Dialogue imaginaire entre le représentant de l'Islam et celui de la France

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- Moquez-vous de tout si vous voulez, mais pas de notre Prophète : c'est une ligne rouge !

- Notre liberté veut que l'on se moque de tout ce qui est sacré, et il n'y a pas lieu de faire des exceptions pour les uns ou pour les autres.

- Votre liberté n'est qu'un alibi pour porter atteinte à nos symboles. Votre intention cachée est de nous nuire en insultant notre religion... Votre islamophobie n'est pas un mythe !

- Nous ne sommes pas islamophobes : les droits des musulmans sont garantis chez nous, beaucoup plus qu'ils ne pourraient l'être dans les pays musulmans.

- Les droits des musulmans sont garantis en tant que les musulmans sont des citoyens français, mais pas en tant qu'ils sont des croyants musulmans : en tant que tels, ils sont discriminés. Les moqueries qui visent leur religion ne sont que l'expression de cette discrimination.

- La façon dont les musulmans français sont traités reflète généralement le manque de respect que beaucoup d'entre eux témoignent envers les lois de la République : ils attirent sur eux la désapprobation des autorités et du reste de la population.

- Non, ce manque de respect que vous dénoncez n'est lui-même que la réponse au mépris que vous avez envers nous, en tant que musulmans. Vous ne respectez pas nos croyances. Ce qui veut dire que vous ne nous respectez pas en tant que nous sommes différents…

- Notre tradition est de ne pas respecter les croyances religieuses, quelles qu'elles soient. Vous voulez un traitement de faveur, qui nous amènerait à changer notre façon d'être, à renoncer à nos coutumes intellectuelles ? Pourquoi devrions-nous nous adapter à vos exigences, alors que nous sommes en France les anciens maîtres des lieux et que vous êtes dans le rôle des convives.

- L'égalité citoyenne veut que vous cessiez de vous accorder le privilège de l'ancienneté en vertu de laquelle on impose à autrui ses propres coutumes. Nous ne demandons pas que vous changiez vos mœurs pour les accorder à nos exigences : nous demandons seulement que vous nous respectiez en respectant nos croyances.

- C'est précisément parce que nous vous respectons, et que nous voyons en vous des citoyens capables de partager avec nous un destin national, que nous voulons que vous vous émancipiez de vos croyances, qui constituent un obstacle à cette unité.

- Pourquoi pensez-vous que notre pleine intégration ne peut se réaliser que si nous nous délestons de notre religion, qui est aussi celle de nos parents et de nos grands-parents. Sommes-nous venus en France pour renoncer à ce que nous sommes et nous fondre dans une société où les origines s'effacent ?

- Il ne s'agit pas de renoncer à soi ni même à sa religion, mais de cesser d'entretenir une relation avec elle qui vous empêche de concevoir d'autres allégeances. C'est la sacralisation outrancière de vos attaches religieuses qui est l'obstacle, et qui vous nuit d'ailleurs à vous-mêmes, avant de nuire à la France.

- Ce que vous appelez "sacralisation outrancière" n'est que le point de vue d'une pensée qui a chassé Dieu de la vie des hommes. Pour nous, il n'y a pas d'autre façon de vivre sa religion que de la défendre contre les attaques dont elle fait l'objet. Et c'est ce que nous ferons chaque fois qu'elle sera moquée.

- D'autres français que vous sont croyants, qu'ils soient chrétiens, juifs ou autres, et ils ne se sentent pas menacés dans leur foi par notre culture intellectuelle. Ils n'éprouvent pas le besoin d'entrer dans une fureur collective à chaque fois qu'une caricature est publiée sur leurs prophètes : ont-ils chassé Dieu de leur vie ?

- On ne saurait répondre pour eux. Peut-être estiment-ils, par pur pragmatisme, qu'il vaut mieux faire semblant de ne rien entendre et de ne rien voir. Peut-être aussi que leur situation sociale nettement plus confortable que celle des musulmans leur donne-t-elle les moyens de voir les choses de plus haut... Leur discrétion ne veut pas dire, ni qu'il n'y a pas violence ni qu'il faille se taire.

- Ne pensez-vous pas que vous cédez à une sorte de susceptibilité excessive et ostentatoire, qui tend à prendre la place de la vraie piété ?

- Il est bien possible qu'il y en ait parmi nous qui sont concernés par ce reproche. Mais le problème est que, de votre côté, vous ne voulez pas comprendre qu'on peut être blessé dans sa foi, pour son compte et pour le compte de ceux qui partagent avec nous cette religion, qu'ils soient d'ailleurs vivants ou morts. Ce qui doit surprendre, ce n'est pas la réponse, c'est son absence !

- Ne pensez-vous pas alors que, même s'il y a blessure, le fait de ne pas répondre à une moquerie est en soi une sorte de réponse, et une réponse plus élevée et plus spirituelle que celle qui se laisse entraîner dans la violence ?

- Nous nous réjouissons de savoir que vous pouvez vous soucier de l'élévation de nos réponses, et de l'image de l'islam que nous pratiquons. Mais votre approbation des actes qui ont justement pour but de dégrader notre religion nous empêche de vous croire complètement. Cela dit, si parmi les musulmans de France il y en a qui sont en mesure d'envisager la réponse selon le mode que vous indiquez, nous n'y voyons pas de problème.

- Même si nous rions de bon cœur des caricatures - qui n'en seraient pas si elles n'étaient outrancières -, nous pouvons aussi avoir le souhait que votre réponse exprime une capacité de prendre de la hauteur et, en effet, de donner de votre religion une image différente : celle d'une religion qui inspire moins la crainte qu'une certaine déférence… Peut-être en avons-nous besoin, d'ailleurs !

- Ah… C'est l'heure de la prière : c'était un plaisir !

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