Des crises récurrentes en Tunisie, une opportunité pour les chercheurs et décideurs

Au cours de la dernière décennie, la Tunisie a été exposée à de multiples chocs majeurs, notamment la pandémie de COVID-19, les conséquences de la guerre russo-ukrainienne, des phénomènes climatiques extrêmes récurrents (sécheresses, inondations ponctuelles et vagues de chaleur de plus en plus fréquentes) et des pressions croissantes sur les infrastructures publiques stratégiques telles que le réseau électrique national de la STEG. Si chacun de ces chocs a suscité une attention particulière, ils sont rarement analysés comme des phénomènes interconnectés révélant une fragilité structurelle plus profonde au sein de l'économie tunisienne.

Mon propos part d'un constat simple : la gravité de ces crises est déterminée non seulement par l'ampleur des chocs eux-mêmes, mais aussi par la résilience politique, institutionnelle et économique sous-jacente du pays. En Tunisie, les perturbations externes se propagent fréquemment à travers de multiples secteurs, transformant les chocs sanitaires, géopolitiques, climatiques ou énergétiques en crises budgétaires, sociales et politiques. Comprendre ces mécanismes de transmission est essentiel pour concevoir des politiques qui renforcent la résilience à long terme plutôt que de simplement réagir aux urgences successives.

Il conviendrait ici de développer un cadre d'analyse d'économie politique global pour étudier la fragilité structurelle de l'économie tunisienne. Plutôt que d'étudier les chocs isolément, il s'agirait d'examiner comment les perturbations externes interagissent avec les contraintes institutionnelles, les vulnérabilités budgétaires, les faiblesses des infrastructures et la dynamique de gouvernance pour générer des effets en cascade à travers l'économie.

Là, il est possible de montrer que les chocs externes restent rarement confinés aux secteurs où ils se produisent. Au contraire, ils se propagent à travers un réseau d'interdépendances économiques et institutionnelles, de sorte qu'une crise sanitaire, un conflit géopolitique ou un événement climatique évolue progressivement en une crise énergétique, budgétaire, financière, sociale et, finalement, politique.

Au-delà de l'approfondissement des connaissances académiques sur la fragilité économique structurelle de la Tunisie, il s’agirait de fournir des outils d'aide à la décision concrets pour renforcer la gouvernance économique et la planification stratégique en Tunisie ; i.e., un cadre opérationnel pour identifier les vulnérabilités critiques dans les secteurs de l'énergie, de l'eau, de l'alimentation, des transports, de la santé et des finances publiques, ainsi qu'un ‘’Indice de fragilité économique structurelle (IFES) permettant aux décideurs politiques de suivre l'évolution des risques systémiques.

Il s’agit aussi d’élaborer :

(1) Une cartographie nationale de la transmission des risques en cascade, identifiant comment les chocs provenant d'un secteur se propagent dans l'ensemble de l'économie et où les interventions politiques sont susceptibles d'être les plus efficaces ;

(2) un tableau de bord d'alerte précoce mettant en évidence les vulnérabilités émergentes avant qu'elles ne dégénèrent en crises systémiques, ainsi

(3) qu'une série de simulations basées sur des scénarios évaluant les impacts économiques et budgétaires de différents chocs, tels que des vagues de chaleur prolongées, des sécheresses, des perturbations de l'approvisionnement énergétique, des flambées des prix mondiaux des matières premières et des chocs financiers externes.

Enfin, absolument convaincu de cette approche, je crois que les recommandations politiques devraient être fondées sur des données concrètes (et pas un discours inspiré de l'instant), en priorisant les investissements dans les infrastructures, les réformes institutionnelles, les stratégies de gestion des risques budgétaires et les mécanismes de coordination intersectorielle en fonction de leur contribution attendue à la résilience nationale.

L’ensemble de ces résultats permettrait de passer d’une gestion réactive des crises à une planification proactive de la résilience, améliorant ainsi l’allocation des ressources, la priorisation des investissements et la capacité du pays à anticiper, absorber et se remettre des chocs futurs, sinon on demeurerait toujours en dehors de la littérature et des expériences internationales.

Nb : ceci est une note méthodologique, proposant une recherche pour les économistes, spécialisés dans l’économie politique de la macroéconomie institutionnelle.

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