Aux blessés et aux familles de martyrs de la révolution

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Aujourd’hui, mercredi 23 octobre 2019, jour de la prestation de serment du nouveau Président de la République, les blessés de la révolution et les familles des martyrs, manifesteront à la kasbah pour rappeler leur situation à l’opinion publique et aux dirigeants du pays.

A cette occasion, je remets en ligne ces quelques lignes où, en 2012, je tentais d’exprimer ce que leur apparent abandon par l’Etat suscitait en moi.

Aujourd’hui, les choses semblent avoir évolué, après la laborieuse et controversée publication, plus de huit ans après les événements, d’une liste officielle des martyrs et des blessés de la révolution : cette liste ne comprend pas de nombreux noms qui auraient dû y être, et qui ont été passés aux oubliettes des instances officielles.

Voici ce que j’écrivais en décembre 2012, qui ne me paraît pas dépassé pour l’heure. Espérons que le nouveau pouvoir saura entendre les cris de désarroi, voire de désespoir, que poussent ceux qui sont, directement ou par parent(s) interposé(s), concernés au premier chef par la révolution à laquelle ils ont tant donné..

17 décembre 2010-17 décembre 2012. Cela fait deux ans que vous avez commencé à payer le lourd tribut du sang, le vôtre et celui de vos proches, fils, fille, frère, sœur, conjoint ou parent, à la lutte pour la liberté. Deux ans que vous vous battez, pratiquement seuls, soutenus seulement par quelques uns contre tous, pour que l’on vous reconnaisse l’ampleur de ces sacrifices, et surtout que la vérité éclate : qui les a tués, qui les a blessés, leur laissant pour la vie des lourdes séquelles ?

On ne veut pas vous voir, vous entendre, vous soigner réellement : vous êtes la preuve que ceux qui se disputent mesquinement le pouvoir n’ont pas fait cette révolution qui les a fait sortir de l’ombre, ombre des prisons ou du silence forcé, pour les précipiter au premier plan dans la lumière.

Ils ont voulu vous acheter pour vous faire taire, ils vous ont salis, ignorant la misère de qui ne peut faire son deuil, qui ne peut plus avoir la même vie, ces jeunes d’entre vous qui sont déjà privés de moyens physiques et qu’on s’efforce de rendre muets…

Mais, avec l’obstination d’un peuple toujours réprimé qui toujours a su trouver les moyens de résister, vous continuez inlassablement, de tribunal en tribunal, de ville en ville, de demander : qui les a tués, qui a tiré, qui a donné l’ordre de le faire ? On ne vous répond pas, on n’essaie même pas d’entendre vos questions, mais vous continuez à les poser.

Je voudrais, en ce jour d’anniversaire de la naissance d’une nouvelle ère pour notre pays, vous assurer que l’histoire retiendra votre rôle et celui des vôtres, et qu’en attendant, avec ceux des citoyens libres de ce pays qui ne pensent pas qu’à leur intérêt immédiat, je m’incline devant vous et renouvelle l’expression de ma détermination de rester à vos côtés dans votre lutte pour que justice soit rendue, et d’y rester encore bien au-delà du succès certain de cette lutte.

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