Réflexion très en marge de nos actualités racialistes…

C’est vrai qu’il y a pour chaque religion un risque de perdre son âme en voulant ressembler à telle ou telle des autres. Mais c’est aussi vrai que c’est en allant à la rencontre des autres qu’elle retrouve ce qu’il y a de plus vivant en elle.

Et c’est parce qu’il en est ainsi que, pour autant que l’âge qui vient saura réinventer sa propre spiritualité, le chantier qui attend l’homme de demain consistera à mettre les religions au contact les unes des autres, non pas pour se persuader qu’elles s’annulent et qu’elles appartiennent désormais à un autre âge, selon la croyance de certaines « Lumières », ni encore moins pour faire triompher l'une d'entre elles au détriment des autres, mais pour obtenir de chacune qu’elle renoue avec l’universalité de sa propre source au moment où elle s’ouvre à l’universalité de celle de l’autre et à la promesse qu’elle continue de receler pour l’avenir.

Bien sûr, il ne faut pas s’attendre de l’ancienne théologie qu’elle joue dans ce domaine un rôle de pionnier. Sa posture conservatrice lui fera toujours assimiler le mouvement de rapprochement avec l’autre religion comme un début de trahison, comme le signe avant-coureur d’une dilution de soi dans la fadeur du général.

Elle sera d’autant plus confortée dans cette position qu’il existe aujourd’hui un courant de pensée dont le but est de liquider les religions en ayant l’air de vouloir les protéger toutes, et que ce courant de pensée n’est pas un courant parmi d’autres : il est l’expression d’une pensée dominante à vocation normative. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le théologien du passé peut se présenter à nous à la fois comme le gardien du temple des anciennes traditions et comme une nouvelle figure de l’insurgé contre l’ordre établi. Double fonction qu’il assume mais qui constitue pour lui un véritable piège narcissique.

C’est de ce piège qu’il doit d’abord se défier s’il veut se libérer de la posture conservatrice qui le condamne à la mésintelligence, du moins dès qu’il s’agit d’envisager la possibilité dont nous parlons : celle d’un rajeunissement et d’un renouvellement de soi des religions à la faveur de l’élan qui les fait aller au-devant des autres.

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