« La tentation monarchique ou l’échec de la promesse républicaine »

L'exemple de beaucoup de monarchies, en Europe surtout, apporte régulièrement la démonstration qu'il s'agit d'une forme de régime politique qui n'est pas incompatible, ni avec la liberté individuelle ni avec l'engagement citoyen. De sorte qu'il est quand même légitime de se demander si, chez nous, le passage au modèle républicain dans la foulée de l'affranchissement du joug français était quelque chose de réellement nécessaire. Ce passage, paradoxalement, n'a-t-il pas été synonyme de retour à des formes de despotisme, loin de nous hisser aux idéaux que porte en elle la République ?

De plus, le maintien de la monarchie aurait permis aux gouvernements de faire l'économie de tout ce travail de mobilisation idéologique des foules et de conditionnement des consciences aux fins d'assurer leur propre pérennité : travail qui n'est pas simplement une perte d'énergie, mais qui est aussi et surtout un gâchis par la destruction des mœurs qu'il engendre et par toute cette guerre intestine qu'il instille dans la société en dressant les "citoyens" les uns contre les autres.

Mais voilà, dirait-on : ce qui est fait est fait. Le cordon a été coupé et il est inutile de se perdre en supputations sur ce que ce pays aurait pu être dans l'hypothèse où le bey n'avait pas été déposé un jour par la jeune Constituante. Même si des doutes graves subsistent au sujet du bien-fondé de cette décision : c'est-à-dire sur le fait de savoir si elle reflétait vraiment une volonté du peuple…

Il s'agit finalement de donner aujourd'hui un sens à cet acquis irréversible de l'Histoire. Mais comment ? Certainement pas en laissant s'imposer à nous, au nom même du peuple, un nouvel autocrate. Si nous avions besoin d'un roi, autant avoir gardé celui que nous avions : il avait pour lui une certaine tradition, cet art consommé que procure l'exercice du pouvoir au fil des générations quoi qu'on ait pu dire contre lui pour le discréditer.

Se donner un roi aujourd'hui, pour autant que la chose ait du sens, c'est céder au rêve d'un monarque qui ramènerait la paix civile et qui apporterait tout le poids de son pouvoir afin que soit garantie une vraie justice et que soit chassé l'arbitraire : chose dont on n'a jamais été autant éloignés aujourd'hui.

Mais même si c'était possible, il resterait que pareil choix serait un fourvoiement. Le seul chemin qui s'offre à nous est celui qui nous fait aller de l'avant. Celui qui nous ramène en arrière ne fait que nous égarer. A fortiori quand il se présente sous la forme que nous observons et dont nous découvrons chaque jour les aberrations.

En fait, la seule justification possible du roi qui nous gouverne aux yeux de l'Histoire, c'est celle qui nous met en demeure de répéter, cette fois sur une base plus solide, l'acte de notre vocation à la République.

Commentaires - تعليقات
Pas de commentaires - لا توجد تعليقات