« De quel camp êtes vous ? Anatomie d’un débat explosif »

Si la guerre en cours présente deux camps dont l’identité est claire, à savoir le duo américano-israélien d’un côté, l’Iran de l’autre côté, il n’en est pas de même de l’autre guerre qui se déroule sur les réseaux sociaux et dans les discussions de famille ou entre amis. Là, les « belligérants » sont plus nombreux et affichent des profils moins contrastés. Essayons quand même d’en dresser un tableau schématique pour y voir plus clair.

Tout d’abord, il y a le camp, peut-être majoritaire, de ceux pour qui l’ennemi de mon ennemi est mon ami, peu importent les détails qui le concernent.

En second lieu, il y a ceux qui ajoutent à la considération qui précède une admiration pour le régime iranien : un régime, disent-ils, qui a le mérite de constituer un rempart contre l’hégémonie occidentale au Moyen-Orient depuis des décennies et qui mobilise pour cela l’héritage d’une civilisation millénaire, celle de l’ancienne Perse. Dans ce camp se trouvent des gens dont les penchants vont vers un certain nationalisme arabe et qui, paradoxalement, accordent leurs faveurs au régime d’un pays qui n’est pas arabe et qui, de plus, est d’obédience religieuse. Ce qui s’explique par le fait que l’Iran soutient, ou en tout cas a soutenu dans le passé, des régimes arabes opposés à l’influence occidentale dans la région, et qu’il a mis sa ferveur religieuse au service de cette cause particulière.

En troisième lieu se trouvent les gens qui accordent leur soutien à l’Iran mais qui regrettent que ce pays ait certaines choses à se reprocher : son chiisme pour les adeptes de l’orthodoxie sunnite, son fanatisme religieux pour les partisans de la laïcité en politique, ses coutumes contraires aux droits de l’homme en général et aux droits des femmes en particulier pour tous ceux qui voient dans le respect de ces valeurs un critère décisif dans l’appréciation des gouvernements politiques et à qui les médias occidentaux font régulièrement parvenir l’écho de manquements.

Puis arrivent, en quatrième lieu, ceux pour qui les reproches en question ne sont pas excusés parce qu’ils n’y voient pas des détails sans grande importance, mais au contraire des périls d’autant plus menaçants qu’ils ne sont pas pris suffisamment en considération par la masse des gens. Ceux-là, sans vouer de sympathie pour le couple américano-israélien, ne voient pas d’un mauvais œil les mésaventures actuelles de l’Iran. Du reste, se disent-ils, si ces deux belligérants pouvaient se détruire l’un l’autre, ce serait un service rendu à tout le monde, et à la paix dans le monde.

Enfin, et parce qu’il faut bien compléter le tableau, il y a ceux qui considèrent que l’action américano-israélienne est une bonne chose pour la région, qu’elle va débarrasser les pays arabes de leurs illusions politico-religieuses qui sont de toute façon sans avenir, et que la chute du régime iranien sous les coups d’une armée surpuissante, loin de devoir susciter de la compassion et de la solidarité, doit susciter au contraire l’espoir que nos pays tourneront enfin la page de leurs rêves stériles qui les font stagner parmi les nations.

Une fois posée, de façon schématique, la carte de ces cinq territoires, il faut noter que la frontière entre eux est assez poreuse, et qu’une même personne peut relever d’un territoire le matin et d’un autre le soir, selon ses humeurs, selon la nature de ses interlocuteurs et sans doute aussi selon ses dispositions à éprouver dans sa chair le drame des hommes et des femmes qui sont livrés à la violence de la guerre, ou au contraire à n’en pas s’en soucier.

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