La création d’un Conseil de la paix en marge des Nations unies ne relève ni de l’audace institutionnelle ni d’un sursaut diplomatique inspiré. Elle traduit plutôt une volonté délibérée de s’affranchir d’un cadre multilatéral jugé encombrant, au moment même où celui-ci rappelle, parfois maladroitement mais obstinément, l’existence du droit et de la responsabilité collective.
L’initiative surgit dans un contexte où, à Gaza, les nuits sont encore rythmées par les bombardements, où des familles entières vivent sous la menace permanente et où un véritable cessez-le-feu peine à se traduire en réalité tangible. Cette dissonance entre le discours et les faits confère à l’entreprise une tonalité troublante et presque irréelle.
Donald Trump, promoteur central de ce dispositif, s’y présente moins comme un chef d’État soucieux d’équilibres durables que comme un gestionnaire abrupt des rapports de force, convaincu que le monde se gouverne comme un accord financier. Sa diplomatie est directe, brutale, volontiers provocatrice qui laisse peu de place à la nuance.
Dans cette logique, la paix n’est pas un horizon moral mais un arrangement temporaire, réversible, subordonné aux intérêts immédiats. Dès lors, la poursuite des opérations militaires à Gaza, en dépit des annonces et des "plans", n’apparaît plus comme une contradiction, mais comme la conséquence presque mécanique d’une vision où le conflit est contenu mais jamais véritablement résolu.
La participation de plusieurs États arabes à cette initiative ajoute une couche supplémentaire de malaise. Présentée comme un acte de réalisme diplomatique, elle ressemble davantage à une acceptation résignée d’un cadre imposé, dont les règles n’ont pas été écrites par ceux qui en subiront les conséquences.
En s’associant à un mécanisme privé de mandat international clair, ces pays prennent le risque de voir la question palestinienne se dissoudre un peu plus dans un langage technocratique de "stabilisation" et de "gestion de crise", loin des aspirations très concrètes d’un peuple à la sécurité, à la dignité et à la justice.
À cette dimension géopolitique s’ajoute une tonalité idéologique plus inquiétante. Le discours de Trump, nourri par certaines mouvances sionistes et évangéliques radicales, tend à sacraliser le conflit. En se présentant comme investi d’une mission quasi divine, il introduit une lecture binaire du monde, où l’histoire devient prophétie et où l’ennemi est désigné autant sur le plan spirituel que politique. Ce glissement, lourd de conséquences, fige les positions et éloigne un peu plus la perspective d’une solution fondée sur le compromis et la reconnaissance mutuelle.
Quant à l’avenir, il se dessine dans des teintes sombres et incertaines. Gaza semble condamnée à une succession de trêves fragiles, de reconstructions sous condition et de vies suspendues à des décisions prises ailleurs.
L’évocation, par le passé, du Groenland comme d’un simple objet de transaction n’était pas une boutade isolée, mais le révélateur d’une vision utilitariste de la souveraineté, où les territoires se réduisent à leur valeur stratégique. En arrière-plan, la rivalité entre les États-Unis, l’Europe, la Russie et la Chine redessine patiemment les lignes de fracture: l’Ukraine, le Moyen-Orient, l’Iran et l’Arctique deviennent les scènes d’un affrontement global où les principes peinent à rivaliser avec les intérêts.
En définitive, ce Conseil de la paix apparaît moins comme une réponse aux insuffisances du système international que comme le symptôme de son épuisement progressif. Il incarne un monde où les institutions communes cèdent le pas à des coalitions circonstancielles, où la force s’exprime plus facilement que le droit et où la paix se proclame sans toujours se traduire dans la vie des hommes.
Dans cet ordre incertain, le peuple palestinien demeure, une fois encore, au cœur d’un paradoxe cruel; invoqué dans les discours, mais trop souvent oublié dans les décisions qui engagent son avenir.