Ratko Mladić : la mort d’un criminel de guerre condamné, la survie d’une idéologie

Il n’y a rien de troublant dans la mort de Ratko Mladić, criminel de guerre condamné. Ce qui est profondément troublant, en revanche, c’est la réaction qu’a suscitée sa mort — en particulier au sein d’une partie des élites politiques, intellectuelles et sociales de Serbie, y compris certains secteurs du mouvement étudiant. Les appels à des obsèques d’État, les drapeaux mis en berne et la glorification publique de Mladić révèlent que sa mort n’est pas traitée simplement comme le décès d’un criminel de guerre condamné. Elle est au contraire utilisée par certains comme une occasion de raviver et de réaffirmer le mythe de Mladić en héros national.

Sa mort a ainsi mis au jour quelque chose de bien plus profond : la Serbie ne s’est jamais véritablement réconciliée avec la défaite des politiques qui ont conduit aux guerres des années 1990, ni avec leurs conséquences. Plutôt que d’examiner de façon critique ces politiques, la responsabilité qui en découle et l’énorme coût humain et politique qu’elles ont engendrés, une part importante de la société serbe continue d’adhérer à un récit dans lequel les guerres sont présentées comme une injustice historique faite aux Serbes, tandis que ceux qui les ont menées sont présentés comme des hommes ayant « combattu pour la liberté du peuple serbe ».

Cette idéologie n’a disparu ni avec Slobodan Milošević, ni avec les jugements du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Elle a survécu à l’un comme à l’autre. La réaction à la mort de Mladić démontre qu’elle demeure profondément ancrée dans la conscience politique et sociale de la Serbie et continue de façonner la manière dont une partie importante de la société comprend son passé récent.

Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est que ce récit trouve un écho au sein d’une partie de la jeune génération qui se considère pourtant porteuse du changement démocratique. Cela révèle à quel point les schémas de pensée nationalistes demeurent enracinés, et combien le processus serbe de confrontation avec son passé reste inachevé. Un changement politique ne peut à lui seul constituer une transformation démocratique si les fondements idéologiques de l’ordre précédent restent intacts.

La Serbie ne peut bâtir une identité démocratique stable sans reconnaître que les guerres des années 1990 n’ont pas été le simple résultat de circonstances extérieures ou d’une injustice historique, mais aussi la conséquence de politiques menées depuis Belgrade visant à redéfinir les frontières et la position politique des Serbes au sein de l’ex-Yougoslavie.

Une véritable démocratisation exige donc davantage qu’un changement de gouvernement. Elle exige une rupture fondamentale avec l’idéologie qui a justifié la guerre, l’expansion territoriale et la violence au nom de la nation serbe.

La question la plus importante que soulève la mort de Mladić n’est donc pas de savoir quel type d’obsèques il recevra, mais ce que sa glorification révèle de la société qui demeure. Un criminel de guerre peut mourir, tandis que l’idéologie qui a fait de lui un héros lui survit. C’est là le véritable défi auquel la Serbie continue de faire face.

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