Le colonialisme sans fard : Du mythe civilisateur à la destruction des peuples…

Commentant une publication Facebook qui citait un texte de l'historien Maxime Rodinson où il parle de la création d'Israël comme d'un phénomène essentiellement colonial et "s'insérant parfaitement" dans le vaste mouvement des expansions territoriales initié par les pays européens au 19e siècle, je me suis vu opposer un argument qui consiste à défendre sans complexe la cause du colonialisme... Que seraient aujourd'hui les peuples colonisés s'ils ne l'avaient pas été ? Ils continueraient pour beaucoup d'entre eux à croupir à l'âge de pierre. Grâce à la colonisation, ils ont accédé à la modernité. Certains sont aujourd'hui ministres, poursuit notre homme, et d'ailleurs c'est dans leurs rangs qu'on recueille l'avis selon lequel la colonisation est ce qui pouvait arriver de bon à leur peuple…

Mon contradicteur que je cite, si j'en juge par son nom, est un "français de souche", et il y a fort à parier que ses sympathies politiques vont au Rassemblement National de Marine Le Pen. Mais pareille position peut se retrouver ailleurs, y compris chez nous, dans certains milieux où il est de bon ton de porter un regard de mépris sur les modes de vie archaïques de nos ancêtres.

Il est évident toutefois qu'on assiste en France, et sans doute dans d'autres pays d'Europe, à un retour en grâce de l'expérience coloniale. Depuis quelques années maintenant, les défenseurs du colonialisme ont fait leur "coming out" et montrent à qui veut le savoir qu'ils n'ont plus honte de penser ce qu'ils pensent.

Ne cultivant pas l'art de la nuance, ils n'hésitent pas à mettre les Palestiniens dans le même sac que les Kanaks et les Maoris et, plutôt que de nier qu'il y ait eu confiscation et accaparement d'une terre en Palestine, ils préfèrent prétendre que le viol est un viol salutaire.

On ne discutera pas la nature de ces raccourcis et ce qu'ils révèlent d'approximations en matière de connaissance de l'histoire des peuples. Mais on voudrait rappeler ce qui s'est dit du colonialisme de la part de certains intellectuels qui étaient à l'autre bord. Comme par exemple dans ce discours d'Aimé Césaire en 1950 : "Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le larbinisme."

À ceux qui, sans cligner des yeux, clament qu'il y a bien eu une mission civilisatrice du colonialisme, qu'ils se souviennent aussi de la parole du poète.

Et non, il n'y avait pas de simples "bavures" : il y avait une œuvre de destruction systématique à portée génocidaire. La même sans doute que celle à laquelle se livre en ce moment Israël à Gaza et en Cisjordanie.

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