveau » ; « cet hurluberlu » ; « l’intrus » ; « sa seule spécialité : la logorrhée indignée » ; « son incompréhension […] totale, flagrante et incurable » ; « ce cuistre » ; « une crise d’écriture compulsive » ; « le dilettante aux abois » ; « un évident désordre intérieur » ; « une instabilité personnelle qui confine au cas d’école » ; « ses délires » ; « une décence que ce monsieur n’a manifestement jamais acquise » ; « ses ordonnances périmées » ; « un ego surdimensionné » ; « une insulte permanente pour l’intelligence de ceux qui ont le malheur de le lire ».

Voilà donc une anthologie qui pourrait presque être accompagnée d'un avertissement : interdite aux moins de 18 ans et déconseillée aux étudiants en diplomatie !

Voilà , ce n’est pas difficile d’humilier quelqu’un : il suffit simplement de répéter ce qu’il a écrit !

« Le fatalisme pitoyable d’un chauffeur de taxi clandestin » dixit Mr Kasri envers le médecin tunisien .

Au-delà de la satire, ce rapprochement met en évidence un procédé récurrent : plutôt que de discuter les arguments d'un médecin qui le contredit, M. Kasri s'attarde sur sa profession, le rabaisse par des comparaisons méprisantes et emprunte au vocabulaire médical pour tourner son adversaire en dérision.

Le problème n'est évidemment pas la profession de chauffeur de taxi. Il n'y a aucune honte à exercer ce métier, pas plus qu'il n'y a de hiérarchie morale entre les personnes fondée sur leur profession. Ce qui mérite d'être interrogé, c'est l'utilisation d'une telle comparaison pour rabaisser un contradicteur.

Un argument se réfute par un autre argument. Une analyse se conteste en examinant les faits, les raisonnements et les conclusions sur lesquels elle repose. Mais le recours au mépris professionnel ne démontre rien sur la validité d'une thèse.

Il produit seulement un effet de scène : l'auteur de l'attaque cherche à prendre l'ascendant sur son interlocuteur en le plaçant symboliquement au-dessous de lui. L'ancien diplomate, le médecin, le journaliste ou le simple citoyen devraient pourtant pouvoir se retrouver sur le même terrain : celui de la discussion.

Je ne demande pas à M. Kasri de ménager ses contradicteurs ni de leur accorder son approbation. Je lui demande simplement de discuter leurs propos sans transformer leur personne en cible.

Il y a d'ailleurs une ironie particulière à voir un ancien représentant de la diplomatie recourir à des comparaisons destinées à rabaisser autrui. La diplomatie est précisément un domaine dans lequel la maîtrise du langage, la retenue et la capacité à traiter avec des interlocuteurs différents sont des qualités essentielles. Le titre diplomatique ne garantit pas, à lui seul, la hauteur du débat.

On pourrait répondre à ces attaques par une longue dissertation sur les règles de la polémique. Mais parfois, il suffit de reproduire les mots employés pour que le lecteur en mesure lui-même la portée.

C'est dans cet esprit que je retiens cette formule :

« Vous voyez, Monsieur Kasri, ce n'est en effet pas difficile d'humilier quelqu'un. Il suffit simplement de répéter ce qu'il a écrit ! »

Cette phrase ne prétend pas établir un jugement définitif sur l'homme. Elle attire l'attention sur ses propres écrits et sur l'effet qu'ils produisent lorsqu'on les relit sans les effets de manche qui les accompagnent.

VI. Les accusations à l'épreuve des faits

Il faut maintenant revenir à la question essentielle : que démontrent réellement les accusations formulées dans l'article des Semeurs ?

M. Kasri me présente comme un instrument de services secrets, évoque la DGDSE algérienne, parle d'ordinateurs militaires et transforme mon profil en objet d'« autopsie ». Ce sont des affirmations graves, qui dépassent largement la critique d'un texte ou d'une position politique.

Or une accusation de cette nature ne peut reposer sur une succession de formules spectaculaires. Elle appelle des éléments vérifiables. À défaut, le lecteur est invité à accepter un récit sans disposer des moyens d'en contrôler les fondements.

C'est précisément pour éviter que la controverse ne se réduise à un échange d'affirmations contradictoires que j'ai transmis des documents justificatifs à la rédaction des Semeurs. Je l'ai fait à titre strictement confidentiel, pour sa seule consultation et aux fins de vérification. Cette démarche ne vaut pas autorisation de publier ces documents ni de les communiquer à des tiers. Elle vise simplement à permettre à la rédaction d'examiner les éléments nécessaires, sans exposer publiquement des informations personnelles qui n'ont pas à l'être.

J'ai également préparé un droit de réponse distinct. Son objet est de répondre aux accusations qui me concernent directement et de rétablir les faits. Le présent article poursuit une autre démarche : il examine les procédés de la polémique et les conséquences qu'ils peuvent avoir sur la qualité du débat public.

Il ne s'agit donc pas de substituer une accusation à une autre, ni de construire un dossier à charge en sélectionnant quelques formules choquantes. Il s'agit de confronter les propos à ce qu'ils établissent réellement.

La satire peut grossir les traits d'un discours pour en révéler les contradictions. Mais elle ne doit pas remplacer l'examen des faits. C'est précisément cette combinaison — citations, analyse et ironie — qui permettra au lecteur de se faire sa propre opinion.

VII. Retour à Cervantès : la lance, le clavier et les géants

Nous voici revenus à Don Quichotte.

Chez Cervantès, le chevalier se lance dans des combats où sa représentation du monde l'emporte sur ce qu'il a sous les yeux. Sancho tente de lui rappeler la réalité, mais son maître préfère invoquer les enchanteurs pour expliquer pourquoi les choses ne sont pas ce qu'il croit qu'elles sont.

La comparaison avec notre « Don Quichotte de la diplomatie » se construit autour de ce mécanisme littéraire. Dans la polémique qui nous occupe, le clavier tient lieu de lance, la page Facebook de champ de bataille et le contradicteur ordinaire devient un adversaire investi d'une puissance clandestine considérable.

Le médecin qui écrit à Montréal n'est plus simplement un auteur dont on peut discuter les positions. Il devient, dans le récit de M. Kasri, une créature des services secrets, un rouage d'une guerre psychologique et le produit d'ordinateurs militaires.

Il y a là une disproportion qui prête à la satire. Si chaque contradiction doit être interprétée comme une opération secrète, alors chaque désaccord devient un complot, chaque réponse un indice et chaque contradicteur un agent potentiel. Le débat public finit par disparaître derrière les personnages que chacun invente pour expliquer les intentions de l'autre.

Mais contrairement au chevalier de Cervantès, qui appartient à une œuvre littéraire, M. Kasri intervient dans un espace public réel. Ses accusations portent sur des personnes réelles et sont susceptibles d'affecter leur réputation. Il est donc légitime de demander que les affirmations graves soient accompagnées d'éléments vérifiables.

La liberté de critiquer est entière. Celle d'imaginer des scénarios l'est également, à condition de ne pas présenter comme établies des accusations qui ne sont pas démontrées. Entre la fiction et l'affirmation publique, il existe une différence que le langage diplomatique devrait aider à préserver.

Je n'ai jamais prétendu que mes textes étaient à l'abri de la critique. Je ne demande ni immunité intellectuelle ni traitement de faveur. Je revendique simplement le droit de répondre aux arguments par des arguments, et de relever par l'ironie les excès d'une polémique qui s'éloigne des faits.

Quant à M. Kasri, il demeure libre de poursuivre ses combats au clavier. Mais encore faudrait-il que sa lance imaginaire ne transforme pas chaque auteur qui le contredit en géant menaçant ou en agent d'une puissance occulte.

Don Quichotte nous rappelle, depuis Cervantès, combien l'imagination peut remodeler le monde à l'image de nos propres convictions. La leçon n'est pas qu'il faudrait renoncer à combattre les injustices ou à défendre ses idées. Elle est qu'avant de charger, il convient encore de regarder ce que l'on a devant soi.

VIII. En attendant le prix Nobel de littérature

Au terme de cette démonstration, une certitude s'impose : face à tant de prose romanesque, M. Kasri ne boxe plus dans la catégorie des analystes politiques, mais dans celle des grands visionnaires de la fiction contemporaine.

Comment ne pas recommander l'œuvre de cet ancien ambassadeur aux plus illustres comités de Stockholm ? Avec ses deux chefs-d'œuvre incontestables — Dr Knock (1) sauce chakchouka : Chronique d'un stéthoscope égaré : Du cabinet au délire géopolitique et Stéthoscope et pieds nickelés : l'imposture du « Dr Cherfouh » et de la DGDSE algérienne —, il vient d'ouvrir une voie royale.

Nul doute que ces pamphlets d'une rare subtilité traverseront les siècles, rejoindront la pléiade des immortels et lui vaudront, à n'en point douter, le prochain prix Nobel de littérature pour services rendus à la science-fiction burlesque.

En attendant que la postérité s'empare de son génie, nous continuerons pour notre part à jouir de notre retraite paisible, loin des feux de la rampe et des projections grandioses que seuls quelques rares illustres comme M. Kasri savent apprécier à leur juste mesure.

Les faits têtus ont cela de bon qu'ils n'ont cure des romans de gare.

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