D'où parlez-vous, camarade ? Nous sommes ancrés dans l'histoire, on n'est pas tombé de la dernière pluie, et notre avenir, GW, est meilleur.
La figure ci-dessous, extraite d'un travail en cours tombant à pic avec l'actualité, (après la permission de mon coauteur) présente une représentation conceptuelle des positions institutionnelles du Danemark, de la Tunisie et de l'Algérie selon deux axes : la capacité de gouvernance et l'érosion institutionnelle. Le Danemark se situe dans la zone de confiance élevée, caractérisée par une gouvernance solide et une érosion institutionnelle limitée. La Tunisie occupe une position intermédiaire, reflétant une capacité institutionnelle et une participation citoyenne relativement fortes malgré des faiblesses structurelles persistantes. L'Algérie, en revanche, se situe dans la zone clientéliste, où une capacité de gouvernance plus faible et une érosion institutionnelle plus importante limitent la performance institutionnelle.
Au-delà des caractéristiques institutionnelles, la figure reflète également un équilibre sous-jacent d'économie politique. Le modèle de gouvernance algérien repose sur un réseau d'acteurs dont les intérêts économiques et politiques sont étroitement liés à la répartition actuelle des rentes d'hydrocarbures. Les entreprises publiques, certains segments de la bureaucratie, les entreprises proches du pouvoir et d'autres groupes bénéficiaires sont relativement peu incités à soutenir des réformes visant à accroître la concurrence, à décentraliser la prise de décision ou à réduire le contrôle de l'État sur l'allocation des ressources. Par conséquent, les réformes structurelles se heurtent non seulement à des obstacles administratifs, mais aussi à la résistance politique de groupes d'intérêts cherchant à préserver les rentes existantes. Cette interaction entre centralisation institutionnelle et recherche de rentes contribue à la persistance de l'équilibre clientéliste illustré par la figure 1.
La figure illustre donc que la principale distinction entre la Tunisie et l'Algérie n'est pas seulement politique, mais institutionnelle. Comparée à l'Algérie, la Tunisie possède des structures de gouvernance plus diversifiées et une plus grande adaptabilité institutionnelle. Le modèle de gouvernance plus centralisé de l'Algérie, combiné à sa dépendance persistante aux rentes d'hydrocarbures, a contribué à la rigidité institutionnelle et a réduit les incitations à la modernisation administrative, à la diversification économique et à l'innovation politique.
Cette configuration institutionnelle comporte d'importants risques à long terme. A mesure que la concurrence mondiale s'intensifie et que l'économie internationale est de plus en plus façonnée par les mutations technologiques et la transition énergétique, la rigidité institutionnelle pourrait devenir un frein croissant à la productivité, à la compétitivité et à la croissance durable. La figure suggère donc que, pour réduire l’écart institutionnel avec la Tunisie et, à terme, avec des systèmes performants comme le Danemark, il faudra entreprendre des réformes structurelles progressives.
Par conséquent, la viabilité à long terme de l'Algérie dépend non seulement de la diversification de son économie, mais aussi de sa capacité à surmonter les contraintes politico-économiques qui entravent les réformes institutionnelles.
Sans l'émergence progressive de coalitions réformatrices plus larges, capables de contrebalancer les intérêts particuliers, l'équilibre institutionnel illustré par la figure 1 risque de devenir de plus en plus coûteux, les rentes tirées des hydrocarbures étant de moins en moins à même de soutenir la croissance et la stabilité sociale.
Nb: J'ai évité de m'étendre sur un long segment montrant que la Tunisie fut la première société de la région à mettre un pied dans la modernité.