La Tunisie : Un pays en lequel de grands débats théologiques ont eu lieu

La Tunisie, en laquelle on observe une crispation autour de la question religieuse (aussi bien du côté des partisans du retour à l'islam que de leurs adversaires), est pourtant un pays en lequel de grands débats théologiques ont eu lieu. Il le fallait par exemple pour que l'empire fatimide, de confession chiite, prenne son essor chez nous avant de s'installer en Égypte. Car on ne change pas de religion aussi facilement, sur un simple signe de la main du prince.

Après le retour au sunnisme, quelques siècles plus tard, le réformisme a connu chez nous une dynamique particulière. C'était l'époque de Kheireddine Pacha. L'arrivée des Français, peu de temps après, a sans doute stoppé cette dynamique qui s'était donnée une dimension politique, en ayant souvent le souci de faire rimer la lecture nouvelle de la tradition avec l'impératif de reconsidérer le droit du citoyen tunisien à la dignité. L'œuvre d'un Tahar Ben Achour s'inscrit dans cette lignée, et son impact intellectuel déborde largement les limites de nos frontières.

Mais, bien avant, à l'époque chrétienne, d'autres querelles ont marqué l'histoire tunisienne. Rappelons que les Vandales, qui s'étaient installés à Carthage après l'effondrement de l'empire romain, étaient adeptes de l'arianisme. Donc d'une conception qui contestaient l'identité absolue du Père et du Fils, telle qu'enseignée par les catholiques. Quand les Byzantins reprennent le pouvoir en Tunisie, ce n'était pas seulement pour récupérer un territoire perdu par Rome : c'était aussi pour contrer une version du christianisme que la puissance des Vandales à travers la Méditerranée rendait sérieusement menaçante. Carthage était en effet devenue une sorte de capitale de l'arianisme.

Quelques siècles auparavant, et toujours sous nos cieux, le catholicisme avait eu maille à partir avec une autre aventure théologique concurrente : le donatisme. Saint Augustin en a laissé de clairs témoignages, comme il en a laissé d'ailleurs au sujet de l'arianisme, puisqu'il les a tous deux combattus.

Mais l'introduction même du christianisme, à l'époque romaine, avait dû animer les esprits et secouer les léthargies. Il a pu en être de même à l'arrivée de l'islam.

Qu'est-ce qui fait que, malgré cet héritage que certains pourraient nous envier, nous soyons si timorés, si prisonniers d'une conception figée du religieux, que ce soit, encore une fois, du côté des esprits islamisants ou de celui des esprits "modernes" ? Serait-ce que l'excès de changements nous aurait rendus accros à la "stabilité" ?

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