L'arrestation de Hannoun. Répression - méthode et mouvement inoffensif

Il y a quelque chose d'hypnotique à lire, les unes à la suite des autres, les déclarations de Calenda, Meloni, Renzi, Lupi, Picierno, Salvini et Tajani. Ce n'est pas de la politique : c'est du karaoké. Une partition unique, une homogénéité lexicale, symbolique et politique impressionnante. Des mots d'ordre tout prêts : infiltrations, tolérance zéro, sécurité, ordre.

L'arrestation de Mohammad Hannoun a un objectif tricolore précis : criminaliser rétroactivement et prospectivement l'ensemble du camp palestinien. Ce n'est pas un hasard si Calenda parle de « mouvements infiltrés », si Picierno en profite pour tisser le fantasme du lien entre la « galaxie poutinienne » et la Palestine, si Salvini ironise sur les masses et si Meloni célèbre l'opération comme une victoire géopolitique. Tous se mobilisent pour redéfinir les limites du dicible.

Dans ce triomphalisme sécuritaire, ce qui frappe surtout, c'est ce qui manque (au-delà de la malhonnêteté intellectuelle et de la profonde ignorance historico-politique de ce que sont la résistance, le Hamas, Gaza). C'est une analyse menée avec des œillères : il n'y a pas d'occupation illégale ; il n'y a pas de droit à la résistance ; le mot génocide n'existe pas.

Pour eux, il faut en effet rassurer les bourreaux. Dire à Israël, aux États-Unis, à l'architecture impériale occidentale : « Nous sommes fiables. Nous contenons la dissidence. Nous faisons aussi le sale boulot ». C'est la même classe politique qui exprime des dirigeants qui, sans gêne, déclarent vouloir accueillir sur le sol italien des criminels sionistes recherchés au niveau international. Ici, le double standard n'est pas un obstacle : c'est la règle. On peut s'y attendre de la part de ces gens-là.

Que Hannoun soit une voix palestinienne authentique est évident pour tous ceux qui l'ont écouté. Et c'est précisément là le problème : ce n'est pas le « terrorisme », mais la légitimité politique d'un mot – résistance – qui ne demande pas la permission à l'Occident pour exister.

Le plus révoltant (mais pas surprenant) est autre chose. Une grande partie de notre mouvement « ProPal » montre toute sa faiblesse structurelle : il se rétracte, se disperse, balbutie. Aucune ligne, aucune force, aucune voix vraiment forte, autoritaire et percutante. Il ne parvient pas à s'exprimer avec fermeté et à incarner une position de rupture. Et Hannoun, en fin de compte, semble pratiquement seul. Cet isolement n'est pas fortuit : il est le résultat d'années et, surtout, de mois récents de dépolitisation, de moralisme et de peur d'être « radical ». La galaxie « ProPal », avec une bonne maîtrise des selfies arc-en-ciel, se contente de poster une indignation de faible intensité : cela tient tant que la solidarité ne coûte rien.

Il convient ici de dissiper un malentendu qui circule même dans des milieux qui se veulent radicaux et qui, malheureusement, agit comme un anesthésiant politique. La répression n'est pas, en soi, une révélation. Elle ne clarifie pas automatiquement le conflit, ni n'ouvre de nouvelles possibilités simplement parce qu'elle montre le visage dur du pouvoir. Sans organisation, sans une lecture réelle des rapports de force, sans une stratégie capable de résister au choc, la répression n'est pas une faille du système : c'est son fonctionnement ordinaire. C'est la manière dont le pouvoir sélectionne ceux qui peuvent être isolés et sacrifiés sans coûts politiques importants. Et c'est ce qui se passe actuellement. Hannoun et les autres personnes arrêtées avec lui ne sont pas visées parce que le système est en difficulté, mais parce que le camp qui aurait dû le défendre a été rendu inoffensif, moralisé, fragmenté. La répression ne vient pas après la faiblesse : elle l'utilise. Elle l'exploite et la valorise.

On ne construit pas un véritable mouvement à coups d'indignation, ni en brandissant des citations comme des laissez-passer identitaires. La guerre, la répression, la paix ne s'expliquent pas par des anathèmes, mais en suivant les flux matériels du pouvoir : l'argent, les intérêts économiques, les architectures qui rendent le conflit rentable et la violence coloniale durable. Sans cette perspective, tout discours « anti-impérialiste » reste une pose esthétique de radicalité, une complaisance. Un mouvement multitudinaire du commun ne naît pas des selfies arc-en-ciel, ni de la liturgie de la pureté, mais de la capacité à comprendre qui décide, qui gagne, qui paie, et comment frapper ces nœuds. Tout le reste - rots idéologiques, excommunications réciproques, citations d'ailleurs inappropriées - ne produit aucune force. Cela ne sert qu'à masquer l'impuissance tandis que le pouvoir, très concrètement, sélectionne ses cibles.

Ce vide, cette incapacité à réagir politiquement à la répression, ne tombe pas du ciel. C'est le résultat direct d'un mouvement construit comme une somme occasionnelle de présences, dépourvu d'orientation, d'organisation et de sens de la lutte. Un camp qui a confondu la masse avec la force, la visibilité avec l'enracinement, l'événement avec le conflit. Un mouvement qui ne sait pas – ou ne veut pas – assumer pleinement ce que la résistance palestinienne a montré dans la pratique : sans discipline, sans continuité et sans capacité à supporter le coût politique et humain du conflit, la solidarité reste un geste révocable, facilement neutralisable.

Dans ce contexte, le silence qui entoure aujourd'hui Hannoun n'est donc pas une anomalie : c'est une conséquence. C'est le même camp qui, pendant des mois, a été opportunément exploité par des personnalités prêtes à monter sur scène lorsque la solidarité garantissait consensus et visibilité, mais totalement réticentes à s'exposer lorsque le prix à payer devenait réel. En particulier, les représentants des partis « présentables » qui ont foulé – et même convoqué, sous les applaudissements – les manifestations océaniques et les initiatives en faveur des régates en Méditerranée, disparaissent aujourd'hui. Ceux-là mêmes qui, face à des restrictions visant des sujets plus attractifs sur le plan médiatique et électoral, s'étaient engagés dans des actes de dénonciation grandiloquents, se taisent désormais. Pas un mot, pas de conflit : Hannoun n'est pas un symbole exploitable, mais une voix palestinienne réelle ; pas un porte-parole, mais un sujet politique. C'est précisément pour cette raison qu'il peut être laissé seul. Et c'est pourquoi les politiciens « progressistes » édulcorés, enivrés par le luxe de leurs demeures natales décorées et ostentatoires, choisissent la prudence confortable et complice du sanglot : « la justice suivra son cours, nous sommes légalistes ».

Ceux qui applaudissent ou se taisent aujourd'hui n'attendent pas « les résultats de l'enquête ». Ils affirment que le problème n'est pas le génocide, mais ceux qui le dénoncent ; ce n'est pas l'occupation, mais ceux qui s'y opposent ; ce n'est pas la violence coloniale, mais ceux qui refusent de s'agenouiller. Tout cela forme un monde décadent, en décomposition.

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