Dialogue de sourds

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Depuis 13 semaines le peuple algérien a entamé une véritable révolution pacifique, avec des objectifs, des revendications et des mots d'ordre de plus en plus précis et de plus en plus exigeants.

Depuis 13 semaines, de tergiversations en louvoiements, le pouvoir tente d'éviter de répondre positivement aux revendications populaires, un vrai dialogue de sourds et chacun campe sur ses positions. Le peuple réclame le départ de tous les complices du clan Bouteflika, le renoncement à une élection jugée insincère, la mise en place d’une instance de transition qui sera chargée d’organiser des élections propres et de mettre en place une instance chargée de rédiger une nouvelle constitution.

Le système, représenté par Gaïd Salah s’accroche à l’article 102 de la constitution qui garantit sa pérennité et tente par une série d’artifices de calmer le peuple. Un peuple bien décidé à reconquérir sa souveraineté, trop longtemps confisquée, malgré les efforts des services de sécurité qui se comportent en véritable force d’occupation, brutalisant les manifestants et empêchant les algériens de circuler librement, chez eux.

Les propositions de sortie de crise, présentées par la société civile, ne semblent pas intéresser le pouvoir en place qui s’accroche à sa feuille de route, dans une fuite en avant délétère et continue à faire la sourde oreille.

Et pourtant tout indique que le peuple est bien décidé à aller jusqu’au bout, malgré la brutalité et les arrestations. Parmi les mots d’ordre de ce 13ème vendredi de mobilisation, une réponse à Benflis, qui propose au peuple de négocier avec l’armée : « Ni dialogue, ni élections, jusqu’à l’éviction de tous les symboles et de tous les résidus du système Bouteflika ».

Encore un qui ne semble pas avoir compris le sens de l’article 7 de la constitution, ou qui ignore la signification du mot « souverain », étonnant pour un homme politique de cette stature, car il faut rappeler que Benflis a été ministre de la justice et chef de gouvernement sous Bouteflika, puis candidat (lièvre) à plusieurs présidentielles.

Faut-il rappeler l’article 7 de la constitution ? « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple ». Ou faut-il rappeler à toutes ces personnes qui nous dirigent, bien malgré nous, le sens du mot souveraineté ?

Parmi les mots d’ordre de ce 13ème vendredi de mobilisation, « état civil pas militaire », ou « état civil, non policier », Gaïd Salah en prend aussi pour son grade qualifié de chef de la mafia, il est prié de dégager avec tous les autres. Les habituels « vous avez pillé le pays, bande de voleurs », l’Algérie est une « république, pas un royaume » et bien d’autres joyeusetés.

La planète entière a les yeux rivés sur l’Algérie et attend de connaître l’issue de cette révolution de la bonne humeur et de la courtoisie, car tout le monde sait que l’élection présidentielle ne peut raisonnablement pas se tenir le 4 juillet, comme annoncé.

Elle ne peut pas se tenir, d’abord parce que le peuple souverain n’en veut pas et que Gaïd Salah devrait renoncer à ce projet fou d’imposer au peuple un président contre sa volonté. Ensuite parce que nombre d’élus et de magistrats refusent de cautionner la mascarade, de fournir les signatures indispensables et d’organiser, ou de superviser l’élection ; et le délai court…

Date limite de dépôt des candidatures : le 19 mai, soit dans 2 jours. Et récolter 600 signatures d’élus ou 60.000 parrainages de citoyens dans un délai aussi court relève de la gageure.

L’histoire retiendra contre ce pouvoir inique que pour ce 13ème vendredi, les forces de l’ordre ont reçu l’ordre de réprimer, ont fait un usage abusif des gaz lacrymogènes et ont multiplié les arrestations. Mais gageons qu’il en faut plus pour décourager le peuple algérien qui en a vu d’autres et qui maintient le cap, malgré la répression.

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